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La fin d’une longue transition

Quand on change de conjoncture, de période, d'époque, de génération, de siècle, de moment, il est toujours difficile de penser ce qui est nouveau, précisément parce qu'on ne dispose pas d'autres catégories de pensée que celles qui permettaient - tant bien que mal - de penser l'époque précédente. Il n'est pas rare que l'on marque le pas dans l'élaboration de nouvelles catégories, ou dans la critique des anciennes, et pendant ce temps, l'Histoire suit son cours à l'aveugle, avec le risque que lorsque les cadres conceptuels anciens auront prouvé leur obsolescence, ils soient remplacés à la petite semaine par des instruments tout aussi imparfaits, et qui sous les allures du neuf recyclent sans le dire et sans le savoir des idées ou conceptions qui ont déjà fait la preuve de leur impuissance.

Or, nous arrivons aujourd'hui au terme d'une longue transition qui clôture plusieurs fins de cycles distinctes - si bien que ce n'est pas seulement une approche, mais plusieurs, qui demandent à être revisitées.

Le cycle des alternances, par exemple, a commencé il y a plus de 35 ans. Pendant près d'un quart de siècle, la Ve République avait été celle de la droite : d'abord celle du pouvoir gaulliste, revendiquant la fin du "régime des partis", qui avait vu la montée en puissance d'une gauche porteuse d'un projet d'alternative, pour s'achever avec le septennat de Giscard d'Estaing, sauvant de justesse les meubles en 1974. Personne alors ne se disait "de droite". Depuis l'élection présidentielle de 1981, chaque élection a vu au contraire le pouvoir en place battu dans les urnes. Une bipolarisation se mettait en place, entre une droite assumée et une "gauche" dont les politiques étaient de plus en plus contaminées par l'idéologie dominante à l'échelle mondiale, celle du néolibéralisme triomphant. L'idée d'alternative s'était vue substituer celle d'alternance, morne et répétitive. Mais le long cycle historique dont celui-ci était la clôture, celui de la croissance capitaliste, a lui aussi pris fin.

C'est en un sens en sortant de ces cycles que l'on sort du XXe siècle. La sortie aura été longue, et il n'est pas sûr qu'elle soit achevée. Mais lorsque l'on dit ici ou là que Macron nous ramènerait au XIXe, c'est une grosse erreur. Macron nous fait entrer en fanfare dans le XXIe siècle. La question de l'alternative doit y retrouver sa place, dans des termes nouveaux. Et si aux débuts du XXe siècle, Rosa Luxemburg présentait l'alternative historique comme un choix entre socialisme et barbarie, celle qui se présente à nous est sans doute plus grave encore : communisme ou disparition de l'espèce humaine. Parce que les défis du temps ont changé, la manière de les penser et de les relever ne peut plus être celle à laquelle nous avons été accoutumés, ni même celle dont le long épuisement de ces cadres classiques a pu donner l'idée.

Dans le regard que nous portons sur le passé, sur nos échecs voire sur nos succès, la question de la focale est décisive. C'est une dynamique fréquente des habitudes : croire que l'instant ressemble à l'éternité ; croire qu'il suffit de le regarder au présent pour en comprendre la dynamique. Comprendre le présent, c'est non seulement comprendre ce qui est forclos du monde d'hier, mais c'est aussi identifier les étapes et les séquences de ce monde d'hier. Toute une école d'historiens nous a habitués à raisonner en longue période. Quels que soient les excès que l'on a pu leur reprocher, il convient de ne pas trop en revenir à la fugacité du moment sans avoir retenu leur leçon.