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Guignolet-Kirsch

U comme utiles

La question qui se pose aujourd’hui à tous ceux qui par leur histoire, leur formation, leur engagement se situent dans la tradition communiste (qu’ils soient ou non membres du PCF) est de savoir si le courant communiste a encore un avenir dans la société française.

Henri Lefebvre disait qu’être communiste signifiait se placer du point de vue de l’avenir… La question qui se pose aujourd’hui à tous ceux qui par leur histoire, leur formation, leur engagement se situent dans la tradition communiste (qu’ils soient ou non membres du PCF) est de savoir si le courant communiste a encore un avenir dans la société française. Avec un Parti communiste à 3 % des suffrages et une famille de pensée éclatée, cette question existentielle ne peut être esquivée.

Pour la grande majorité, y compris parmi ceux qui ne se satisfont pas de la domination du capitalisme et de la finance, le communisme est lié au passé, un mot et une idée condamnés par l’Histoire.

Concernant le nom même du parti, la direction du PCF a déclaré qu’il n’y avait pas de tabou…

Si on s’interroge sur les raisons du succès rencontré par la campagne de Mélenchon, dont le programme est assez proche de celui du PC, il faut certes faire une place au talent du candidat, à la force de sa parole, à la capacité qui a été la sienne de renouveler les mots, les idées et les symboles. Mais on ne peut pas négliger que parmi les raisons du succès, il y a tout simplement le fait que Mélenchon ne soit pas communiste.

Le communisme est systématiquement criminalisé depuis des décennies et cette criminalisation est aujourd’hui un fait acquis pour la grande majorité. Il suffit d’ouvrir un livre scolaire pour voir ce que l’Éducation nationale enseigne aux jeunes générations comme vérité historique admise.

De ce point de vue, les communistes portent une part de responsabilité en ce qu’ils n’ont pas su et pas voulu, à la suite de la chute de l’Union soviétique, faire front et assumer de façon critique cette histoire qui est pourtant en partie la leur. À "jeter l’enfant avec l’eau du bain", au lieu de se battre pour imposer une approche historique aussi objective que possible, les communistes ont contribué à donner crédit à la criminalisation du communisme. Ils ont même souvent intériorisé cette culpabilité.

Changer de nom ne changera pas cet état de fait et ne fera pas disparaitre la faute originelle, le péché impardonnable d’avoir voulu changer non pas le mot mais le monde… et d’avoir pour une part trahi cette espérance. (Est-ce à dire qu’il ne faut pas changer ? Dans un congrès récent, alors que nous étions encore tous deux membres du PCF, nous avions proposé le nom de Parti des communistes de France. Pour signifier à la fois la nécessaire ouverture à la diversité des communistes, et la nécessité d’unir les communistes français et étrangers présents en France.

Aujourd’hui, que faire ?

La première et sans doute la seule question est de savoir comment être utile au peuple. « Servir le peuple », disait Mao… c’est toujours l’impératif.

Aujourd’hui, cela suppose, tout d’abord, de participer, de la manière la plus unitaire possible, au rassemblement populaire nécessaire pour faire face à la politique ultra-libérale et à ses ordonnances. C’est dans le rassemblement réel et dans l’action ensemble que l’on peut se faire « les joues roses », comme le disait Engels en parlant de la participation de la classe ouvrière à la démocratie. Être aux côtés des autres est le meilleur moyen qu’ils changent d’idée sur votre compte (à condition de se comporter de bonne manière… ce qui n’a pas toujours été le cas dans des aventures similaires. Par exemple au moment des collectifs unitaires, et plus récemment, dans les atermoiements, les hésitations à s’engager dans la campagne présidentielle).

Certains communistes, une minorité, ont fait le choix de s’engager dans la France insoumise. Peut-être, si ce choix avait été massif, aurait-il permis que la France insoumise reste un mouvement et ne se transforme pas en parti, contrôlé par le petit appareil du PG. Ce n’est pas le choix stratégique qui a été fait. Il faut dire que l’idée de Jean-Luc Mélenchon d’un "parti unique" qui supplanterait les autres formations et où tous devraient se retrouver derrière sa bannière, n’aide pas au rassemblement. L’union ne peut pas se faire dans la négation des différences.

