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Face à la terreur de Daesh, gouverner par la guerre et par la peur ?

L’actuelle fuite en avant liberticide, sans remise en cause de la politique étrangère de la France, conduit tout droit à un affaissement de l’État de droit et amplifie l’affaiblissement de la démocratie. Décryptage des enjeux de la période et premières analyses critiques.

« Le terrorisme aveugle est spectaculaire, tactiquement plus efficace, mais beaucoup moins stratégiquement et politiquement. »

Au cours des derniers jours, Gilles Kepel, professeur à l’Institut d’études politiques de Paris, spécialiste de l’islam et du monde arabe, a mis en exergue les mutations du terrorisme islamique et les nouveaux enjeux sécuritaires et politiques qu’ils posent. Extraits : « Ce que souhaite l’EI [l’État islamique], c’est déclencher la guerre civile. Une stratégie mise en place dès 2005, par Abou Moussab Al-Souri dans son fameux Appel à la résistance islamique mondiale : la multiplication des attentats aveugles va organiser des lynchages de musulmans, des attaques de mosquées, des agressions de femmes voilées et ainsi provoquer des guerres d’enclaves, qui mettront à feu et à sang l’Europe, perçu comme le ventre mou de l’Occident. C’est dans cette stratégie globale que s’inscrivent les attentats d’hier. (…) Mais ceux-ci visent de façon indiscriminée une jeunesse parmi laquelle doivent se trouver une partie de leurs coreligionnaires qu’ils veulent enrôler dans leurs rangs. Là réside peut-être la faille stratégique. Car tout le problème du terrorisme, c’est de faire basculer les masses dans le soutien à son action. S’ils n’y parviennent pas, ils échouent politiquement, comme en Algérie en 1997, ou comme après les attentats d’Al-Qaida, qui a épuisé son modèle d’action à force de ne pas trouver de débouchés politiques. Aujourd’hui, les attentats aveugles cherchent à provoquer des pogroms, mais ils visent aussi ceux-là mêmes qu’ils veulent mobiliser ».

Le texte complet est ici.

Dans le même temps, Kepel estime que les attentats du 13 novembre vont se retourner contre l’État islamique. Extraits : «  (…) cette fois, à la différence des attentats de janvier dont les cibles étaient des "islamophobes", des "apostats" et des Juifs, ils tuent tout le monde. Ils ont visé des cafés bobos et branchés mais où se retrouvent aussi des enfants issus de l’immigration post-coloniale. La jihadosphère a abondamment applaudi mais il n’y aura pas de mouvement "Je ne suis pas le Carillon" ou "Je ne suis pas le Bataclan", comme il a pu y avoir "Je ne suis pas Charlie". Cela va se retourner contre eux. Le terrorisme aveugle est spectaculaire, tactiquement plus efficace, mais beaucoup moins stratégiquement et politiquement. Le terrorisme a une économie politique, il doit embrayer sur des populations qu’il mobilise à ses côtés, sinon il s’effondre, le modèle s’épuise.

(…) Toute la question est maintenant de savoir s’il sera possible de construire une véritable coalition contre Daech. (…) S’il ne dispose plus de son territoire autonome, Daech sera considérablement affaibli, car le terrain et la puissance fantasmatique de celui-ci lui permettent de recruter aussi massivement. Attaquer et libérer ce territoire est difficile, mais pas impossible si les pays de la coalition en ont la volonté et œuvrent dans le même sens. S’il est écrasé sur le terrain, Daech perdra aussi une grande partie de son aura. Mais cela ne voudra pas dire la fin du jihadisme. »

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« Le vivre-ensemble est à recomposer par une lutte contre les phénomènes de stigmatisation, les phénomènes d’écartement économique, de mise à l’écart économique, de division entre les territoires. »

De son côté, Pierre Rosanvallon, titulaire de la chaire d’histoire moderne et contemporaine du politique au Collège de France, a mis en exergue le paradoxe suivant : d’un côté le sentiment du vivre ensemble a été renforcé à la suite des attentats, de l’autre le repli sur soi est possible, et il convient de l’éviter en renforçant la vie démocratique. Extraits : « Paradoxalement, le sentiment du vivre-ensemble a été renforcé par ces terribles attentats, car le sentiment d’une épreuve commune produit du lien social. Quelques faits en témoignent, comme la présence de nombreuses personnes autour des lieux de mémoire que sont devenus les lieux des attentats. On peut même parler d’un mouvement de pèlerinage.

