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Monde / Guignolet-Kirsch

I comme Internationale

Un spectre hante le monde, celui de l’Internationale… qui semble aujourd’hui n’être en effet plus qu’un fantôme de l’histoire ouvrière.

Aujourd’hui, malgré les contradictions inter-impérialistes et la concurrence consubstantielle à l’existence même de la classe capitaliste, celle-ci ne manque pas d’internationales. Après le temps de la Trilatérale est venu celui des sommets, comme Davos, des très nombreux think tanks et des concertations permanentes. Peut-être justement, d’ailleurs, à cause de ces contradictions qui nécessitent en permanence d’essayer d’harmoniser les politiques, "d’organiser la désorganisation" de l’ultralibéralisme, à travers des négociations comme celle du TAFTA.

Les forces progressistes et révolutionnaires (…) se distinguent par le fait qu’elles sont les seules à ne pas disposer d’internationale véritable et que l’internationalisme a bien du mal à s’affirmer dans leur action.

Dans le domaine politique, la plupart des familles qui s’inscrivent dans le système capitaliste ont leur Internationale (de l’extrême-droite aux socialistes…)

Les forces progressistes et révolutionnaires quant à elles, qui sont évidemment fort diverses et généralement faibles, se distinguent par le fait qu’elles sont les seules à ne pas disposer d’internationale véritable et que l’internationalisme a bien du mal à s’affirmer dans leur action.

Le mouvement des forums mondiaux, qui avait suscité un espoir certain (d’autant qu’il est apparu après la chute du système socialiste et qu’il manifestait une certaine volonté de relever la tête, dans des formes nouvelles et apparemment prometteuses), s’est essoufflé.

Sans doute la raison tient-elle au fait que ce mouvement n’a pas été en mesure de formuler et de faire partager une vision vraiment alternative. "Un autre monde est possible" a-t-il proclamé, mais il s’est plutôt limité à dénoncer les effets de la mondialisation libérale, plus qu’il n’a montré comment s’en débarrasser et aller au-delà du capitalisme.

Ce qui se passe actuellement en Amérique latine - les revers des forces de gauche alors que celles-ci semblaient avoir "le vent en poupe" depuis une quinzaine d’années (avec l’élection de Chavez en 1999 et les changements en Argentine, au Brésil, en Bolivie, Équateur, etc.) - est certainement l’effet d’une contre-offensive de la bourgeoisie, liée à l’impérialisme nord-américain, mais aussi la manifestation des limites d’un moment politique. Si, partout, ces forces ont essayé de mettre en œuvre une politique sociale et de reconquête de la souveraineté nationale, nulle part, elles n’ont pu vraiment donner vie au "socialisme du XXIe siècle" que Chavez appelait de ses vœux.

Est-ce seulement en raison du rapport des f::orces ou aussi la conséquence d’un manque de cohérence et de détermination ?

C’est le 21 novembre 2009, lors d’une rencontre des partis de gauche à Caracas, que Chavez avait lancé son appel pour la création d’une Cinquième Internationale. « Face à la crise capitaliste et la menace d’une guerre qui représente un danger pour l’avenir de l’humanité, les peuples réclament une unité plus forte des partis de gauche et révolutionnaires qui sont prêts à lutter pour le socialisme », avait-il dit. La proposition avait alors été soutenue par la majorité des délégués… Mais rien n’a suivi. Même s’il a proposé au congrès suivant du PSUV de convoquer une grande réunion internationale pour concrétiser cet appel. "Rien"… n’est pas tout à fait vrai, car régionalement, des initiatives ont été prises, notamment autour de l’ALBA, l’alliance bolivarienne.

Mais il faut dire que cet appel n’a été relayé par aucun des grands partis dans le monde…

Ici, en France, un comité s’était crée à l’initiative de quelques-uns qui défendaient déjà cette idée depuis plusieurs années, bien avant que Chavez la reprenne à son compte.

Samir Amin avait ainsi publié un livre, au Temps des Cerises en 2006, intitulé Pour une Cinquième internationale1 dans lequel il fait un bilan des expériences des quatre premières et traite surtout des nouveaux défis de notre époque.

