Qui sommes-nous ? Charte du site Participer S'abonner Soutenir Liens

Appel

Rubriques

Altercommunisme

Altercommunistes

Séquences

Cerises

Sélection

Imprimer cet article

Les gâteaux

Pourquoi il faut créer 1 million d’emplois publics en France

Au lieu de faire avec l’austérité et plutôt que simplement défendre le service public tel qu’il est, passons à l’attaque. Et assumons : pour lutter contre le chômage et pour répondre aux besoins sociaux et écologiques, il faut développer massivement l’emploi public.

La Fonction publique compte 5,4 millions d’agents :

- 2,4 millions dans la Fonction publique de l’État
- 1,9 million dans la Fonction publique territoriale
- 1,1 million dans la Fonction publique hospitalière
Un sixième de ces agents sont contractuels.
62 % sont des femmes
36 % travaillent le dimanche et les jours fériés, 17,5 % la nuit.
Salaire net moyen : 2185 € / mois

Source : Rapport annuel sur l’état de la Fonction publique 2015, ici.

Il suffit de jeter un œil sur le journal de France 2 et l’on est sûr, un jour sur deux, de tomber sur un reportage concernant la "gabegie des services publics". Les grandes chaînes ne sont pas avares de félicitations pour les agents d’EDF lorsque des intempéries viennent isoler des villages perdus dans la campagne, ou pour les pompiers lors des incendies estivaux de forêt. Mais ces moments sont perdus dans un océan de pédagogie austéritaire, où l’on prétend chaque fois démontrer des dérapages de dépenses et de mauvais investissements, et où l’on célèbre ceux qui restreignent le service public pour faire des économies. Il faudrait gérer l’argent public comme une ménagère de bon sens gère, parait-il, le porte-monnaie familial.

Cependant, pourquoi nous bassine-t-on si ardemment avec le coût des services publics, si ce n’est parce que la conviction que ces coûts sont excessifs est en réalité bien moins partagée et bien moins assurée qu’on ne le croit ? Il suffit pour s’en convaincre de faire cette expérience simple : prenez un voisin dont vous ne connaissez pas a priori les convictions politiques et demandez lui successivement s’il pense qu’il faut supprimer des emplois publics, puis dans quels domaines il pense nécessaire ou souhaitable de le faire. À la première question, il est souvent répondu oui. Face à la seconde question, il n’y a le plus souvent pas de réponses.

Là où François Fillon entend supprimer 500 000 emplois publics et augmenter la durée du temps de travail, nous portons la création d’1 million d’emplois publics pour répondre aux besoins sociaux, éducatifs, sanitaires et écologiques de la société.

Des années de pouvoir de droite et "socialiste" n’ont pas réussi à convaincre qu’il faille assurément rationner, diminuer l’action publique. Au contraire, d’ailleurs, s’expriment sans cesse des demandes de conforter l’action publique. Or, cela suppose inévitablement de renforcer l’emploi public, pour une raison simple : l’action publique mobilise très souvent des métiers relationnels, qui pour beaucoup ne peuvent être remplacés par des machines ou par des systèmes d’information, et cela dans les champs massifs que sont l’éducation, le social, la santé, aussi bien que dans les champs innovants de la prévention et de l’écologie. Prenons soin au passage de ne pas confondre le constat que la révolution numérique impacte massivement l’action publique et l’annonce, en conséquence, d’une disparition mécanique de l’emploi : ne peut-on envisager plutôt une transformation des métiers, la disparition de certains mais aussi le développement d’autres ?

Des années de vache maigre

Idéologiquement, des décennies de lessivage libéral n’ont pas réussi à casser l’image des services et des agents publics. Cependant, les gouvernements successifs, et plus encore celui de Manuel Valls, ont appliqué une pression budgétaire particulièrement douloureuse qui conduit les services publics dans le mur. C’est tout particulièrement vrai de l’action des collectivités territoriales, avec la suppression de leurs recettes les plus dynamiques et la réduction des dotations de l’État. Beaucoup de Départements et de Communes sont ainsi fortement endettés, contraints de choisir entre le financement de tel ou tel équipement pourtant absolument nécessaire, devant assurer prioritairement les dépenses obligatoires organisées par la loi en rognant sur leurs dispositifs innovants ou leurs politiques volontaristes. Faire peu à peu des élus locaux et des administrations territoriales de simples guichets, c’est évidemment un appauvrissement de la démocratie locale, qui va de pair avec la régression, en France, de la démocratie en général.

