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Revenu universel ou salaire à vie : quel avenir en commun ?

Signalé à Cerises par un lecteur, ce texte revient sur le "salaire socialisé" et le "revenu universel", qui « relèvent de logiques différentes » et « prennent des directions opposées ».

Le revenu inconditionnel rendrait la société dépendante des mécanismes financiers et subordonnerait encore davantage les salariés au patronat et aux actionnaires dans la négociation de ce « deuxième chèque » que serait devenu le salaire. Au contraire, le développement du salaire socialisé, qui vise à long terme un statut politique proposé par Réseau Salariat dans le prolongement des conquêtes de 1945, renforce la maîtrise collective de l'économie et donc le pouvoir politique populaire.

C'est pourquoi les propositions de revenu inconditionnel ne peuvent en aucun cas être considérées comme des premiers pas vers le salaire à vie. Le revenu inconditionnel nous éloignerait des projets de 6e^ République, de démocratie dans l'entreprise et d'affaiblissement du pouvoir financier.

La socialisation du salaire et de l'investissement est un objectif de long terme, qui peut être construit pas à pas, à condition d'orienter la société dans cette direction. Ce projet émancipateur, qui enthousiasme la plupart de ceux qui le découvrent, peut être amorcé par des mesures de transition s’appuyant sur les engagements du programme de la France insoumise L'avenir en commun. Des propositions concrètes existent qui permettraient à Jean-Luc Mélenchon de clarifier le positionnement qu’il a déjà pris publiquement en faveur de la Sécurité sociale et des thèses de Bernard Friot. Il est possible de développer le "déjà-là" d’une production économique non capitaliste issue des acquis de 1945, sans pour autant socialiser immédiatement la totalité de la valeur économique et en conservant une économie principalement fondée sur un tissu d'entreprises indépendantes.

Quelques points phares pourraient être mis en avant montrant que le salaire continué tout au long de la vie est un objectif à portée de main :

1. Pour construire la Sécurité sociale intégrale (proposition N°26, p54) :

- Garantir la continuité salariale (et non de "revenu") en cas de perte d’emploi en maintenant le salaire des chômeurs (à 90 % du salaire net) pendant trois ans (et au-delà une dégressivité progressive ne descendant jamais au-dessous du SMIC),

- Séparer de nouveau les ASSEDICS chargées de financer les chômeurs et le Pôle Emploi chargé de mettre en relation employeurs et salariés.

2. Pour donner aux jeunes les moyens de leur autonomie (N°27 p55) :

- Instaurer un salaire de début de carrière (préférable à l’allocation d’autonomie) égal au SMIC à tous les jeunes majeurs jusqu’à leur premier emploi. Ce salaire serait versé par l’UNEDIC et financé par une hausse de cotisation "employeur",

- Supprimer les "emplois jeunes" et tous les emplois objets d’exonérations de cotisations sociales.

3. Pour augmenter les salaires (N°30, p58)

- Le salaire étant un barème statutaire ou conventionnel il ne doit pas être fixé par l’employeur ni "négocié" avec le salarié. Une conférence nationale interprofessionnelle des conventions collectives serait convoquée pour redéfinir dans chaque branche la grille des qualifications et des salaires correspondants.

- Des passerelles entre conventions collectives pour que les salariés puissent se réorienter professionnellement en gardant l’équivalence de leur qualification et de leur salaire.

4. Pour restaurer le droit à la retraite à 60 ans (N°31, p58)

- Faire de la retraite à 60 ans et à taux plein un droit politique implique la suppression de toute référence à des annuités de cotisation.

- Aucune pension de retraite ne doit être inférieure au SMIC.

Ces quelques mesures (et on peut en imaginer d'autres) mériteraient d'être sous-tendues par un nouveau droit constitutionnel qui viendrait enrichir la citoyenneté : celui de tout citoyen majeur d'être reconnu comme contributeur actif à la production de valeur économique ayant un droit de regard sur ce qui est produit collectivement. Un droit à la qualification et donc au salaire viendra compléter le droit de suffrage, permettant à chaque citoyen de peser sur les voies et moyens de son travail, et par conséquent au peuple de conquérir la souveraineté sur l'économie.

Paru sur Médiapart.