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L'émancipation humaine vaut bien un peu d'efforts

Ne voulant ni passer à côté de l'Histoire, ni pratiquer la posture de surplomb, j'ai choisi de prendre ma part à la fois dans la campagne pour faire élire Mélenchon et dans la bataille pour l'élection de ma camarade Madeleine Doré Lucas, membre d'Ensemble et "candidate de la France insoumise" J'ai ainsi fait partie – aux côtés des militants du PCF de Pontivy Locminé – de l'équipe de campagne France insoumise". Le matériel électoral comporte la mention en gris clair et en caractère modeste « avec le soutien du PCF, du Front de Gauche, d'Ensemble !, de syndicalistes, de citoyens... dans notre circonscription ».

Combat clairement commun, relations fraternelles qui ont permis la présence de Marie-Madeleine au second tour : Du jamais vu à Pontivy !... Cependant, j'arrive assoiffée au bout de cette campagne : ma contribution à l'écriture du matériel électoral a été repoussée en permanence, non pour cause de syntaxe et de lexique historiquement datés mais sur le fond.

Je me suis heurtée, à chaque étape, au refus de tous les protagonistes de cette bataille commune, les camarades du PC et ceux de FI étant au diapason pour cet air bien connu : "défense et illustration du programme sinon rien". Qu'on m'entende bien, je ne vois rien là de roué ou de complice. Mes échecs ont été patents quand à la lecture du réel et donc quant aux leviers de transformation à mettre en œuvre. Ainsi ce moment emblématique est bien éclairant de mes "bides". Il s'agissait de rédiger le journal de campagne. Je souhaitais que nous ayons un paragraphe qui entende le désarroi des électeurs Front National.

Désormais des travaux scientifiques exigeants indiquent que le vote Front national au village ou dans les zones périurbaines n’est pas un geste de "petits Blancs" déclassés. Ces travaux récents démontrent que le vote FN chemine désormais vivement parmi les couches relativement stables de la société et qu'il est, très fortement, le fruit de décennies de transformation du monde du travail. Pour beaucoup de travailleurs, le chômage est lié à des problèmes individuels, et non à des échecs collectifs de politiques industrielles1 .

J'ai échoué à contribuer à construire de la dignité en faisant figurer dans le journal de campagne :

- que, certes, l'actionnaire dépose des millions d'euros sur le comptoir de l'entreprise

- mais que l'argent de l'investisseur a peu de chances de faire des petits sans le travail des cadres, des ingénieurs de la finance, de la gestion, de la production, sans le travail des techniciens, des employés, des ouvriers ;

- d'où un nécessaire levier de transformation : que les producteurs de richesse décident pour eux-mêmes et avec leur environnement du "comment on produit", et fassent société pour décider "pourquoi on produit" et de ce que l'on fait "avec la valeur créée par cette production".

Cette question est cruciale sur notre circonscription du Centre-Bretagne : on y élève, salement pour l'environnement et les animaux, trop de porcs et trop de poulets ; animaux dont la transformation en barquettes-prêtes-à-l'achat est si brutale pour les hommes et les femmes qui en sont chargés qu'on abîme leurs corps et leurs âmes. Échec et mat ! Les supposés “modernistes” de FI et les réputés “archaïques” du PC ont – dans un bel ensemble – préféré l'expression biblique de partage des richesses… à ces balbutiements sur la voie de l'émancipation.

La frustration de chacune et chacun d'entre nous peut être structurante... Encore faut-il qu'il soit possible de s'abreuver de réflexions novatrices à une fontaine commune.

1. Girard Violaine, Le vote FN au village, Éditions du Croquant, 2017-04-15, 15 €, 320 p.