Reste qu’en dépit de toutes les annonces gouvernementales et contrairement à une idée reçue, l’emploi public a été globalement maintenu ces dernières années. D’un côté, il y a bien eu des suppressions d’emplois dans une bonne partie des services centraux des ministères, dans les préfectures et sous préfectures (- 0,9 % par an entre 2002 et 2013 dans la Fonction publique d'État). De l’autre, les collectivités territoriales ont créé de nombreux emplois (+ 2,6 % par an dans la même période), dans les champs de compétences qui leur ont été dévolues au fur et à mesure des transferts issus de l’État (personnels des collèges et de voirie vers les départements, par exemple), ainsi que dans des champs où la loi leur a commandé de renforcer leur action (tel le champ de la dépendance). Quant à la Fonction publique hospitalière, elle a augmenté de 1,6 % par an au cours des 11 dernières années. Notons aussi que des lois sont intervenues pour résorber l’emploi précaire, permettant à des personnels non titulaires de la Fonction publique de devenir fonctionnaires (pendant que l’on continuait par ailleurs à recruter des contractuels). Ainsi, si face à plus de 30 ans de politiques (néo)libérales, l’action publique reste au cœur du système économique et du modèle social français, c’est peut-être que, sous la pression des besoins et parce que les politiques publiques ont leurs propres dynamiques, le système - agents et hiérarchies administratives, élus locaux… - résiste.

Des services publics solides mais insuffisants…

Nous pourrions en rester à ce tableau pas si sombre si, élargissant la focale, nous ne considérions pas l’action publique au regard des besoins de la société. Or, c’est là que le bât blesse. Dans tous les domaines, les services publics ne parviennent pas à faire face à la demande sociale, aux enjeux du développement durable, aux exigences écologiques, aux aspirations démocratiques et éducatives… La réussite scolaire ? Tout le monde sait que l’école reproduit les inégalités sociales et contribue à les vitrifier. L’égalité ? Tout le monde sait que les politiques d’insertion et d’accompagnement social sont des filets, agissant principalement comme moyens de ne pas tomber plus bas. La transition écologique, notamment énergétique ? Les collectivités n’ont pas les moyens de mettre en œuvre les exigences de la loi, par exemple en matière d’isolation des bâtiments. Et ainsi de suite.

Certains pensent que l’austérité nourrit la recherche ingénieuse de solutions nouvelles. On sait ce que vaut ce genre de logique lorsqu’on l’applique à une personne : les pauvres seraient stimulés par la pauvreté… Dans les faits, les économies se font aussi contre l’innovation.

De fait, même lorsque la loi a prévu des avancées notables prenant en compte les exigences de la société, comme par exemple en matière d’accès des personnes handicapées aux lieux d’accueil du public, l’action concrète ne peut pas suivre. Et le diagnostic du système de santé ajoute à ce tableau préoccupant : accès aux soins très inégalitaire, état calamiteux des hôpitaux, dégradation de la qualité des prises en charge, insuffisance du nombre de lits et des dispositifs alternatifs à l’hospitalisation, prévention complètement sous-dotée, etc. Dans tous ces domaines, les moyens font défaut et les personnels - formés et épaulés - sont insuffisamment nombreux.

Certains pensent que l’austérité nourrit la recherche ingénieuse de solutions nouvelles. Elle serait donc vertueuse. On sait déjà ce que ce genre de logique signifie lorsqu’on l’applique à une personne : les pauvres seraient stimulés par la pauvreté, et l’on met alors en avant les quelques réussites individuelles… qui viennent cacher le désastre humain de la précarité. Dans les faits, les économies se font aussi contre l’innovation (on abandonne des projets nouveaux, au bénéfice de la reproduction de l’existant) ; et d’autre part les moyens pour que les expériences innovantes soient transposées et généralisées n’existent pas.

