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Ne nous enfermons pas dans de vieux schémas

Le dossier "Au-delà du retrait de la loi Khomri, l’alternative que nous voulons et Mélenchon" de Gilles Alfonsi a suscité une réaction d’Etienne Adam, que nous publions, suivie d’une réponse de l’auteur. Le débat continue.

Le courriel d'Etienne Adam

Ne nous enfermons pas dans de vieux schémas

Pour que les choses soient claires, nous avons sur la candidature de JLM des positions différentes : Gilles Alfonsi – est-ce la position de l'ACU [Association des communistes unitaires] puisque depuis deux Cerises c'est le seul qui s'exprime ? - a fait d'ores et déjà le choix de JLM, je suis critique sur ce qu'il dessine en termes de positionnement assez loin de celui de 2012. Mais ce n'est pas l'essentiel : l'argumentation de ce soutien dans l'article repose sur une singulière sous-estimation du mouvement social, de ses effets politiques potentiels.

A certains moments, G. Alfonsi fait comme s'il ne s'était rien passé ces dernières semaines qui puisse changer le cadre institutionnel : il n'est fait aucune mention de l'aggravation de la crise politique sous ses deux aspects de crise de représentation et de crise institutionnelle. Gilles fait comme si la crise de représentativité ne nous a pas frappés nous-mêmes, et qu'un travail de reconstruction préalable n'était pas nécessaire, il suffirait de repartir d'un acquis définitivement acquis. Nulle évocation même rapide de la crise institutionnelle qui, elle aussi, peut bouleverser le déroulement des prochaines échéances (la crise du présidentialisme, de la 5e est aujourd’hui patente).

Mais c'est dans l'appréciation du mouvement - et ses potentialités politiques - que nos divergences sont sans doute les plus fortes. Gilles écrit « comment aller au-delà de l’objectif d’infliger une défaite au gouvernement, ce qui ne changerait rien - ou si peu - à la domination écrasante du néolibéralisme ? » Je persiste à penser qu'une victoire sur la loi travail est source d'accentuation de la crise mais aussi contribue à donner un caractère large à une critique du libéralisme et même à un besoin de dignité, d’émancipation, de libération humaine. Transformer le mouvement en " législateur collectif", c'est aussi ouvrir la porte concrètement à une réforme constitutionnelle, à une révolution démocratique. Le mouvement n'est pas centré sur la résistance et pris entre deux pôles l'un syndicalo-syndical classique et l'autre libertaire radical mais se désintéressant de l'alternative. Il est pour le moins curieux d'en reconnaitre les potentialités et de s’enfermer dans une lecture classique de division du travail entre parti et syndicat, je croyais que nous avions acquis en commun une autre vision.

Nous sommes d'accord, il ne suffit pas d'être les meilleures activistes du mouvement, on ne peut pas même se contenter d'y être présents pour « se contenter de dire dans le mouvement la nécessité de résister et de faire converger les luttes, celle de porter des valeurs, ou celle de construire une alternative ». Mais le meilleur moyen de donner une dimension d'alternative à ce mouvement est-elle que la question des élections de l'année prochaine soit posée maintenant à une très grand majorité qui ne les a même pas en tête ? Je suis de ceux qui tiennent le « raisonnement suivant : il faudrait se concentrer entièrement sur le mouvement contre la loi El Khomri, voir et participer à ce qui peut en advenir, en essayant qu’émerge à partir de lui une dynamique porteuse d’alternative ; cela supposerait, dans un premier temps, de ne pas s’occuper des élections… la démarche de Mélenchon relèverait de la formulation classique d’une offre politique ».

L'argumentation de Gilles se fonde, hélas, sur une telle vision classique, refermée sur l’institutionnel même s'il évoque « y compris pour en relativiser la place et pour appeler à voir plus loin que les urnes » comme un rappel de principe pour plus tard. Les lignes de force de sa justification sont :

- la notoriété médiatique de JLM : « Plus de 90 000 personnes (tout de même !) ont à ce jour cliqué sur le site jlm2017 pour le soutenir. » Et alors l'appel contre la loi travail a réunion un million et demi de personnes, faut-il présenter Caroline de Haas ? C'est là une forme de primaires dissimulées qui ne se préoccupe que des chiffres.

