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Guignolet-Kirsch

G comme guerre (à la guerre)

Nous vivons (depuis la guerre du Golfe au moins) sous la menace, peut-être pas de la guerre atomique mondiale, mais des guerres atomisées de la mondialisation.

La guerre n’a pas disparu de notre horizon. Sommes-nous déjà entrés dans une troisième guerre mondiale ? Ce qui se passe actuellement nécessite un effort de compréhension. Nous n’avons pas la prétention d’en saisir tous les tenants et aboutissants mais on peut essayer de faire le point. Nous vivons (depuis la guerre du Golfe au moins) sous la menace, peut-être pas de la guerre atomique mondiale, mais des guerres atomisées de la mondialisation. Les conflits s’enchaînent et se superposent et créent une situation où s’accumulent à un pôle la misère, les drames et les destructions, et à l’autre, la peur des autres, l’ordre sécuritaire, la restriction de la liberté et de la démocratie.

Quelles sont les causes de ces guerres à répétition qui mettent aux prises des forces inégales et où les plus forts sont pourtant apparemment incapables d’emporter la décision ? Et où même leurs "victoires" font se lever de nouveaux ennemis.

En décembre 2000, trois ans avant l’invasion de l’Irak par la coalition américaine et le renversement de Saddam Hussein, nous nous étions rendus à Bagdad. Nous avions organisé, avec une centaine d’artistes, d’intellectuels et de militants, une opération de "violation de l’embargo aérien". En dépit de l’interdiction de pénétrer dans la "no fly zone" décrétée par la coalition, notre avion, parti de Paris, a pu atterrir à Bagdad.

À l’aéroport de Bagdad, nous avions été accueillis par les dignitaires religieux de toutes les confessions (musulmans de toutes obédiences, chrétiens, yézidis, zoroastriens, sabéens émules de Saint-Jean Baptiste…), car l’Irak autoritaire de Saddam Hussein mettait un point d’honneur à montrer que toutes les religions coexistantes étaient respectées comme autant de témoignages d’une histoire qui remontait à l’Antiquité. Nous avions rencontré Tarek Aziz, (alors ministre des affaires étrangères et aujourd’hui toujours emprisonné en Irak) lors de ce court week-end. Le propos qu’il nous avait tenu était assez clair. Il nous avait expliqué que depuis la chute de l’Union soviétique, les États Unis disposaient d’une "fenêtre de tir" de quelques années pour prendre le contrôle du continent eurasien et mettre la main sur les ressources pétrolières. Pour cela, il leur fallait détruire les États de la région encore capables d’affirmer leur souveraineté. Quoi qu’ils fassent, nous avait-il affirmé, ils savaient que la guerre était dans l’agenda américain de l’époque. Quand on veut noyer son chien, on l’accuse de la rage… Chacun a encore en mémoire la campagne mensongère sur les armes de destruction massive.

La destruction de l’Irak et la déstabilisation de la région expliquent dans une large mesure ce qui se passe aujourd’hui. L’apparition et le développement de ce monstrueux État islamique a en effet pu s’appuyer sur les frustrations des populations sunnites du pays, humiliées et vaincues, et sur les débris du système baasiste.

La dimension idéologique de la guerre ne peut pas être sous-estimée. Il y a bien une guerre de religion provoquée par les éléments les plus réactionnaires pour opposer au sein de l’islam les sunnites et les chiites, et, au-delà, les musulmans à tous les "mécréants". Et, comme lors des guerres de religions que nous avons connues au XVIe siècle, l’économie n’explique pas tout. Mais l’aveuglement de la foi, ou la violence innée de la nature humaine, la volonté de puissance et la pulsion de mort non plus.

(Dans Le rôle de la violence dans l’Histoire, Engels montre que si la violence joue bien un rôle d’accoucheuse historique, ce n’est pas elle qui explique l’Histoire).