Transformer l’action publique

La réalité des services publics est au total contrastée. La France dispose encore de solides filets vitaux, particulièrement utiles en temps de crise financière. Grâce à ses capacités d’investissement (de plus en plus menacées), l’action publique locale garde encore un rôle économique déterminant, notamment dans le secteur clef des bâtiments et des travaux publics. Le secteur public innove dans de nombreux champs, notamment celui de la révolution numérique. Et il constitue aussi un soutien vital pour le secteur associatif, lui-même porteur de développement économique et de nombreux emplois. Mais tout cela reste corseté par le poids des contraintes budgétaires, et aussi par l’extension continuelle des normes juridiques.

Au-delà de la question incontournable des moyens, des défis majeurs restent peu pris en charge par le secteur public : celui de l’ouverture à la société civile, de la participation, ceux de la mutation des métiers, de la qualité des prestations.

Au-delà de la question incontournable des moyens, des défis majeurs restent peu pris en charge par le secteur public. Citons d’abord celui de l’ouverture à la société civile, de l’écoute des besoins à l’évaluation des effets. Ensuite, le défi de la transparence et de la participation, enjeu démocratique décisif pour que l’action publique refonde sa légitimité avec les citoyens. Les défis, aussi, de la mutation des métiers, de la qualité des prestations ou encore de la relation aux usagers, avec l’enjeu de passer d’une culture qui revient à considérer les usagers comme des clients à une culture citoyenne. Pour affronter ces défis, on ne peut pas en rester à la défense du service public tel qu’il est, il faut le transformer, il faut le conforter et donc aussi renforcer l’emploi public. Contre l’idée que le service public serait un puits sans fond de dépenses à diminuer, considérons qu’investir dans l’action publique peut être un puissant facteur de développement économique et social, et d’émancipation.

Le défi de la qualité des services publics

Un plan national de relance des services publics devrait partir de la prise en compte des besoins de la société, des exigences des citoyens, pour redéfinir les objectifs de l’action publique. Ne nions pas qu’il existe un enjeu de qualité des prestations : ça serait se tirer dans le pied la balle que les adversaires du service public veulent lui tirer dans le front. Au contraire, passer d’une bataille purement défensive à une bataille offensive, c’est prendre à bras le corps les difficultés du service public à comprendre les besoins et à évaluer les effets des politiques publiques. C’est aussi concevoir que des métiers disparaitront, que des métiers doivent se transformer mais aussi que des métiers nouveaux vont émerger.

Enfin, la bataille n’est pas seulement nationale : elle est européenne, elle est mondiale. C’est de plus en plus à ces échelles internationales que se posent l’ensemble de ces questions. D’ailleurs, partout dans le monde, cette question des services publics et de l’universalité des droits est posée. Les sociétés qui progressent sont celles qui généralisent les systèmes d’assainissement, le tri des ordures, les services de santé et les systèmes de protection sociale accessibles à tous, etc. En France et partout ailleurs, la puissance et la qualité du service public sont parmi les principaux indicateurs de l’état d’une société.

Des gisements d’emplois
pour une société solidaire et pour l’égalité

Alors que la droite et le PS refusent de dire concrètement dans quels secteurs ils entendent supprimer des emplois publics, il n’est pas difficile d’identifier les principaux secteurs où des créations de postes sont nécessaires. Liste non exhaustive.

Bien sûr, la création massive d’emplois publics devra nécessairement s’étaler dans le temps, sur cinq ans par exemple, pour accompagner la mutation des services et la formation des agents. Cependant, dans bien des secteurs, les besoins non couverts sont déjà connus. Soulignons qu’au-delà de la vision secteur par secteur qui suit, c’est toute une logique d’ensemble qu’il s’agit d’initier, où ce sont les besoins et les ambitions pour la société qui déterminent le projet politique.

