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La candidature de Paris pour les Jeux olympiques de 2024 : Oui ? Non ? Oui mais ?

Un débat public s’est engagé, ces dernières semaines, pour ou contre la tenue des JO à Paris en 2024. Point de vue de René Moustard, militant communiste et ancien dirigeant sportif national.

Le 7 octobre dernier, un texte signé par un éventail de personnalités du monde universitaire, des élus, des responsables associatifs et syndicaux appelle les citoyens à dire "Non à la candidature de Paris pour les JO"1. Cette pétition a suscité des réactions et le besoin d'en discuter.

L’origine de l’olympisme

L'olympisme moderne est né à l'initiative de Pierre de Coubertin à la fin du XIXe siècle. Cet aristocrate bourgeois était préoccupé par les problèmes d'éducation à une époque, après la Commune de Paris, où l'intérêt de la bourgeoisie conquérante était de garantir la paix sociale et, pour cela, de promouvoir une nouvelle forme d'éducation adaptée à la formation d'une élite éclairée pour diriger la société tout en développant, en même temps, une éducation adaptée aux besoins du peuple. La création du mouvement olympique s'est inscrite dans cette perspective.

Dans la Charte du mouvement olympique, la finalité n'est pas le sport en lui même, mais l'éducation à partir du sport. Mais le capitalisme s'intéresse au sport pour en faire un support, une vitrine, une marchandise rentable, un des moyens de son développement.

Le but défini dans la Charte du mouvement olympique est de « promouvoir les qualités qui sont à la base du sport amateur et de convier tous les athlètes du monde à un grand festival, tous les 4 ans, pour contribuer à éduquer la jeunesse par le sport, et construire un monde meilleur. Aucune discrimination n'est admise à l'égard d'un pays ou d'une personne pour des raisons raciales, religieuses ou politiques ». Ainsi, la finalité n'est pas le sport en lui même, mais l'éducation à partir du sport et les JO en sont le moyen. D'où les valeurs mises en avant : désintéressement, honneur, loyauté... La participation est réservée aux amateurs avec la reconnaissance de l'égalité en droit de tous et le rejet de toute discrimination.

Mais, en pratique, depuis le début, les positions du Comité international olympique (CIO) et les Jeux eux-mêmes ne vont pas toujours dans ce sens. Exemples : en 1904, aux États-Unis, les Jeux sont conçus dans l'esprit colonialiste : les noirs et les indiens ne sont pas admis ; plus tard, ce seront les Jeux de Berlin à la gloire d’Hitler, en 1936. De fait, l'olympisme épouse chaque époque et ses contradictions. Il peut être du côté du conservatisme et de la classe dominante. Il peut aussi participer au progrès conformément à ses valeurs humanistes. La participation du mouvement olympique au boycott du système d'apartheid en Afrique du Sud a ainsi été décisive dans la lutte anti-apartheid dans le sport. Pendant la guerre froide, la position de l'olympisme a permis des relations sportives entre les deux camps dans le sens d'une forme de coexistence pacifique...

Où en est le mouvement olympique ?

À partir du début des années 1980, le capitalisme évolue vers un capitalisme financier et, après l'effondrement du système soviétique, il se mondialise. Tout naturellement, il s'intéresse au sport pour en faire un support, une vitrine, une marchandise rentable, un des moyens de son développement au plan économique et idéologique, en utilisant les grands événements sportifs et donc les Jeux olympiques.

Le Comité olympique international, de son côté, s'est adapté et a pris des décisions pour s'insérer dans ce processus. Il a modifié les bases de la charte olympique en abandonnant le principe de gratuité de l'effort athlétique. L'amateurisme a cédé la place au professionnalisme, qui est devenu la référence, et a ouvert la voie à l'exploitation commerciale des symboles olympiques et à la vente du spectacle sportif aux télévisions et aux contrats avec les sponsors (les multinationales intéressées).

Les conséquences vont s’enchaîner avec l'extension des télévisions commerciales : en France, c’est la création de Canal + en 1984, la privatisation de TF1 en 1987, la création des paris sportifs, la sponsorisation des grands événements. Le CIO est devenu progressivement une puissance financière qui négocie avec les autres et les États le partage des profits au bénéfice du système financier.

