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La transition énergétique et la sortie du nucléaire à l’ordre du jour

Face au dérèglement climatique, à l’épuisement des ressources et au risque d’accident nucléaire, l’Association Négawatt vient de publier son nouveau scénario 2017-2050. Cerises en publie l’introduction et les 12 points clefs.

Repères

2007 Grenelle de l’environnement
2013 Débat sur la transition énergétique
2015 Adoption de la loi sur la transition énergétique
2016  Accord de Paris sur le climat (COP 21)

Introduction au scénario négaWatt 2017-2050

L’Association négaWatt

Elle a pour objectif de montrer qu’un autre avenir énergétique est non seulement réalisable sur le plan technique, mais aussi souhaitable pour la société. Sa vision est fondée sur trois piliers : la réduction des besoins par la sobriété dans les usages individuels et collectifs de l’énergie, l’efficacité pour diminuer la quantité d’énergie nécessaire à la satisfaction de ces besoins et la priorité donnée aux énergies renouvelables pour remplacer progressivement les énergies fossiles et nucléaire.

Créée en 2001, l’Association négaWatt est dirigée par un collège de membres actifs, la Compagnie des négaWatts, qui rassemble une vingtaine d’experts et praticiens de l’énergie. Elle s’appuie sur un réseau de plus de 1 000 adhérents, exclusivement des personnes physiques contribuant à titre personnel.

Association à but non lucratif, ses ressources financières proviennent essentiellement des dons et adhésions de ses membres. La réalisation du scénario négaWatt 2017-2050 et la communication de ses résultats ont été largement soutenues par une campagne de financement participatif lancée en mars 2016.

Ressources:
www.négaWatt.org
www.decrypterlenergie.org

Depuis la publication du premier scénario négaWatt en 2003 et des suivants en 2006 et 2011, le contexte économique, technologique et énergétique a considérablement évolué. La transition énergétique, que ces scénarios ont été parmi les premiers à décrire puis à nommer ainsi, est aujourd’hui engagée. La loi votée en juillet 2015 pour en préciser les orientations inscrit même les principes fondateurs de la démarche négaWatt - sobriété, efficacité énergétique et développement des énergies renouvelables - dans le Code de l'énergie.

Du Grenelle de l’environnement en 2007 au Débat national sur la transition énergétique de 2013, les travaux de l’Association négaWatt ont accompagné toutes les étapes de cette progression. Ils ont sans conteste contribué à faire émerger, par exemple, la nécessité d’un vaste programme de rénovation énergétique des bâtiments, la faisabilité – cruciale après le choc de Fukushima – d’un avenir électrique sans nucléaire, l’importance d’une articulation entre énergie, agriculture et alimentation, ou encore les voies d’une mobilité sans pétrole. Avec toujours en filigrane le cadre d’objectifs ambitieux de lutte contre le changement climatique.

Les crises multiples de l’énergie et du climat deviennent chaque jour plus aigües au niveau national comme international, renforçant l’urgence de l’action. (…) l’action reste insuffisante en regard des enjeux et des objectifs nécessaires de transformation à long terme.

À la lumière de ces travaux, le constat est triple ; tout d’abord, les crises multiples de l’énergie et du climat, qui sont au centre du projet de transformation soutenable du système énergétique porté par l’Association négaWatt, deviennent chaque jour plus aigües au niveau national comme international, renforçant l’urgence de l’action ; ensuite, cette action reste justement, en France comme dans le monde, insuffisante en regard des enjeux et des objectifs nécessaires de transformation à long terme ; enfin, en contrepoint, l’engagement d’un nombre croissant d’acteurs, ainsi que l’évolution des connaissances, des technologies et des pratiques, renforcent chaque jour la possibilité concrète de ces transformations.

Le scénario négaWatt est structuré autour de trois orientations : promouvoir la sobriété, renforcer l’efficacité énergétique et développer les énergies renouvelables.
Le scénario négaWatt est structuré autour de trois orientations : promouvoir la sobriété, renforcer l’efficacité énergétique et développer les énergies renouvelables.

