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Radicalité : à la source

Il n’est pas trop tard pour s’interroger sur le sens que pourrait encore prendre la campagne présidentielle. Un électeur sur deux n’a pas encore fait son choix définitif. La campagne électorale révèle un effondrement des partis politiques assimilés au système. Pour le moment, ce sont surtout des forces réactionnaires qui, en Europe et aux USA, donnent l’apparence d’être anti-système et qui en tirent profit. Il n’est qu’à penser à la fille Le Pen ou à Macron. Si le rejet du système est dans l’air, le flou du mot en fait un passe-partout piégeant. Bien sûr on évoque les puissants ou la finance, mais c’était déjà le cas en 2012. En fait, le mot recouvre une double réalité : système capitaliste et système institutionnel. Les deux dégagent une normalité frustrante et provoquent du ressentiment. Mais faute d’appeler un chat un chat, le flou de cette dénonciation fait le lit du populisme.

Cependant, depuis 2012, les luttes contre les fermetures d’entreprises, la loi El Khomri, les chantiers inutiles, le démantèlement des services publics, et les Nuits Debout se sont heurtées, pour la première fois, à un gouvernement dit de gauche. Ces mouvements, n’ayant plus de recours institutionnel à venir, commencent à mettre plus directement en cause la nocivité des actionnaires et de la course aux dividendes. En 2015 un sondage disait que pour 53 % des sondés, le système capitaliste était la cause de la crise mais pensaient que c’était le seul possible. Cela ne dessine-t-il pas l’espace dans lequel on peut être efficace ? Sinon on s’attaque aux effets et non à la source du mal. Il est trop peu question dans cette campagne électorale de priver les gros actionnaires de leur voracité et de leur capacité de nuisance. Mais la campagne n’ayant pas été lancée et animée par ceux qui luttent, ne nous étonnons pas que la sempiternelle "traduction politique" soit en-deçà de ce qui mûrit "en bas".

Une addition de mesures ne suffit pas à faire une alternative, au risque d’apparaitre sans crédibilité. Chacune des mesures souhaitées ne pourra voir le jour qu’en s’inscrivant dans la perspective de se débarrasser du système capitaliste. Non seulement afin de dégager l’argent nécessaire mais parce qu’il y a un enjeu de pouvoir : qui doit avoir le pouvoir sur l’économie et le devenir de la société ? Les actionnaires ? L’État ? Ou les intéressés eux-mêmes ? Même confusément, après tant d’années de désillusions, le public le plus en quête de transformations radicales ressent l’absence d’un objectif qui rend incantatoires les meilleures intentions ; on sait que l’on n’aura rien sans affronter une adversité. La déception grecque est encore fraîche dans les esprits. La peur de Le Pen ne sera pas un substitut. Se situer plus délibérément dans la perspective d’un affrontement avec le Capital donnerait du sens au vote en en faisant davantage l’expression des combats passés et à venir.

Le but de l’élection est-il d’envoyer au pouvoir celui qui "rendra le pouvoir au peuple" ? On voit où cette conception nous a menés. Ou bien consiste-il à rassembler tous ceux qui bougent en un mouvement populaire qui prend conscience de lui et de sa force ? La situation ne serait pas mûre pour commencer ? C’est oublier le versant démocratique de l’aspiration au hors système : s’inscrire dans la norme, suivre "ceux qui savent" correspond de moins en moins à ceux pour qui "démocratie" ne peut plus rimer avec "verticalité" et qui aspirent à accéder à l’engagement.