Urgence pour la santé et l’hôpital : 150 000 emplois au moins

Les enquêtes d’opinion le montrent, la santé est massivement considérée comme une priorité par les citoyens, tandis que les partis ne lui accordent qu’un strapontin dans leurs programmes. Aujourd’hui, la Fonction publique hospitalière compte 1,1 million d’agents. Dans le champ de la prise en charge médicale, plusieurs dizaines de milliers d’emplois sont nécessaires : pour renforcer l’hôpital public, tous les métiers devront être confortés, tout particulièrement ceux de médecins, d’infirmières et d’aide-soignantes. Il s’agit d’en finir avec les heures supplémentaires, les atteintes à la RTT et les interdits de congés, de limiter les services trop longs, préjudiciables à la qualité des soins. Il s’agit aussi de développer la prévention et l’accompagnement des personnes, de renforcer les services d’urgence tout en développant la mise en place de structures permettant d’accueillir directement les personnes malades qui arrivent aux urgences faute d’autres solutions accessibles. Le développement des centres de santé, en les dotant des spécialités aujourd’hui défaillantes (dentaire, ophtalmologie…), constitue un autre axe de développement de l’emploi public, déterminant pour favoriser l’égalité dans l’accès aux soins. Un autre gisement d’emplois concerne le secteur psychiatrique, domaine dans lequel la France est sous-dotée en structures, lits et places d’accueil. Sous couvert d’éviter la prise en charge en milieu fermé, les suppressions de lits ont été faites sans création des structures alternatives et places de nouveaux types. L’humanisation de la prise en charge en psychiatrie est encore devant nous. Reste le secteur de la prévention et de la prise en charge des addictions, complètement négligé aujourd’hui, alors même que le législateur exprime de grandes ambitions en la matière.

Face aux fossoyeurs du service public, passons à l’attaque !

Il existe plusieurs manières de pousser le service public vers la tombe. Exemple : les candidats à la primaire de la droite propose de mixer le non remplacement massif des fonctionnaires partant à la retraite et l’arrivée de contractuels. Objectif : changer la nature de l’emploi public, dont plus de 930 000 des 5,4 millions d’agents sont contractuels aujourd’hui. Cela permettrait de rogner davantage l’emploi public par la suite et de préparer de futurs démantèlements (changements de statut, privatisations).

Au contraire, la création du million d’emplois nécessaires pour renforcer et transformer le service public sera d’autant plus solide qu’elle s’appuiera sur la confirmation du statut de fonctionnaire, dont la vocation est de garantir la neutralité et l’indépendance des agents, au service de l’intérêt commun. Enfin, pour que les collectivités soient attractives, il faudrait revaloriser les métiers et les salaires des agents du service public (en moyenne et par mois, 1 851 € pour un agent de la Fonction publique territoriale, 2 186 € dans la Fonction publique hospitalière, 2 469 € dans la Fonction publique d'État). Le point d’indice de la Fonction publique, qui sert de base au calcul du salaire des agents, n’a été augmenté qu’une seule fois depuis juillet 2010, en juillet dernier. La CGT estime que la perte de pouvoir d’achat des fonctionnaires a été de 7 et 8 % au cours des six dernières années.

La dépendance et la prévention : 50 000 emplois

Des gisements d’emplois importants existent dans le champ de la prévention et de l’accompagnement de la dépendance des personnes âgées, dans un contexte d’augmentation de leur nombre. Outre la remise à niveau de la présence humaine dans les structures qui existent déjà, la construction d’établissements et l’ouverture de places doivent aller avec la création des postes nécessaires. Encore un gisement d’emplois, le secteur de l’accompagnement des personnes handicapées, domaine dans lequel la France est aussi en retard : des dizaines de milliers personnes sont aujourd’hui sans solution d’accueil et d’accompagnement. Il s’agit de développer les places en établissements et les différentes formes de l’accueil de jour, mais aussi d’accompagner l’insertion des personnes handicapées en milieu ordinaire (dans l’emploi, dans la vie citoyenne, par la scolarisation).

L’aide, l’accompagnement et les services à la personne :
100 000 emplois rapidement, beaucoup d’autres ensuite

C’est encore un secteur dans lequel on est à mille lieues de répondre aux besoins et demandes des familles, même s’il est dynamique (actuellement + 5 % d’emplois par an). Il existe un gisement d’emplois de proximité et non délocalisables (400 000 manquent aujourd’hui, selon les associations !), pour accompagner à domicile les personnes dépendantes (personnes âgées, personnes handicapées, personnes malades…). Un enjeu fort concerne la structuration de la filière des aidants professionnels, la formation et la professionnalisation des nouveaux salariés, ainsi que la lutte contre la marchandisation de ce secteur. Notons qu’il y a là des possibilités massives d’accéder à un emploi pour des personnes qui n’ont pas fait d’études.

