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Mystère flambé

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L’empire cherche à compenser son déclin relatif par sa suprématie militaire, mais aussi culturelle.
Toute stratégie de résistance et de reconstruction d’une alternative suppose d’intervenir non seulement pour la culture, (comme nous l’avons toujours fait) mais dans la culture.

Cent ans après la Révolution d’Octobre, où en sommes-nous ? Après le temps des contre-révolutions des dernières décennies, nous vivons le temps des redéfinitions.

© Patricia Latour
© Patricia Latour

Le capitalisme a beaucoup changé… mais il est toujours le même. Il n’est pas "amoral", (contrairement à ce qu‘affirme un philosophe français) ; il est profondément immoral. Il l’est parce qu’il privilégie une petite minorité, toujours plus riche, au détriment de l’immense majorité. Et il l’est parce qu’il privilégie le profit à court terme sur les intérêts à moyen et long terme de l’ensemble de l’Humanité. Son maintien en vie menace la vie sur Terre. Il serait donc plus nécessaire que jamais de s’en débarrasser.

Mais si la révolution est certainement toujours nécessaire, elle est à repenser. Ne serait-ce que pour tirer leçon des échecs d’hier.

Le siècle qui commence ne sera pas la répétition du siècle passé.

Un fait paraît acquis. Le maintien du système, malgré ses tares que chacun connaît et que la plupart reconnaissent, tient non seulement à la violence dont il peut faire usage contre les peuples (et dont il fait usage) mais aussi au consentement qu’il parvient à organiser.

Le consentement à la servitude volontaire est le vrai secret de la domination prolongée d’un système capitaliste, toujours en crise et de plus en plus sénile et mortifère.

Aragon ou Paul-Vaillant Couturier pouvaient, dans les années trente, au moment du Front populaire, s’assigner l’objectif que le peuple accède à la culture. Ce fut l’ambition des Maisons de la culture. Cette orientation, nouvelle à l’époque et qui rompait avec l’idée étroite d’une culture prolétarienne opposée à la culture bourgeoise, ouvrait la voie à la revendication, par la classe ouvrière et le peuple, du meilleur de la culture nationale. Elle ouvrait aussi la voie à l’union dans la Résistance. Et elle a continué d’inspirer après-guerre les politiques culturelles progressistes et communistes dont l’esprit est résumé par la formule d’Antoine Vitez : « être élitiste pour tous ».

Cet impératif est toujours d’actualité. Mais quelque chose a changé : le développement à l’échelle mondiale d’une culture de masse, encadrée par les industries culturelles et les grands médias.

La culture n’est plus l’empyrée céleste auquel un peuple, censé privé de culture, doit pouvoir accéder.

Aujourd’hui, la "culture" est un marché, (le marché des idées et des images qui rivalise, au niveau mondial, avec celui des armes). La culture est un marché et le moyen de maintenir le consentement au système. Le problème n’est pas tant le manque de culture que le trop-plein d’une culture aliénante à laquelle personne n’échappe. La culture conditionnée et conditionnante du capitalisme est le liquide amniotique dans lequel nous baignons tous.

L’investissement dans la culture (une certaine culture… parallèle au régime sec imposé à la culture non "bankable") et l’investissement de la culture par le capitalisme forment une stratégie délibérée.

On sait que l’ancien président Sarkozy, de même que l’extrême-droite, n’hésitait pas à se réclamer de Gramsci.

A contrario, il ne peut y avoir de mouvement progressiste et révolutionnaire sans combat dans la culture, sans un effort prolongé et multiforme pour créer un vrai "courant culturel" dans la société.

L’activiste américain Abbie Hoffmann, qui fut l’une des figures des mouvements contestataires de la jeunesse américaine des années soixante-dix, parlant des rapports entre culture et action politique, disait qu’on ne pouvait pas faire de ski s’il n’y avait pas de neige… La métaphore est toujours valable.

La situation présente redonne de ce point de vue de l’acuité à des pensées anciennes. Par exemple, la critique que Pascal faisait de la « distraction » (à partir d’un point de vue religieux qui n’est évidemment pas le nôtre) prend un relief singulier aujourd’hui.