Participer pleinement à un rassemblement en formation, une nécessaire convergence populaire (dont les contours sont aujourd’hui à redessiner, pour, aux côtés des Insoumis, rassembler les syndicalistes, les écologistes, les socialistes de gauche, les militants associatifs…) n’implique pas de renoncer à exister comme communistes.

Mais cela conduit certainement à essayer de redéfinir leur rôle possible.

Être avec les autres ne suffit pas, si c’est pour être comme les autres, voire à la traîne des autres. Ce qui est malheureusement souvent le cas. Sur plusieurs sujets, qu’il s’agisse des questions internationales ou de la reconquête d’une souveraineté nationale, Mélenchon n’a pas eu de mal à paraître plus révolutionnaire ou en tout cas plus radical et plus clair que les communistes. Mais, tout en reconnaissant à Jean-Luc Mélenchon le droit d’avoir évolué, nous n’oublions pas qu’il avait voté pour Maastricht. Et aujourd’hui, il reste un socialiste de gauche, converti à l’écologie, avec un projet, comme il le dit "humaniste".

Être communiste, c’est toujours, comme le disait Eluard, aller « de l’horizon d’un homme à l’horizon de tous »

Pour être utile au rassemblement, il faut être soi-même. Ce qui se passe dans la gauche alternative européenne, (le retournement de Tsipras par exemple) montre que ce rassemblement aurait bien besoin de communistes, non sectaires, mais résolus. Les communistes ne sont utiles que s’ils sont ce dont ils portent le nom : les adversaires les plus résolus du capitalisme, parce que partisans d’une autre société. Ceci passe par une mise à jour idéologique, par exemple sur la question du socialisme et de l’éco-socialisme.

Dans l’optique gramscienne déjà évoquée ici, qui fait de l’hégémonie (c’est à dire, l’influence idéologique et culturelle), la question principale, une formation qui se voudrait révolutionnaire (et n’aurait pas pour seul objectif de préserver ses positions électives, et garder des moyens financiers) devrait avant tout fonctionner comme un "intellectuel collectif". Être et apparaitre comme un lieu d’intelligence collective, capable de produire des idées nouvelles et d’attirer. Un mouvement communiste devrait fonctionner aujourd’hui comme une sorte d’université populaire permanente, où les éducateurs s’éduquent eux-mêmes. Ces dernières années, les communistes français, notamment à travers l’Humanité, ont fait un effort réel pour s’ouvrir à la réflexion de nombreux intellectuels et chercheurs. Mais on ne peut pas déléguer aux autres le soin de penser à sa place. Reste à produire la synthèse théorique dont nous avons tous besoin, dans l’esprit d’un marxisme ouvert et combatif.

Être soi-même, c’est nécessaire dans l’idéologie, mais ce l’est aussi d’un point de vue sociologique. Il ne suffisait pas, hier, de s’arroger le titre de "parti de la classe ouvrière" pour l’être dans les faits. Mais dès lors que cette ambition a été abandonnée, il a été facile de perdre son implantation dans la classe ouvrière et devenir un parti de cadres moyens, notamment issus de la Fonction publique territoriale… Un parti de gestionnaires. Pour être utile au rassemblement, il est indispensable de renouer avec le rôle historique de promotion politique du prolétariat. Ceci passe par la mise en avant d’hommes et de femmes issus des couches populaires, de la classe ouvrière, des précaires, des cités, des immigrés, des individus qui ne soient pas des "gens comme tout le monde", (la tarte à la crème d’aujourd’hui) mais qui ont grandi et se sont formés dans des luttes réelles…

À 3 %, la seule solution pour exister et être utile est de rompre avec le "communisme honteux" qui ne peut enthousiasmer personne, et ne pas hésiter au contraire à afficher la couleur. Malgré les déboires de l’Histoire, il n’y a pas à rougir d’être des "rouges", des insoumis, des rebelles. Le communisme est une idée qui vient de plus loin que nous et qui doit aller plus loin. Ce n’est pas seulement une politique, mais un idéal, une morale, un acte de foi dans l’humanité. Être communiste, c’est toujours, comme le disait Eluard, aller « de l’horizon d’un homme à l’horizon de tous ».