C’est dans ce contexte, fort de la convergence croissante de son approche avec celles d’autres exercices prospectifs en France et nourri des échanges noués au niveau européen et international avec d’autres porteurs de scénarios dans le mouvement de la COP21, que ce quatrième scénario négaWatt a été produit. Comme les précédents, il obéit à un triple objectif :

- revoir et consolider la trajectoire présentée, en actualisant les données et les connaissances pour renforcer le réalisme des orientations proposées et en approfondissant l’analyse systémique de ses ressorts et de ses impacts pour mieux en montrer la cohérence, la robustesse et l’opportunité ;

- interpeller sur cette base les décideurs politiques et économiques pour contribuer à l’orientation positive et ambitieuse de leurs propositions et de leurs décisions futures ;

- donner plus largement aux collectivités, aux acteurs économiques et à la société civile des clés de lecture facilitant la mise en œuvre des actions nécessaires à la transition énergétique dont ils tireront de nombreux bénéfices.

Dans la droite ligne de ses prédécesseurs, le scénario négaWatt 2017-2050 est un exercice riche et complexe. La présente synthèse ne saurait faire le tour des questions qui se posent déjà et ne manqueront pas de se poser à l’avenir. Elle en présente toutefois l’essentiel, depuis les points forts de ce nouveau scénario jusqu’à ses impacts environnementaux et socio-économiques, en passant par sa méthodologie et l’explication de son contenu sur la demande et l’offre d’énergie.

Il est possible de couvrir la totalité des besoins énergétiques de la France par des sources renouvelables à l’horizon 2050. La biomasse solide reste la première source de production d’énergie renouvelable, suivie de très près par l’éolien puis le photovoltaïque.

Cet exercice collectif, aussi prenant que passionnant pour ses auteurs, n’a d’autre but que de contribuer à un monde apaisé et plus sûr, en portant avec confiance le message de la nécessité, de la faisabilité et de l’opportunité d’engager enfin, au bon niveau et à la bonne vitesse, la transition énergétique.

Un constat majeur : la courbe de la consommation s’est inversée

La consommation d’énergie est orientée à la baisse depuis quelques années dans l’ensemble des pays de l’OCDE. Pour la France la courbe de consommation rejoint de fait celle tracée par le scénario négaWatt dès 2003. Cette baisse affecte également les émissions de gaz à effet de serre, non seulement celles mesurées sur le territoire national mais aussi celles contenues dans nos importations : le phénomène n’est pas lié à la crise de 2008-2009 ni à un mouvement de délocalisation, il est bien structurel et non conjoncturel.

Les 12 points clefs du scénario négaWatt 2017-2050

Plus qu'un scénario, un levier pour changer le cours des choses

L'intérêt du scénario négaWatt 2017-2050 est d'étayer la possibilité d'une implication forte de la France dans le mouvement mondial pour la transition énergétique, répondant aux enjeux anthropologiques d'épuisement des ressources, de préservation de la planète et de protection de la vie. Ce scénario n'est pas prédictif, mais politique, au sens où il montre comment il est possible de se passer du nucléaire tout en relevant les défis écologiques, par exemple en évitant, pour réaliser la sortie du nucléaire, de relancer la production d'électricité à partir d'énergies fossiles.

En affirmant la nécessité de la sobriété, le scénario met en cause les invraisemblables gâchis du consumérisme et du productivisme. N'oublions pas, en effet, que la transformation des finalités et la réorientation des modes de production doivent aussi être au cœur d'une alternative sociale et écologique. En proposant de renforcer considérablement l'efficacité énergétique, on lutte non seulement contre les gâchis, mais aussi contre la logique dominante de l'accroissement des profits, indifférente à la qualité de vie. Enfin, en promouvant un développement considérable des énergies renouvelables, on transforme jusqu'à la révolutionner la structure même d'une branche majeure de l'économie.

