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Pour une bûche de chèvre...

On n'envoie plus, comme au temps de Jean Valjean, les voleurs de pain aux galères. Mais au pays des 360 fromages, on ne badine pas avec les voleurs de chèvre. Pour une petite bûche, un jeune homme de 22 ans, qui n'avait pas mangé depuis trois jours, a été envoyé pour trois mois en prison . Il est vrai qu'il était immigré, sans papiers qui plus est. Ces gens là ne viennent pas seulement nous voler notre pain.

C'est le visage de l’État, et c'est l'état de la société. Si nombre de gens se mobilisent pour venir en soutien aux migrant-e-s qui ont survécu au long voyage clandestin auquel les contraint la fermeture criminelle des frontières, c'est l'indifférence ou l'hostilité qui prédomine. Besoin d'ordre, besoin de forces de l'ordre, besoin d'autorité, besoin de chefs. Non pas tout uniment, certes. D'autres comportements affleurent à la surface de la société, traduisant des remous dans ses profondeurs : envie d'expérimenter de nouvelles solidarités, de nouvelles façons de vivre, de décider, de s'organiser. Mais tout cela se cherche et s'exprime dans mille langues qu'on ne sait pas toujours traduire entre elles.

Cette tension est l'un des aspects d'une crise de la politique qui vient de loin, mais qui se traduit de manière explosive, entre d'anciens réflexes qui perdurent et de nouveaux qui émergent, non sans contradictions, mais sans se manifester dans une cohérence claire que l'on pourrait conforter.

Tout le monde déteste la police ? Voire ! Aussi paradoxale qu'elle puisse sembler, l'évolution de ce qu'on a appelé le "néolibéralisme" manifeste un détachement croissant avec le "libéralisme" à l'ancienne, qui comportait la promesse de libertés publiques accrues. Le mensonge de la liberté dans l'inégalité finit par se dévoiler. On nous l'a assez dit, le "besoin de sécurité" devrait être assumé par "la gauche". C'est chose faite à l'heure où plus personne ne sait ce que veut dire "la gauche". Et Valls et Cazeneuve symbolisent cela : la défense de l'ordre public devient le centre des préoccupations de la "classe politique", qu'elle se dise de gauche ou qu'elle soit de droite.

Imaginons une manifestation de bouchers : ils défilent en tablier, avec à la main leurs grands couteaux, pour exprimer leur colère - par exemple contre les excès du végétarianisme. Nul doute qu'ils seront dispersés, et que ceux qui seront arrêtés les armes à la main feront l'objet d'une réprobation nette de la part de la puissance publique. Mais si cette manifestation de gens en armes est celle de policiers, on l'a vu, la réaction est plus complaisante. Même l’État a peur de sa police.

Un policier qui avait brutalisé un lycéen a pourtant été condamné. Huit mois de prison, même assortis d'un sursis, ce n'est pas rien. Mais mettons cette condamnation en parallèle avec les trois mois fermes de notre affamé. Quel était le plus grand trouble à l'ordre public ? Le vol d'une bûchette de chèvre ou la violence gratuite d'un gardien de la paix ? Nous avançons vers une époque bien sombre.