De même les réflexions de Brecht sur l’identification dans le théâtre aristotélicien et la nécessité de la distanciation. (Si celle-ci était certainement souhaitable pour sortir des ornières du "théâtre bourgeois", que dire de sa nécessité face à la fascination parfois fascisante qu’exercent aujourd’hui des écrans de toutes sortes ?)

L’empire cherche à compenser son déclin relatif par sa suprématie militaire, mais aussi culturelle.

Toute stratégie de résistance et de reconstruction d’une alternative suppose d’intervenir non seulement pour la culture, (comme nous l’avons toujours fait) mais dans la culture.

Cette attitude active et critique au sein de la culture est d’autant plus nécessaire que nous connaissons aujourd’hui un vrai processus d’"acculturation", au sens que donnent à ce mot les ethnologues : le fait pour un groupe humain, un peuple (en fait, la plupart des peuples), d’adopter une autre culture que la leur et de se rallier à la culture du groupe dominant.

L’empire cherche à compenser son déclin relatif par sa suprématie militaire, mais aussi culturelle.

Toute stratégie de résistance et de reconstruction d’une alternative suppose d’intervenir non seulement pour la culture, (comme nous l’avons toujours fait) mais dans la culture.

Qui dit culture dit mémoire. La question de l’Histoire est devenue capitale. Le processus de transformation de l’esprit d’un peuple suppose non seulement la réécriture permanente de l’histoire (celle-ci est normale) mais une entreprise systématique de révisionnisme historique.

En France, nous avons pu mesurer les effets de ce révisionnisme au sujet de la Révolution française. Mais celle-ci n’est pas la seule victime… La révolution russe est aussi toujours aux premières loges, bien sûr. La guerre et la Résistance aussi. La façon dont le président Macron a fait le mea-culpa de la France, au sujet des rafles du Vel d’Hiv, en est un bel exemple. Non… tout le monde ne fut pas coupable. Derrière l’acte de contrition officielle, c’est en fait à une opération de blanchiment des responsabilités de la classe dominante et de Vichy qu’on assiste. Et de criminalisation de l’antisionisme assimilé à l’antisémitisme.

De même, au cours de l’été, avons-nous découvert qu’un "débarquement américain" inconnu au bataillon se serait produit en 1917, pour voler au secours des Français…

Nous essayerons, au fil de l’actualité, de nous mêler de ces sujets et d’y mettre notre grain de sel.

De même nous aimerions nous intéresser à ce qui souvent ne retient guère l’attention, mais qui fait la matière de nos jours : les séries télévisées, la publicité, le sport, les jeux et les différentes manifestations du spectacle et de la culture de masse. Cette activité de lecture ou de relecture, relève de la critique idéologique. Mais en essayant de faire notre profit de ce que Roland Barthes nommait la « sémiologie », dont il a donné dans ses Mythologies de réjouissants exemples. La question de la langue est évidemment au cœur de la critique des mythologies actuelles. Mais il n’y a pas que la langue. Tout ne passe pas par les mots. Les images, les actes ou les objets aussi peuvent nous parler et constituer une manière de langage.

Nous nous proposons donc d’entreprendre ici un modeste travail de décryptage. Mais ce décryptage devrait s’accompagner (nous l’espérons) d’un travail de repérage.

Il ne s’agit pas de céder à la tentation, parfois vive, de la critique absolue. Nous n’avons nullement l’intention de parler de tout et de rendre compte de l’actualité. Il nous importera peu, par exemple, de voler au secours de la victoire et d’encenser ceux qui le sont déjà et n’ont pas besoin de nous. Mais nous aimerions par contre essayer de repérer ce qui naît et nous paraît porteur d’avenir. Ce qui nous paraît signe d’une culture nouvelle. Tout n’est pas dans les mains des maîtres. Le peuple aussi, dans l’extraordinaire diversité qui est la sienne aujourd’hui, a son mot à dire.