Il reste toutefois des enjeux à souligner. D'abord, le scénario négaWatt est national, quand il faudrait avoir une vision continentale, voire mondiale de la transition énergétique. Bien sûr, il s'inscrit dans la dynamique des négociations et accords internationaux ; mais la construction à terme d'une sorte de "scénario négaWatt européen" pourrait être une nouvelle étape (difficile à réaliser, reconnaissons-le). Ensuite, il faudrait étayer davantage la question de la lutte contre les inégalités et de la satisfaction des besoins des populations qui sont aujourd'hui exclues du droit à l'énergie. La sobriété est notre horizon actif dès aujourd'hui, la lutte pour l'égalité aussi. Enfin, si disposer d'une proposition solide constitue un levier très utile pour légitimer des politiques volontaristes pour changer le cours des choses, cette proposition doit, d'une manière ou d'une autre, être portée dans le débat public, au-delà des cercles de spécialistes. La plupart des candidats à l'élection présidentielle sont pour le maintien du nucléaire, à part Benoît Hamon, surtout depuis dix jours (en lien avec le ralliement de Yannick Jadot) et Jean-Luc Mélenchon, qui est constant en la matière.

* Gilles Alfonsi

La sobriété et l’efficacité sont les clés de l’inflexion de la demande

Grâce aux actions de sobriété et d’efficacité qui se traduisent par la suppression des gaspillages, la consommation d’énergie finale en 2050, au terme du scénario négaWatt 2017, est réduite de moitié et l’énergie primaire de 63 %, tout en maintenant un haut niveau de services. Ce résultat est obtenu grâce à la maîtrise du dimensionnement, du nombre et de l’usage de nos appareils et équipements, au développement d’une mobilité “servicielle”, à un programme ambitieux de rénovation énergétique des bâtiments et à une occupation plus raisonnée de l’espace.

Une confirmation : le "100 % renouvelables" est possible dès 2050


Il est possible de couvrir la totalité des besoins énergétiques de la France par des sources renouvelables à l’horizon 2050. La biomasse solide reste la première source de production d’énergie renouvelable, suivie de très près par l’éolien puis le photovoltaïque, lui-même suivi de très près par le biogaz. Les énergies fossiles importées ne servent plus qu’à des usages non énergétiques. Le fonctionnement des 58 réacteurs nucléaires actuels n’étant pas prolongé au-delà de la quatrième visite décennale (environ 40 ans), le dernier d’entre eux est arrêté en 2035. Basée sur l’exploitation partout sur son territoire de ses ressources diversifiées, la France assure pleinement sa sécurité énergétique.

Zéro émissions nettes en 2050 : la France devient neutre en carbone

Le couplage des scénarios négaWatt et Afterres2050 montre que les émissions nettes de gaz à effet de serre, toutes sources confondues, deviennent nulles en 2050 : les "puits de carbone" agricoles et forestiers compensent alors les émissions résiduelles, principalement dues à l’agriculture. Par la suite, la quantité de carbone stockée finit par plafonner, et la fonction puits de carbone se réduit progressivement sur la période 2050-2100.

Gaz et électricité, une complémentarité incontournable


Les vecteurs gaz et électricité voient leur part augmenter de manière concomitante, au détriment notamment des carburants liquides, pour représenter en 2050 plus de 70 % de la consommation d’énergie finale. Capables de couvrir une très grande part de nos usages, ces deux vecteurs sont d’évidence complémentaires et non concurrents. La valorisation et le stockage possible des excédents d’électricité renouvelable sous forme de méthane de synthèse (power-to-gas) est l’une des clés de voûte du système énergétique de 2050.

L’agriculture et la forêt jouent un rôle majeur

Couplé au scénario négaWatt, le scénario Afterres2050 montre également que l’agriculture et la forêt jouent un rôle majeur sur le climat, à la croisée des enjeux climatiques et énergétiques, par la fourniture de ressources renouvelables, le stockage de carbone et la réduction des gaz à effet de serre. Le triptyque négaWatt appliqué au système alimentaire démontre ici aussi toute sa pertinence : sobriété dans la consommation, efficacité des modes de production, utilisation et production de ressources renouvelables.