Jamais le fanatisme religieux n’aurait pu faire de tels dégâts s’il n’avait été encouragé et instrumentalisé par les puissances régionales qui s’affrontent.

La guerre ne serait guère possible si les hommes ne se trouvaient pas de "nobles" motivations pour accepter de tuer et de se faire tuer. Personne ne rêve de mourir pour le pétrole. Mais si la foi peut lever des armées, elle ne suffit pas pour les armer et assurer l’intendance. L’économie est à la fois le but et le moyen de la guerre.

C’est vrai du côté des "terroristes". Daesh vient de décider de réduire de moitié la solde de ses combattants (le soldat est en effet toujours celui qui touche une solde). Jusqu’à maintenant, ils touchaient 400 euros par mois, le double pour les combattants étrangers. Dans le contexte syrien ou irakien d’aujourd’hui, ce n’est pas rien… Cette réduction de salaire est visiblement le signe des difficultés de Daesh sur le terrain et de l’effet que commencent à produire les attaques, notamment russes, contre leur activité pétrolière.

Mais c’est vrai aussi du côté des "démocraties". La guerre permanente est toujours le meilleur moyen que les grands pays capitalistes connaissent pour soutenir leur économie, notamment via la vente des armes. Ainsi, la France est engagée dans une guerre contre des fanatiques qui tuent et décapitent au nom de la religion, mais elle est au mieux avec l’Arabie saoudite qui a fait décapiter 200 personnes en un an et condamne à mort un poète au nom de la même idéologie. La France (en tout cas ses dirigeants) a vendu pour 16 milliards d’armement à l’Arabie saoudite en 2015, soit deux fois plus qu’en 2014 et quatre fois plus qu’en 2012 !

Il y a peu de chances que les choses en restent là… Est-ce donc la guerre sans fin ?

Normalement, les guerres n’ont pas de fin en soi. Elles visent à modifier un rapport de forces et doivent à un moment céder la place à la diplomatie et à la paix. Si la guerre, comme le disait Clausewitz, est la poursuite de la politique par d’autres moyens, la politique est le seul moyen de mettre fin à la guerre. Les bombardements, quels qu’ils soient, peuvent affaiblir l’adversaire (et infliger de terribles souffrances aux populations civiles) mais ils ne peuvent pas résoudre le conflit.

L’un des éléments qui peuvent justifier un peu de confiance dans l’avenir est que, sous l’effet de l’équilibre des forces en présence, un peu plus de réalisme s’est fait jour dans les chancelleries occidentales obligées de prendre en compte le rôle de la Russie et de l’Iran.

Mais les divisions de l’opposition syrienne et le manque de représentativité de ses représentants reconnus par la "communauté internationale" augurent mal des négociations qui s’engagent…

Les organisations dédiées au combat pour la paix sont toujours nées de circonstances historiques précises (...) Contre l’état d’urgence, la guerre permanente et le choc des civilisations, une initiative et un nouveau rassemblement s’imposent.

Jusqu’à maintenant, les opinions publiques en Europe sont restées pour l’essentiel spectatrices d’un conflit qui, dans une large mesure, leur échappe. Elles ont vécu avec sympathie le printemps arabe et s’en sont désintéressées quand celui-ci a été détourné par les pétromonarchies et a viré au cauchemar.

Pour l’instant, en France, l’opinion publique semble majoritairement accepter la logique de l’état d’urgence qui est la logique de guerre. La crainte devant l’afflux des réfugiés, la contagion de la misère qui monte du Sud renforcent les réflexes égoïstes, racistes, chauvins.

Dans ce contexte, nous aurions bien besoin d’un nouveau mouvement pour la paix. Les organisations dédiées au combat pour la paix sont toujours nées de circonstances historiques précises, qu’il s’agisse de l’Appel de Stockholm ou de l’Appel des cent, plus récemment.

Contre l’état d’urgence, la guerre permanente et le choc des civilisations, une nouvelle initiative et un nouveau rassemblement s’imposent.