- les sondages « ne doit-on pas convenir que les sondages qui lui prêtent actuellement un score à deux chiffres montrent qu’il est dès à présent susceptible de réaliser une percée »  dont l'usage est assumé par Gilles. Quelle validité peuvent avoir des sondages situés en dehors de tout contexte électoral réel à un moment où le champ du débat public et le champ politique sont en train de se modifier ?

Tout ceci risque fort d'être - ou du moins d'être perçu par nombre de porteurs de radicalité - comme une tentative de réinstallation de la démarche et du système politique. En imposant aujourd'hui le temps des échéances institutionnelles comme repère de l’alternative n'enferme-t-on pas cette alternative dans un champ où nous sommes perdants ? Ne se prive-t-on pas d'un écho que nous pourrions avoir dans les mouvements en termes de proposition de subversion institutionnelle en se plaint à l'élection présidentielle telle qu'elle est.

Il est d'ailleurs réducteur d'enfermer le choix politique dans le dilemme JLM ou la primaire avec Hollande, d'oublier d'autres propositions comme celles d'Ensemble ! sur la construction d'un commun à partir de forums, par exemple, avec une intervention sur l'abolition du chômage comme choix politico-social alternatif.

Mais ceci suppose de refuser de censurer ce qu'il y a de neuf et d'espoir au nom d'un pessimisme qui n'est pas celui de l'intelligence qui permettrait l'optimisme de la volonté, mais l'effet de l’accumulation de nos propres échecs (Et ceci n'est pas un reproche individuel à G. Alfonsi mais la nécessité de se rappeler nos histoires collectives).

La réponse de Gilles Alfonsi

N’est-il pas curieux de me reprocher de faire comme « s’il ne s’était rien passé ces dernières semaines qui puisse changer le cadre institutionnel » tout en qualifiant le mouvement en cours de « mouvement social » ? Est-il juste d’affirmer que je n’ai pas abordé dans mon dossier la crise politique ? C’est factuellement faux. Etienne Adam énonce cependant correctement le désaccord entre nous, lorsqu’il évoque « la crise de représentativité » qui « nous  (?) a « frappés » et la nécessité d’une « reconstruction préalable ». Je persiste à penser que dans le mouvement des idées et des luttes, il n’y a pas un ordre du type, premièrement le mouvement social, deuxièmement l’alternative, troisièmement les candidats et quatrièmement les urnes. Une telle logique reproduit la césure entre social et politique, renvoyant la construction d’une alternative politique à… plus tard. Au contraire, nous avons besoin de forces et d’espaces politiques qui posent dès à présent la question de l’alternative, non pas comme une offre politique extérieure au mouvement mais en son sein.

J’assume tout à fait d’écrire : « comment aller au-delà de l’objectif d’infliger une défaite au gouvernement, ce qui ne changerait rien - ou si peu - à la domination écrasante du néolibéralisme ? ». Ce qui me paraît intéressant et porteur dans l’occupation des places publiques, c’est précisément d’aller au-delà de l’exigence du retrait de la loi travail. Cela ne veut pas dire qu’une telle victoire serait sans importance.

Si l’on espère que le mouvement va se transformer en législateur collectif et que cela pourrait ouvrir la voie à une révolution démocratique, alors qu’il soit permis de remarquer que cette exigence de révolution démocratique est portée depuis quelques années par le Front de gauche, par Ensemble !… et par Jean-Luc Mélenchon. Constituante, révolution démocratique, VIe République, il est assez curieux que certains s’attachent à faire comme si Mélenchon ne portait pas avec force et talent ces exigences. Par ailleurs, on peut bien sûr considérer comme sans importance sa notoriété médiatique et les sondages… mais c’est une forme de déni. Surtout, ce qui importe, c’est la coïncidence entre le mouvement et les positions qu’avec Ensemble !, notamment, nous exprimons, ainsi que… Jean-Luc Mélenchon.

La réponse de Cerises

Cerises n’est pas l’organe central de l’Association des communistes unitaires. Dans notre hebdomadaire d’opinion, chaque auteur assume ses positions. Comme depuis 2008 et 287 numéros, Cerises est ouvert au débat : une nouvelle preuve en est donnée dans ce numéro.