L’accueil de la petite enfance et la protection maternelle et infantile :
100 000 emplois, pour commencer !

Ce champ, dont le développement contribue entre autres à l’égalité entre femmes et hommes, pourrait lui aussi être pourvoyeur de dizaine de milliers d’emplois, personnels des crèches (auxiliaires de puériculture) et assistants maternels (qui travaillent à domicile ou dans des maisons dédiées). Aujourd’hui, une forte part des familles se trouve dans l’impossibilité de trouver un mode de garde. Tout le secteur devrait être développé, incluant des efforts en matière de formation des agents et de mise en place d’équipes pluridisciplinaires pour améliorer la qualité de l’accueil. Pour développer l'accueil collectif, l’enjeu est de construire de nombreuses crèches (bien au-delà du rythme actuel), ce qui aboutit à de nombreuses créations d’emplois (il faut 1 adulte pour 5 à 8 enfants accueillis). Là aussi, des personnes n’ayant pas fait d’études longues pourraient accéder à l’emploi, une fois formées. En outre, le secteur de la protection maternelle et infantile, et celui de la planification familiale mériteraient d’être dotés de nouveaux moyens : dans beaucoup de départements, il a été affaibli par la disette budgétaire et est réduit à la portion congrue. Cela représente des milliers d’emplois.

Nous devons refuser que ce soit l’adversaire qui décide de ce qui est possible. Et dire ce que nous pensons nécessaire : lutter contre le chômage, baisser le temps de travail, créer de l’emploi public.

L’action sociale et l’insertion : 50 000 emplois

Les politiques sociales fonctionnent aujourd’hui comme des filets sociaux permettant aux personnes de ne pas tomber plus bas. Un accompagnement social renforcé des personnes suppose d’avoir du temps et d’associer différentes compétences : assistants sociaux, éducateurs, chargés d’insertion… En outre, ce secteur doit être conforté pour développer les partenariats locaux, mieux comprendre les besoins et adapter les réponses aux territoires et aux personnes. Le secteur de la formation professionnelle, qui dépend des Régions, constitue aussi un important gisement d’emplois.

L’éducation : 250 000 emplois

À l’heure de son bilan, François Hollande ne devrait pas manquer de nous faire observer qu’il aurait tenu sa promesse de création de 60 000 emplois dans le champ de l’éducation. Reste que, sur le terrain, cela donne du saupoudrage. Tout le monde sait très bien qu’il y a trop d’élèves par classe, que l’on supprime des classes sous prétexte qu’elles ne sont pas assez pourvues, qu’il faudrait des enseignants mieux formés plutôt que leur demander d’enseigner différentes matières qu’ils ne maîtrisent pas. Recruter, en moyenne, un enseignant de plus dans les 52 600 écoles et seulement deux ou trois dans chacun des 7 100 collèges et 4 300 lycées - ce qui est insuffisant - conduirait à créer près de 100 000 emplois. Pour accompagner la vie scolaire, il manque aussi de nombreux postes à tous les niveaux, de l’école primaire au lycée (équipes dirigeantes, conseillers d’éducation, animateurs sur les temps périscolaires, surveillants, infirmiers et médecins, préventeurs…). Recruter, en moyenne, pour chacune des 64 000 écoles et établissement du second degré deux agents publics non enseignants créerait près de 150 000 emplois.

L’enseignement supérieur et la recherche :
50 000 emplois

Alors que la France est au 6e rang mondial en nombre de publications scientifiques et au 4e rang mondial dans le système européen de brevets, la recherche publique est très insuffisamment dotée, au détriment de sa capacité à innover. Les effectifs totaux dans le secteur public de la recherche et du développement se montaient en 2014 à 169 000 équivalents temps plein. Les enseignants dans l’enseignement supérieur étaient 91 000 en 2014-2015, auxquels s’ajoutent 56 000 non enseignants. Ces chiffres sont stables, dans un contexte de forte augmentation du nombre d’étudiants à l’université. En France, le nombre d’étudiants est de 17 par enseignant, contre 15 aux États-Unis, 12 en Allemagne, 10 en Norvège. Pour s’approcher du nombre d’enseignants par étudiant allemand, en tenant compte de la croissance des effectifs, il faut au moins 40 000 postes. S’y ajoutent les postes de non-enseignants. Quant aux organismes publics de recherche, ils restent sous-dotés, alors que chacun reconnait l’enjeu qu’ils représentent.

