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Tribunes libres

Pourquoi nous disons NON aux JO 2024 à Paris

Après une précédente tribune1 appelant à œuvrer pour, « dans le sillage de cette candidature, renforcer et soutenir durablement des politiques sportives, dans tous les domaines, du sport de tous au sport de création », le débat se poursuit.

Les valeurs affirmées de l'olympisme se trouvent à mille lieux de la réalité concrète de l'organisation des Jeux olympiques. Nous faisons le constat suivant : les JO sont systématiquement ceux des sponsors, du béton et ceux de l'argent.

Les Jeux de l'Argent

Les Jeux Olympiques ont toujours été ruineux pour les villes candidates. Depuis 1968 tous les JO ont dépassé les estimations originelles. Celles-ci sont systématiquement sous-évaluées pour tenter d’arracher l’adhésion des populations et c'est le cas une fois encore. Depuis les Jeux de Mexico en 1968, le dépassement moyen des jeux d’été est de 167 % ! Le stade olympique de Montréal (jeux de 1976) a été payé pendant 30 ans. A Londres le coût a été multiplié par 2. Les dépenses pour Rio, initialement chiffrées à 9,5 milliards d’euros, devraient atteindre 33 milliards d’euros. Le stade de Maracaña sera payé pendant plusieurs siècles, voire un millénaire... Le budget des JO de Tokyo de 2020 pourrait dépasser les 30 milliards de dollars, soit 4 fois le montant de l’estimation initiale.

Il n'y a aucune raison de penser que les choses se passeront mieux à Paris. D'ores et déjà le rapport du Comité Français du Sport International sur lequel la candidature est basée avance des chiffres flous.

Par exemple, il n'y a pas de chiffre pour le coût de la sécurité. Rappelons qu'à Londres en 2012, le coût de la sécurité a finalement presque atteint le milliard de livres (plus de 1,3 milliard d'euros). Dans le contexte actuel, il faut craindre que le coût de la sécurité n’explose en 2024.

De plus, certaines dépenses sont non budgétées (comme la construction d'une seconde Aréna à Bercy, qui fera l'objet d'un PPP), ou attribuées à d'autres budgets, comme ceux du Grand Paris. Et là, il faut voir que la candidature est le prétexte à accélérer le projet du Grand Paris, lui-même pharaonique, mal pensé, anti-démocratique et anti-écologique. La candidature des JO est totalement imbriquée dans la construction d'infrastructures dédiées non à la satisfaction du besoin des populations mais à celle des grandes entreprises et de certains de leurs projets délirants, comme dans le cas du Triangle de Gonesse. Il faut voir aussi que les projets devront être terminés à une date précise, ce qui génère toujours un surcoût considérable, non chiffré dans le budget..

Par ailleurs, les JO bénéficient d’une exonération fiscale totale. En cette période d’austérité et de taxation des populations, cette exonération est injustifiable.

Les jeux ne seront pas la fête du sport

Rien ne prouve que le fait d'avoir un événement sportif d'élite dans son pays augmente la participation sportive des populations. On a constaté une diminution dans la participation sportive des 16 à 25 ans dans l’année qui a suivi les JO 2012 à Londres. En 2015 la participation a encore baissé. Pour améliorer la santé et le bien-être des citoyens de tous âges il vaudrait mieux investir dans les équipements sportifs locaux.

Actuellement un collégien de Seine-Saint-Denis sur deux ne sait pas nager. Ce n’est pas la construction d’une piscine olympique à laquelle ils n’auront pas accès qui y changera quelque chose. Pour un coût similaire, on peut construire dix piscines moins grandes et donc utilisable.

Actuellement, l’accessibilité des équipements aux personnes handicapées n’est toujours pas au niveau : l’application de la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des chances a été repoussée de 2015 à 2025. Pendant la même période, Paris a été candidate 3 fois déjà. Dans un tel contexte, pourquoi mettre en avant les Jeux paralympiques alors qu’au quotidien les besoins des handicapés sont ignorés ?

Les jeux du béton

Les JO vont « Améliorer les équipements sportifs » affirme la Ville de Paris.

Le budget annuel consacré aux équipements sportifs à Paris est de 45 millions d’euros. Le budget actuel des JO (qui sera forcément plus élevé) pour deux semaines de sports d'élite : plus de 6 milliards d’euros. Combien d'équipements de proximité, de piscines, de stades de taille humaine, de mise en conformité d’équipements publics pourrait-on mettre en place avec tout cet argent ?

Les JO détournent l'argent qui pourrait être utilisé pour des projets plus utiles. Si on veut investir pour les équipements publics, les logements, les infrastructures de transport, on peut le faire sans les JO. Et les budgets prévus par la ville de Paris (30 millions pour les places et 8 millions pour les berges) sont minuscules comparés à ceux consacrés aux JO proprement dits : 38 millions est beaucoup moins que le coût de la seule candidature de Paris (60 millions d’euros).

Les Jeux des Sponsors

Le CIO opère une prise de contrôle totale lors des Jeux. Les villes et Etats sont mis sous tutelle pendant la durée des Jeux. Ainsi, à Londres en 2012, une loi d’exception a été votée pour organiser une extraterritorialité en faveur des grandes marques, sponsors du CIO (MacDonald, Visa, Coca-Cola...). Une véritable police de la propriété intellectuelle a été mise en place et des règles drastiques ont été votées spécialement pour garantir la protection commerciale de ces marques. « Le CIO est une ONG de droit privé suisse qui règne sans partage sur les villes et pour lesquelles l’essentiel est l’argent » (Maxime GOLDBAUM, Le Monde du 24/07/12).

Bien sûr beaucoup de gens aiment le sport et veulent faire la fête, mais ces jeux sont devenus une compétition politique et commerciale, contrôlés par les grands sponsors multinationaux, et utilisés par les politiciens pour rehausser leur propre prestige. Rio : protestations contre le coût, le déplacement des populations, la corruption, la pollution ; Tokyo : construction du grand stade olympique 2020 abandonnée quand son coût de 2,8 milliards de dollars a fait scandale ; JO d'hiver 2022 à Pékin : des milliards dépensés pour quelques jours de ski dans une région qui connaît une grande pénurie d'eau et où il ne tombe pas de neige.

Nous dénonçons une opération qui s'inscrit visiblement dans la trop longue tradition consistant à promettre aux foules des Jeux, c'est-à-dire de la distraction de masse, manœuvre politicienne destinée à masquer la réalité des problèmes sociaux actuels sous une flopée de paillettes sportives.

Appel à référendum lancé par le collectif NON aux JO à Paris en 2024

1. Paris 2024, les premiers JO 3,0 ?, Gérard Perreau-Bezouille, Cerises n°316, 3 mars 2017