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Elisabeth n’est plus…

Directrice d’Espaces Marx, animatrice du réseau Transform Europe !, Élisabeth Gauthier est décédée le 9 février, à 66 ans.

Dire la douleur de son décès, c’est dire combien nous continuerons de la voir, de l’entendre, elle et son appétit de vie.

Et d’ailleurs que dire ? Comment dire ? Tant Elisabeth était multitude, tant elle était éclat, recherche et ouverture de pensée, diversité, vivacité.

Dire pour le moins, ou, pour le plus, avec elle, des mots ; ses mots compagnons, ses mots qu’elle tentait de faire vivre, pour elle, pour toutes et tous, pour s’épanouir, pour le partage, pour l’espoir : révolution, démocratie, culture, échange, écoute, amour, musique, joie, émancipation, invention, créativité, renouvellement, organisation.

Dire ces mots qui, chacun et ensemble, se remplissaient de son espace étendu, sans frontières … Europe, Monde, Peuples, Histoire, Art, Tyrol. Dire combien il n’est pas possible de les séparer, de les morceler, de les séquencer en disant Elisabeth.

Dire ces mots d’exigence, pour elle, pour ses amis.

Dire ses rires, et ses énergies, ses soifs de mouvements, sa certitude que jamais l’action émancipatrice ne doit se reposer, fut-ce sur des lauriers, surtout pas… Elle se méfiait des lauriers.

Dire son goût de l’apport des autres. Elle qui, sourire en coin, malicieuse, m’avait invité à des réunions en Autriche, où il fut question de la « condescendance des communistes français qui n’écoutent qu’eux-mêmes». Il y a de cela quelques décennies désormais. En fin de réunion, elle vint me voir et me dit… : « Et alors ? »

Et alors ?

Et alors je m’étais dit que je croyais la connaitre, mais qu’elle était ailleurs que là où je la situais. Là où elle seule savait donner rendez-vous. Combien de fois n’y ai-je pensé ?

Oui, ce fut un choc.

Elisabeth était, pour qui voulait accepter de l’écouter, la côtoyer, cheminer avec elle, un choc permanent, jamais définitivement assise, elle vous incitait à vous lever. Toujours en mouvement, en interrogations. Ce qui surprenait, c’est que cela se solidifiait d’impressionnantes qualités d’animatrice, d’organisatrice, sources de décisions, de choix, de déterminations et d’actions.

Elisabeth fut la première dirigeante nationale du PCF à ne pas avoir la nationalité française. Et jamais, ne voulut se démettre de sa nationalité d’origine. Il faudra dire cette histoire des discussions qui eurent lieu lors de son élection au comité central du PCF, quand se posa la question de sa nationalité.

Elisabeth avec qui, et avec tant d’autres camarades, nous avons tant partagé, confronté, notamment lors de la crise que vécut la fédération de l’Essonne du PCF en 1984. Dire que, déjà, elle refusait de répondre par l’évidence. Comment mettre en cause ce qui ne devait plus être, au plan moral, organisationnel, politique, en donnant du sens à l’être, à nos espoirs ? Comment transformer ce qui ne doit plus être, changer ce qui doit changer en essayant de ne pas reproduire ce que nous mettions en cause ? Se prémunir contre soi-même !

Comment valoriser le sens de l’humain, ne plus jamais réduire les luttes émancipatrices aux assises économiques, soit disant "concrètes", de la lutte de classes ?

Relire, écouter et redécouvrir avec Elisabeth que la transformation sociale ne peut se construire dans les certitudes, dans l’isolement, dans la répétition.

Relire, écouter et redécouvrir, pour imaginer avec elle.

Tant et tant de moments si vifs !

Combien de soirées passées à en débattre ? Quand elle buvait son vin blanc… à l’autrichienne !

Quand elle parlait de sa famille, de sa maman, de son frère, de musique, de montagne.

D’autres, mieux que moi, diront son apport à Espace-Marx, à la Gauche-européenne, à la création du PGE, aux mouvements altermondialistes.

Mais il faut dire le parcours d’Elisabeth qui fait de tout cela bien autre chose qu’une somme de hasards, de circonstances.

Rappeler comment Elisabeth accompagna la création du collectif ,"Droit des homosexuels", dès le début. Dire aussi combien elle contribua à formuler le sens, le rôle du collectif "antiracisme" du PCF enfin créé, dans les années 1990.

Dire son écoute et son apport sur les nouvelles formes du racisme, ses colères de voir tant de ses camarades négliger ces questions. Dire ce sens de l’Humain, qui lui avait permis de saisir en quoi il faut encore et encore travailler sur les 500 années durant lesquelles se sont façonnées nos sociétés, de l’esclavage des noirs à nos jours et… nos nuits.

Dire son plaisir, communicatif, de dire, de croire, qu’elle avait vaincu la maladie, jusqu’au jour où...

Dire, et garder en souvenir ses yeux pétillants, fiers, quand elle disait mon fils, ma belle-fille et puis… Théo.