Le champ éducatif : 25 000 emplois

Le champ éducatif reste en France désespérément sous-doté. On se lamente de la petite délinquance et des incivilités, mais les associations de prévention spécialisée, les services municipaux de la jeunesse et l’ensemble des structures s’adressant aux jeunes manquent de personnels et de moyens. Cela représente des milliers d’emplois publics, auxquels devraient s’ajouter de nombreux emplois associatifs.

La justice : 25 000 emplois

Les moyens de la justice, tout le monde le sait, sont insuffisants. Les créations de poste pendant le ministère Taubira (environ 7 000) sont très loin du compte. Pour rendre la chaîne judiciaire beaucoup plus fluide, il est nécessaire de créer au moins 25 000 emplois de magistrats, greffiers, assistants de justice et de personnels administratifs.

La police et la gendarmerie : 25 000 emplois

Les effectifs de la police et de la gendarmerie ont été stables ces dernières années, autour de 240 000 (dont 144 000 policiers). Or, la police de proximité a été dépecée au profit des unités d’intervention. Par ailleurs, les agents sont débordés par l’inflation du travail administratif. Bref, il manque des milliers d’emplois pour transformer la police et renforcer son efficacité, non pas face aux manifestants qui défilent contre les projets de loi calamiteux des gouvernements… mais dans la lutte contre le terrorisme, les crimes et la délinquance. D’autres emplois de policiers pourraient être redéployés grâce à la dépénalisation de l’usage de cannabis, dont la répression gaspille beaucoup d’énergie pour rien.

La transition écologique : 100 000 emplois, au bas mot

Les collectivités territoriales et l’ensemble des services publics vont devoir assumer leur part de la transition écologique. C’est un immense champ de développement économique et de l’emploi, qu’il s’agisse de promouvoir les économies d’énergie et l’efficacité énergétique – lors de la construction des équipements publics et en transformant ceux qui existent, par exemple – ou de l’ensemble des politiques visant la préservation de la biodiversité. Soulignons aussi que ces enjeux sont très liés aux attentes de la société en matière de qualité de vie et d’environnement, dans le milieu urbain aussi bien que dans le monde rural.

La révolution numérique : 50 000 emplois

Les impacts de la révolution informationnelle sont déjà là, mais ils sont encore loin d’être généraux. Toutes les politiques publiques, tous les métiers ne seront pas nécessairement bouleversés. Du côté des métiers du secrétariat, par exemple, les dactylos ont disparu en quelques années avec l’avènement du micro-ordinateur individuel au travail, mais les assistants n’en sont pas moins nécessaires, avec de nouvelles missions et de nouvelles compétences.

Convenons que la révolution numérique va conduire à la suppression de certains emplois obsolètes ; mais n’oublions pas qu’elle est elle-même conduite par des femmes et des hommes. Ainsi, il faudra créer à l’avenir de nombreux métiers pour porter les projets numériques, administrer les systèmes d’information, former des professionnels et accompagner les usagers. Il faudra aussi renforcer les directions des systèmes d’information, pour assurer la sécurité des données, urbaniser les systèmes ou encore pour organiser l’Open Data, l’ouverture des données publiques au grand public (en application de la loi). On a là des gisements d’emplois, des dizaines de milliers à l’échelle des 36 000 communes et autres collectivités, et de l’ensemble de la Fonction publique hospitalière.

Principales sources

Fonction publique : ministère de la Décentralisation et de la Fonction publique

Recherche : ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

L’état de l’enseignement supérieur et de la recherche en France, juin 2016

Justice : ministère de la Justice
Système éducatif
Union nationale de l'Aide,
des Soins et des Services aux Domiciles