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Le choix de ne pas choisir

Le paradoxe libéral est la multiplication des choix mais au bout du compte l’absence de choix. Le paradoxe de la résistance à ce paradoxe est que le refus de choisir devient finalement un choix.

25,44 % d’abstentions. Plus de 4 millions de blancs ou nuls, soit 11, 5 % des votants. Plus de 34 % des inscrits ont refusé de choisir entre Le Pen et Macron. Ils l’ont fait malgré toutes les pressions du second tour. L’absence totale d’écho des médias aux appels au vote blanc de Poutou et Arthaud. La violente campagne de dénigrement contre Jean-Luc Mélenchon et les insoumis de donner tout autre consigne de vote que de ne pas donner de voix à Marine Le Pen. Les culpabilisations, chantages, injonctions, des cercles amicaux, familiaux, militants, professionnels, des réseaux sociaux aux grands médias et partis politiques. Quoi qu’on en pense sur le fond, ne faut-il pas d’abord reconnaitre une forme de courage à ces millions d’habitants qui ont résisté à la pression de l’uniformisation ?

Il était dit à ceux qui refusaient de voter pour l’un ou pour l’autre à la fois qu’ils étaient obligés de choisir et qu’ils n’avaient pas le choix. C’était même parce qu’ils n’avaient pas le choix qu’ils devaient choisir. Un paradoxe qui est consubstantiel à la société libérale. Au libéralisme économique. Le consommateur a le choix entre des milliers de produits. Mais pas vraiment le choix puisqu’ils sont tous produits selon des contraintes de productivisme, de standardisation, de logique de profit qui les font tous se ressembler. Qu’est-ce qui ressemble le plus à un paquet de lessive qu’un autre paquet de lessive ? Au libéralisme politique. Onze candidats au premier tour mais une inégalité de traitement, un rouleau-compresseur de ce que sont des discours "sérieux" et ceux qui ne le sont pas, qui produisent toujours à la fin la victoire d’un candidat gouvernant pour les intérêts des dominants. Libéralisme sexuel. Chacun fait ce qu’il lui plaît mais la hiérarchie des préférences sexuelles laisse toujours dominer l’hétéro-patriarcat.

Le paradoxe libéral est la multiplication des choix mais au bout du compte l’absence de choix. Le paradoxe de la résistance à ce paradoxe est que le refus de choisir devient finalement un choix. Refuser d’aller choisir dans les rayons du supermarché, de choisir entre les identités hommes et femmes, homos-hétéros. De choisir entre le PS ou Les Républicains, Macron ou Le Pen. Un choix parce que ce non-acte a un coût, expose bien plus à des conséquences que de choisir entre les choix légitimes proposés. Cela rejoint le fameux paradoxe de Sartre selon lequel nous n’avons jamais été aussi libre que sous l’Occupation : « Puisque le venin nazi se glissait jusque dans notre pensée, chaque pensée juste était une conquête ; puisqu’une police toute-puissante cherchait à nous contraindre au silence, chaque parole devenait précieuse comme une déclaration de principe ; puisque nous étions traqués, chacun de nos gestes avait le poids d’un engagement. »

Certains ont défendu qu’il fallait, comme en 2002 avec Chirac, noyer Macron sous les votes pour qu’ils ne puissent être compris comme des votes d’adhésions. Le résultat est qu’alors que Chirac avait recueilli 80 % des exprimés, Macron n’en réunit que 65 %. Rapporté aux inscrits, 44 %. Et encore moins rapporté aux 52 millions de Français en âge de voter. Il y a finalement une double fragilisation. Celle produite par le fait qu’il n’a pas été choisi mais a servi à éliminer son adversaire. Celle produite par le choix du refus de choisir qui conteste plus profondément la logique du non-choix.

L’intimidation a moins bien marché qu’en 2002. La logique du non-choix craque de part en part. Entre le score exceptionnel de Jean-Luc Mélenchon au premier tour, l’importance du refus du non-choix au second tour, s’ouvre un espace dans les faux choix du libéralisme pour construire une politique qui donne enfin des vrais choix. Il y a urgence, car l’autre grand enseignement est la montée inexorable du Front National : si les mêmes politiques sont menées, si rien ne se passe de notre côté, on ne voit pas bien ce qui empêcherait sa victoire la prochaine fois.