Pour répondre à l’évolution des besoins, l’industrie doit réorienter ses productions vers des biens et équipements plus durables, loin de la surconsommation actuelle, et veiller au contenu de ses produits en énergie grise et en matériaux.

L’économie circulaire, moteur du renouveau industriel

Pour répondre à l’évolution des besoins, l’industrie doit réorienter ses productions vers des biens et équipements plus durables, loin de la surconsommation actuelle, et veiller au contenu de ses produits en énergie grise et en matériaux. En développant les filières de réparation, de recyclage et de récupération, il est possible de diviser par deux les quantités de matières minières consommées, y compris en prenant en compte le développement des énergies renouvelables qui offrent par ailleurs de nouvelles opportunités pour l’industrie.

Des bénéfices multiples pour la santé et l’environnement


Le scénario négaWatt améliore très significativement la qualité de l’air, de l’eau et des sols ainsi que la biodiversité avec des conséquences positives majeures sur la santé publique. Il rend notre air bien plus sain par la quasi-suppression des particules émises par les combustibles et carburants (remplacés par du méthane), par l’utilisation d’équipements de combustion performants pour la biomasse et par une forte diminution des émissions d’ammoniac agricole.

La transition énergétique, un bienfait pour l’économie et l’emploi


Le scénario négaWatt s’avère globalement moins coûteux que le scénario tendanciel, même en considérant un prix des énergies importées stable. Il est aussi nettement plus riche en emplois : la transition énergétique crée pas moins de 400 000 emplois nets d’ici 2030, confirmant les analyses antérieures. La société française devient ainsi plus résiliente face à d’éventuels chocs extérieurs tels que, par exemple, une crise géopolitique entraînant une rupture d’approvisionnement ou une hausse soudaine du prix du baril.

La mise en œuvre de la sobriété, de l’efficacité et du développement des énergies renouvelables apporte à tous les territoires, ruraux comme urbains, de l’activité et des richesses [pour] un paysage énergétique réparti plus équitablement

Une France plus solidaire et plus responsable

La mise en œuvre de la sobriété, de l’efficacité et du développement des énergies renouvelables apporte à tous les territoires, ruraux comme urbains, de l’activité et des richesses qui permettent de construire à terme un paysage énergétique réparti plus équitablement : elle permet notamment de réduire très fortement le nombre de personnes en situation de précarité énergétique. À l’international, la France envoie un triple message : de responsabilité en prenant toute sa part de l’effort climatique, d’exemplarité en contribuant à l’émergence d’un nouveau modèle de développement et enfin de solidarité vis-à-vis des pays où la croissance de la consommation d’énergie reste une nécessité.

Il n’y a plus de temps à perdre


Il ne faut ni attendre de grand soir énergétique, ni se contenter de gadgets : la priorité pour les 5 ans à venir est à la mise en œuvre des lois et mesures décidées durant les deux quinquennats précédents, mais dont le rythme d’application est très insuffisant. Une réelle volonté d’agir doit se manifester clairement et à toutes les échelles, entre continuité des engagements et nouveaux trains de mesures. Le combat pour le climat n’est pas perdu, mais chaque année d’atermoiements obère notre avenir énergétique et climatique.

Le scénario négaWatt, une boussole et un tempo pour agir


Partout dans les territoires, des acteurs de toutes natures, citoyens, entrepreneurs, élus se sont déjà engagés concrètement pour construire un nouveau paysage énergétique.
 À ceux-là et à tous les autres qui, toujours plus nombreux, leur emboîtent le pas, le scénario négaWatt offre une trajectoire et un rythme pour guider l’action : à tous, nous disons de s’en saisir pour réussir la transition énergétique, notre immense et vital chantier pour la première moitié de ce siècle.