Dans cet essai, il préconise une Internationale qui tire les leçons du passé et des limites de leurs tentatives centralisatrices, notamment celles de la Troisième, (mais aussi de la Deuxième et de la Quatrième), proposant de revenir plutôt à l’esprit de la Première.

La Première Internationale, l’AIT (Association Internationale des Travailleurs) fondée en 1864 à Londres, accueillait en son sein des groupes très divers, marxistes, proudhoniens, lassaliens, bakouniniens, mazziniens… Son action pratique a été limitée et ses moyens étaient faibles (les caisses étaient vides…), mais elle a eu une forte influence symbolique. La tentation centralisatrice s’est imposée dès le Congrès de la Haye, en 1872, avec l’exclusion des anarchistes, puis le transfert du siège à New York… et le Congrès de Philadelphie en 1876 entérina sa fin.

La IIe eut un rôle important dans la formation de grands partis socialistes, mais elle explosa avec la 1ère Guerre mondiale et le ralliement de la majorité des dirigeants allemands et français à la politique de guerre. À la suite des conférences de Zimmerwald (1915) et Kienthal (1916) où s’affirmèrent deux stratégies dans le socialisme international, Lénine proposant de transformer la guerre en guerre révolutionnaire, naît la Troisième. Celle-ci a joué un rôle essentiel au XXe siècle, avec ses vingt-et-une conditions et la création de partis communistes dans le monde entier. Mais elle fut vite subordonnée à la défense du premier pays socialiste et à ses intérêts d’État. Et elle aussi a échoué sur la guerre. C’est Staline qui y mit fin en mai 43. En grande partie pour donner des gages à ses alliés occidentaux dans la lutte contre Hitler et signifier ainsi qu’il renonçait à la révolution mondiale. (En refusant de déterrer la question de l’Internationale, les communistes d’aujourd’hui ont-ils conscience qu’ils continuent d’obéir à l’injonction de Staline ?)

Jamais sans doute les luttes locales n’ont été à ce point liées aux enjeux planétaires.

Bien sûr, le monde a beaucoup changé. Le mouvement communiste a un temps essayé de maintenir des Conférences internationales", mais il a été divisé par le conflit sino-soviétique. Puis, depuis la chute de l’URSS, dont il n’a pas su tirer collectivement les leçons, il a connu beaucoup de renoncements et un terrible affaiblissement.

Pourtant, la nécessité demeure de donner force à l’impératif d’union des peuples du monde, face à la triple menace de régression sociale, de guerre généralisée et de désastre écologique que le capitalisme fait peser sur la planète.

Jamais sans doute les luttes locales n’ont été à ce point liées aux enjeux planétaires.

Bien sûr, l’heure n’est pas à la reconstruction d’une internationale seulement communiste. Ni à la création de quelque internationale centralisée que ce soit, prétendant définir une ligne juste valable pour tous.

Nous aurions bien besoin d’un réseau mondial et qu’il se nomme Internationale lui donnerait une force symbolique. À la fois pour développer des solidarités et essayer de dégager une perspective globale qui fasse de la démocratie le but et le moyen.

L’heure serait sans doute plus à la formation d’un réseau. Et les outils pour cela existent comme ils n’ont jamais existé.

Nous aurions bien besoin d’un tel réseau mondial et qu’il se nomme Internationale lui donnerait une force symbolique. À la fois pour développer des solidarités et essayer de dégager une perspective globale qui fasse de la démocratie le but et le moyen. La question de la guerre aux portes de l’Europe et l’impéritie de cette Europe face au problème des réfugiés est un exemple parmi d’autres de sa nécessité.

Alors, pourquoi cette impuissance des forces anticapitalistes, alors même qu’il parait indispensable d’aller au-delà du mouvement des forums mondiaux ?

On peut bien sûr avoir le sentiment qu’à cette tâche la plus haute correspondent aujourd’hui les moyens les plus faibles.

Mais sans doute est-ce avant tout une affaire de volonté et de sens de l’initiative historique. Qui saura être à la hauteur de la situation ?

1. Samir Amin, Pour la Cinquième Internationale, (suivi de L’Islam politique au service du déploiement capitaliste et de L’Appel de Bamako), le Temps des Cerises, 2006, 14 euros.