À un moment où, en France, la politique d'austérité du gouvernement remet en cause les services publics et frappe tous les secteurs essentiels pour la vie de la population (travail, santé, éducation, culture et aussi le sport pour tous et l'EPS à l'école), on peut certes partager l'idée de la pétition anti-JO 2024 « qu'il y a d'autres priorités qu'une candidature dispendieuse pour organiser les JO ». En même temps, on ne peut pas regarder les Jeux olympiques uniquement sous l'angle de l'entreprise commerciale. Le sport n'est pas seulement une marchandise. Il est une forme de l'activité humaine qui mobilise l'intérêt de la population et suscite des émotions. L’événement olympique, avec ses symboles (la flamme, le défilé de tous les pays lors de la cérémonie d'ouverture, le drapeau et les cinq anneaux, le serment…) incarne des valeurs qu'il faut défendre, qui vont dans le sens du progrès humain et des aspirations des peuples. C'est pour cela que tant de personnes s'y intéressent, tout en faisant le compte des médailles obtenues.

Au cœur du système, il y a cette contradiction entre, d'un côté, le versant commercial et l'idéologie qui l'accompagne au service du capitalisme et, d'un autre côté, cette aspiration des êtres humains pour un monde humaniste et pacifique qu'incarne à sa façon le spectacle olympique.

Quelle alternative à la réponse binaire oui ou non ?

Revenons à la question posée à propos de la candidature de Paris pour les JO de 2024 : faut-il dire non et combattre le projet ou faut-il approuver les décisions prises et contribuer à sa réalisation ? Personnellement, je pense qu'il faudrait pouvoir, à la fois, combattre le système qui fait des JO une entreprise commerciale et financière et réfléchir en même temps à ce que pourrait être, à notre époque, un projet de Jeux olympiques conforme aux finalités et aux valeurs humanistes toujours présentes dans la charte.

Il faudrait pouvoir, à la fois, combattre le système qui fait des JO une entreprise commerciale et financière et réfléchir à ce que pourrait-être, à notre époque, un projet de Jeux olympiques conforme aux finalités et aux valeurs humanistes toujours présentes dans la charte.

L'enjeu n'est pas simplement entre dire "Non" et s’opposer, ou dire "Oui" et approuver. Il s'agit de se placer dans une perspective de rénovation du système pour des Jeux allant dans le sens du besoin d'émancipation des peuples. L'olympisme pourrait ne pas être seulement un spectacle télévisuel et s'insérer dans un projet global concernant l'importance des activités physiques, du sport, de l'EPS à l'école et aussi du spectacle sportif pour le développement de l'être humain, l'éducation, la santé à notre époque. Cette question pourrait faire l'objet d'un débat, au plan politique, dans le cadre du projet "l'Humain d'abord". Cela fait partie du combat pour ouvrir la voie à une transformation du système social.

Le sport : quelles conceptions, quelles finalités ?

Au-delà de la question de l’olympisme, il serait utile de poursuivre cette réflexion en prenant en compte la question du sport dans sa globalité : c’est quoi le sport, aujourd’hui ? C'est devenu un phénomène social qui s'est étendu à toute la société. Il y a "le sport" qui se pratique et "le sport" qui se regarde. Ce phénomène intéresse et concerne toute la population, les sportifs et les non-sportifs. Chacun-e a un point de vue qui a sa propre logique selon que l'on est pratiquant ou téléspectateur , éducateur, professeur EPS, responsable politique, dirigeant sportif, dirigeant d'entreprise concerné par la logique marchande, la publicité, le spectacle audiovisuel, la dimension économique.

L'évolution montre que le sens du concept "sport", qui englobe toutes les formes d'activité physique (sport pour tous et sport de haut-niveau, sport amateur et sport professionnel, sport santé et compétitions olympiques, etc.) et le spectacle nécessite discussion pour savoir de quoi on parle.

Globalement, on peut distinguer deux conceptions. La première est la conception dominante, qui fait souvent consensus : "le sport" est une fin en soi. Ce qui conduit à privilégier la course aux médailles et à l'argent en laissant de côté la finalité humaniste. L'être humain est un moyen au service d'autres finalités. La seconde conception est humaniste : elle fait de l'Homme une finalité autonome et du sport un moyen pour son progrès. Dans ce cas, on doit s'interroger pour savoir à quelles conditions "le sport" peut contribuer à l'éducation et à l'émancipation. Pour construire une position politique, ou on part du sport en soi, ou on part de l'être humain, y compris pour avoir un point de vue sur les Jeux olympiques.

Lire la discussion en cours parmi les communistes unitaires sur ce sujet : ici

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