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Sortir du cadre, sortir des urnes ?

Nicolas Poussin, 1653.
Nicolas Poussin, 1653.

Dans les évangiles, les scribes et les pharisiens posent régulièrement des questions-pièges à Jésus pour le faire arrêter. Dans un des passages les plus connus, est traînée devant lui une femme à qui il est reproché d’avoir eu une relation sexuelle avec un autre que son mari. Il lui est demandé si elle doit être lapidée. S’il répond "oui", conformément à la compréhension dominante de la loi religieuse, il prononce un meurtre contraire à son message d’amour ; s’il dit "non", il ne respecte pas la loi et risque la mort à son tour.

Souvent les dominants d’aujourd’hui, pas très différents de ceux d’hier, essaient de nous piéger dans de fausses alternatives, toutes mortifères. Si vous n’êtes pas pour l’intervention militaire dans tel pays, c’est que vous êtes favorable au dictateur ou à la guérilla islamique qu’elle est censée combattre. La même question-piège se prépare pour le second tour de la présidentielle en cas de duel Macron-Le Pen ou Fillon-Le Pen.

D’un côté une candidate fasciste - quand bien même, on ne sait pas encore si, au pouvoir, elle serait recyclée par le système comme l’a été l’Union de la gauche dans les années 1980 ou Alliance nationale en Italie - et de l’autre des candidats qui déroulent au pouvoir une politique qui fait le lit du Front national années après années. Le choix entre des fascistes tout de suite et ceux qui construisent leur élection la prochaine fois, qui le font depuis trente ans de politiques libérales, tout en ayant une politique anti-immigrés, raciste et sécuritaire qui légitime le discours fasciste.

Comment Jésus sort d’un tel piège ? « Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre ». Il renvoie chacun à son propre péché et rend absurde et impossible toute logique de jugement. Il donne une réponse qui sort du cadre du système religieux de son temps. Il transforme le piège en acte subversif. On aimerait trouver une phrase aussi bien tournée que le rabbi de Nazareth. Mais il s’agit moins de trouver la petite phrase que de poser la question de fond. Il ne s’agit pas d’indiquer "la" solution mais de se demander : comment sortir du cadre ?

En 2010, les politiciens portugais accueillir avec violence le livre La lucidité du prix Nobel de littérature et écrivain communiste José Saramago qui voit les électeurs refuser de se déplacer pour voter. La machine institutionnelle, médiatique - et nos amis qui sont pris par elle – ne réagissent guère mieux quand on évoque l’hypothèse de l’abstention au second tour, voir au premier. Cela nous dit bien qu’il y a là une manière de sortir du cadre, un danger pour les dominants et leur démocratie de façade. Le candidat qui arrivera en tête au second tour le 7 mai prochain n’aura recueilli que 7 millions de voix au premier tour sur 52 millions de Français en âge de voter. Le système sur-réagit au thème de l’abstention parce qu’elle rend visible le roi déjà nu : le système sait déjà qu’il n’est pas légitime et il fait tout pour que les citoyens ne le voient pas. Beaucoup de citoyen ne veulent pas le voir non plus.

Jusque-là, en dehors du second tour contre le "bonnet blanc et blanc bonnet" de 1969 entre Poher et Pompidou, l’abstention était un geste de dépit individuel. Mais que serait une campagne politique de masse de vote blanc ou d’abstention ? Ses effets ? Sa stratégie de délégitimation-installation d’un nouveau système ? Les manifestations sur le thème du "premier tour social" le 22 avril et les occupations de place dès le 23 disent qu’une autre dynamique est déjà en route que celle d’un faux vote anti-fasciste le 7 mai. Alors, si nous ne sortons pas du cadre par les urnes au premier tour, ne faut-il pas au second sortir des urnes pour sortir du cadre ? Rien ne doit se passer comme prévu…