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Abstention en Outre-mer

En France "métropolitaine" le niveau d'abstention traditionnellement plus faible aux présidentielles s'élève à 22 %. En Outre-mer l'abstention est record. Parmi les 1,8 millions d'électeurs inscrits invités aux urnes, 994 000 ne se sont pas déplacés. Ainsi globalement l'abstention en outre-mer est le fait de 53 % des électeurs. Si cette moyenne gomme les pics, elle est néanmoins en hausse de 5 points par rapport à la présidentielle de 2012. On dira que l'abstention est traditionnellement forte en outre-mer lors du scrutin présidentiel. Oui, mais pour ce scrutin là, l'abstention progresse de façon spectaculaire. Ainsi en Guadeloupe en 2012, elle était de 47,5 % elle est à 60 % en 2017, en Guyane elle était à 49 %, elle progresse de presque 17 points, et passe à 65,7 %. Même constat en Martinique : 47,6 % des électeurs s'abstenaient, ils sont désormais 60 %. En Polynésie l'abstention s'élevait à 50,65 % en 2012, elle est passée en 2017 à 61,1 %.

Les rejetons locaux des grands groupes de presse métropolitains cherchent mollement des explications à cette forte abstention. Ils n'y voient guère que l'effet du vote de certains départements et territoires le samedi qui n'aurait pas mobilisé les électeurs. Pourtant deux remarques s'imposent. La plus forte progression d'abstention concerne la Guyane avec plus 16,7 % par rapport à 2012, puis la Guadeloupe et la Martinique avec toutes deux, 12,5 % de progression, enfin la Polynésie avec une progression de 10,45 %.

Qu'ont donc en commun ces 3 régions d'Outre-mer ? Certainement pas l'atonie politique ! En Guyane, un mouvement à la fois syndical et politique a effacé le débat électoral des radars et les Guyanais ont eu le culot de considérer que le changement ici et maintenant ne dépendait pas du résultat des élections présidentielles. Parmi le tiers de Guyanais demeurés électeurs, 34 % ont néanmoins placé Jean-Luc Mélenchon très largement tête de tous les candidats. En Guadeloupe, ces derniers mois ont été marqués par une forte conflictualité dans le monde du travail. Début avril, à Capesterre Belle-Eau, les ouvriers de la banane de la plantation du Bois Debout, après 9 jours de grève et 48 heures de barrage coupant totalement le Sud Basse-Terre du reste du pays, ont fait céder la direction. Elle devra verser des arriérés, des rappels de salaire et des journées de droit de retrait, dus depuis près de cinq ans. Et versera entre 15 000 et 20 000 euros aux travailleurs concernés. Dans le même temps, c'est après 40 jours de grève que les salariés du centre hospitalier de Capesterre ont apposé leur signature au bas de l'accord de fin de conflit qui touchait aux conditions de travail, aux conditions de rémunération et à la dégradation de l'offre de santé. Dans le même temps la bataille se poursuit pour empêcher l'agence régionale de santé de fermer le service de néo natalité à l'hôpital de Basse-Terre.

Enfin, en Polynésie, la question de l'indépendance est prégnante. Le chef de file du parti indépendantiste rappelle qu'en 2007, alors que le Tavini faisait campagne pour le Parti socialiste, il y a eu « un taux record de participation en Polynésie française de 74,67 % de votants, soit seulement 25,33 % d’abstentions. Samedi 22 avril 2017, l’abstention a explosé à 61,06 % soit 124 527 abstentionnistes ». Au vu du taux d'abstention en Polynésie française pour ce premier tour de l'élection présidentielle, le président du Tavini considère que les Maohi « ne se reconnaissent pas dans l’élection du Président des Français ». « Laissons les Français choisir leur futur Président », poursuit-il. « Le vote des Maohi ne changera pas ce choix, c’est mathématique. […] c’est de toute façon le corps électoral métropolitain qui élira son président dans 2 semaines. »

Cette abstention est politique, elle témoigne d'une relation de l'Outre-mer à la République manifestement remaniée...