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Les raccourcis providentiels sont souvent des impasses dangereuses

Ça faisait longtemps que je ne m'étais pas engueulé comme ça avec des amis ! Jipé et Corinne, mes grands copains communistes – de vrais prolos, avec autant d'intelligence du cerveau que du cœur - n'ont pas apprécié que dans un commentaire Facebook, j'ai dit que je ne pleurerai pas Fidel Castro et, entraîné par l'intelligence propre à ce média social, j'ai fait une référence salivaire à Boris Vian qui les a mis en rogne. Le système de santé, l'éducation et le blocus, ça éclipse les libertés, les prisonniers politiques (notamment chrétiens), la répression des homosexuels, l'abandon (c'est un euphémisme) de Guevara... À la fin, j'ai compris : « Nous on n'a rien pour se battre, tu peux pas nous enlever une des seules figures qui nous donne de l'espoir », a fini par me souffler Corinne dans les bronches, comme elle le fait quand elle appelle la mairie quand en on a marre de demander gentiment pour les Rroms du bidonville la scolarisation des enfants, les poubelles, la domiciliation...

Alors, sur Facebook, j'ai dit que je regrettais de les avoir blessés. J'ai réécouté "Le Bilan" de Ferrat. Et la question de fond est restée : ce rapport aux personnalités exceptionnelles - sans même faire référence aux cultes de la personnalité de Staline, Mao ou Thorez - certes, il est humain. Mais, politiquement ?

Moi, je pensais que justement les dérives d'hier nous vaccinaient pour tout ce qui commençait à y ressembler. Et non. Et la maladie est d'abord "à gauche". Le candidat de la "gauche de droite" a créé un mouvement, En Marche, avec ses initiales, Emmanuel Macron, et construit tout sur sa personnalité. Plus grave, celui que l'écrasante majorité des militants au Front de gauche a choisi (pas moi) non seulement se vit comme un homme providentiel, mais tout se construit autour de lui dans cet esprit. Rarement sur les réseaux sociaux, des supporters du dit candidat ont été aussi agressifs face à toute critique. Rien n'est dicible, rien n'est entendu. On m'a dit que ce n'était guère mieux dans les hautes sphères de la campagne de Mélenchon.

Quel type de pouvoir, quel mouvement d'émancipation cela construit-il ? Comme écolo, il y a un principe important, qui est aussi le fruit de notre compréhension des drames historiques vécus par le camp d'où nous venons : la fin est dans les moyens comme l'arbre est dans la graine. Ou pour le dire autrement : comme on fait son lit, on se couche. On veut me rassurer en me disant qu'il ne sera pas élu. Non seulement, c'est triste d'espérer que, pour une fois qu'il y a une chance qu'il le soit, on ne le désire pas. Mais ensuite, si c'est le cas ? Après s'être tu sur le culte de la personnalité, on connait la suite (on l'a faite à mon père en 1981) : « Critique pas les camarades au pouvoir, ne te mets pas en grève, tu fais le jeu de l'ennemi. » Cela dit autre chose : on croit que le changement viendra d'en haut, d'un homme et pas du bas, de nos mobilisations et nos inventions.

D'autres font le choix de croire qu'on pourrait construire malgré cette fixation sur une personne. Racontent des choses intéressantes sur les comités "insoumis". Mais qui ne sont pas structurés démocratiquement, qui n'ont qu'un pouvoir de consultation. On sait comment ça se termine : on purge les turbulents (ce qui s'est passé avec l'opposition de gauche au sein du PG), on fusille les marins de Kronstadt, Makhno et ses partisans, ces anarchistes et Poumistes espagnols...

L'histoire nous apprend qu'en politique, les raccourcis sont la plupart du temps des impasses dangereuses... Moi, j'ai toujours choisi les sentiers buissonniers : avec les ours, au moins, on peut négocier...