Qui sommes-nous ? Charte du site Participer S'abonner Soutenir Liens

Appel

Rubriques

Altercommunisme

Altercommunistes

Séquences

Cerises

Sélection

Imprimer cet article

Flan au pruneau

Tiepolo. Le cheval de Troie. 1760.

Cette peinture du Vénitien Tiepolo, étonnante par la vigueur de son trait, illustre l'arrivée dans la ville de Troie de grands commerçants. Ceux-ci ont eu l’idée d’un cheval de bois géant pour conquérir les marchés. Il a été construit par le Président de la Commission européenne et le Premier Ministre canadien (leurs noms apparaissent sur le flanc). Leur dada, nommé CETA , a été introduit dans la ville. En son sein se cachent des guerriers des forces multinationales. On les imagine festoyant à l’intérieur du canasson, prêts à jaillir par le côté.

Des citoyens bien habillés poussent le cheval sur des roulettes instables. Un sénateur républicain tient une jambe, un député social-démocrate l’autre. Les deux le poussent pour qu’il franchisse les portes de la cité. Le peintre souligne ici l’écart entre les apparatchiks et la masse des Troyens. Le patricien français Benoit Hamon tire sans succès et modérément sur la queue. Il s’abstient d’être contre le cheval CETA tout en n’étant pas pour. En observant attentivement, on voit qu’en réalité il lorgne au loin sur les clés de sa maison de famille.

L’artiste se distingue dans ce tableau par un classicisme qui sait changer de ton : il a choisi de représenter l'épisode vu aussi du côté des Troyens Indociles. La scène est décrite depuis leurs remparts. Un personnage à gauche lève les poings. Un autre, opposé au cheval, tient une pétition de quatre millions de signataires. Un chien renifle ce qui s’annonce. Avec cet animal, l’artiste nous alerte sur ce qui se produira en Europe lorsque le cheval passera à l’attaque : 200 000 chômeurs de plus (dont 45 000 en France) et des revenus amputés de 1 330 écus par tête par rapport au scénario sans cheval.

Un grenier à blé en arrière-plan évoque les échanges prévus entre l’Europe et le Canada pour les produits agricoles. Une brèche dans un mur représente l’ouverture à l’importation sans droit de douanes de milliers de tonnes de viande canadienne. Tiepolo anticipe ici l’agriculture européenne de demain : des fermes-usines produisant à bas prix au détriment des petites exploitations, de la qualité des produits, du bien-être animal et des circuits-courts.

Le cheval au milieu du tableau est fougueux. On le sent capable de défoncer des tours, d’écraser tout sur son passage. Le sol est fracturé. Le peintre a voulu signifier qu’une fois le cheval entré dans la ville, les forces multinationales dissimulées seront en mesure de s’attaquer aux lois, aux protections communes et aux politiques publiques contraires à leurs intérêts.

Le tableau montre la fin d’un monde. Oraison funèbre précédant la Révolution, il est une composition de bruit et de fureur qui culmine avec la chute de Troie. Celle-ci sera heureusement suivie de sa reconstruction par les habitants.