(…) Le gouvernement est surtout soucieux dans l’urgence de protéger physiquement les citoyens. Nous le voyons à Paris comme à Bruxelles, d’ailleurs. Mais cette protection, qui est aujourd’hui liée à un état d’urgence, demande à être assortie d’un renforcement de la vie démocratique et des institutions protectrices des libertés. Mais ensuite, bien sûr, le vivre-ensemble est à recomposer par une lutte contre les phénomènes de stigmatisation, les phénomènes d’écartement économique, de mise à l’écart économique, de division entre les territoires, et je crois que l’objectif numéro un de la politique aujourd’hui devrait être ce que l’on pourrait appeler la nécessité de "refaire nation". C’est donc autant une lutte contre les inégalités économiques et la séparation des territoires qu’un souci de faire en sorte que les Français se connaissent mieux les uns les autres. C’est décisif car j’ai le sentiment que l’un des obstacles à la vie commune, c’est le poids des préjugés et des stéréotypes qui faussent les regards et créent un fossé entre les individus et les communautés.

(…) Quand on voit les progrès fulgurants des populismes de l’extrême droite en Europe, on peut penser que nos démocraties sont aujourd’hui fragiles. Il faut donc être très vigilant sur ce point et veiller tout particulièrement à ce que des groupes de la société ne soient pas transformés en boucs émissaires des difficultés collectives. (…) Il me semble que l’état d’urgence se caractérise effectivement par une radicalisation du pouvoir exécutif. Mais c’est justement la raison pour laquelle ce pouvoir exécutif ne restera durablement dans un cadre démocratique que s’il y a une démocratisation de l’exercice du pouvoir. »

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« C’est là le véritable combat : donnez à nos jeunes, aux forces vives de notre nation, des perspectives autrement plus enthousiasmantes que celles que leur ouvre l’État islamique. »

L'humoriste Patson, lui, a interpellé François Hollande, sur la situation des quartiers populaires et le rôle de l’éducation. Extraits : « (…) Monsieur le Président, je demande à être associé à un juste combat. Mais, Monsieur le Président, quel est ce combat ? (…) Monsieur le Président, ce n’est pas seulement en renforçant notre armée que vous vaincrez ce mal qui ronge nos quartiers. Monsieur le Président, ce n’est pas seulement en embauchant des policiers et en les armant que vous ouvrirez des perspectives à ceux qui n’en ont pas.

(…) Monsieur le Président, s’il vous plaît, débloquez aussi de l’argent pour l’éducation. Débloquez aussi de l’argent pour ouvrir des structures capables de soutenir des parents débordés par leurs enfants. Débloquez aussi de l’argent pour monter des projets dans lesquels les jeunes pourront s’investir. Il n’est en aucun cas question d’assistanat, mais de permettre aux jeunes de se mettre en valeur et d’être récompensés pour leurs efforts et leurs résultats. C’est là le véritable combat : donnez à nos jeunes, aux forces vives de notre nation, des perspectives autrement plus enthousiasmantes que celles que leur ouvre l’État islamique. »

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« La France n’a pour l’instant aucune intention de revoir les relations privilégiées qu’elle entretient avec l’Arabie saoudite et le Qatar. »

Au-delà de l’identification des enjeux de la période, des analyses critiques se font jour. Celle de Sophie Bessis, historienne et journaliste franco-tunisienne, met l’accent sur la nécessaire remise en cause de la politique française vis-à-vis de l’Arabie Saoudite. Extraits : « L’Arabie saoudite a (…) massivement financé et soutenu les mouvements antisoviétiques les plus radicaux en Afghanistan, à commencer par Oussama Ben Laden qui a, avec d’autres, mené le djihad antisoviétique, également soutenu et financé par les États-Unis.

Au total, l’Arabie saoudite a dépensé des dizaines de milliards de dollars dans l’ensemble du monde musulman pour construire des mosquées, former des imams, financer des écoles coraniques enseignant cette forme particulière d’islam. Avec cette force de frappe financière considérable, elle a pu faire progressivement de ce qui était une secte ultraminoritaire dans le monde musulman la forme dominante de l’islam sunnite aujourd’hui. Depuis 1979 au moins, l’Arabie saoudite est un des principaux bailleurs de fonds des mouvements extrémistes sunnites, armés ou non.

(…) la France est devenue en 2015 le deuxième exportateur mondial d’armement grâce à ses ventes aux monarchies pétrolières. L’Arabie saoudite en 2015 a en outre financé l’achat par l’Egypte des 24 avions Rafale et des deux navires que Paris n’avait pas pu vendre à Moscou en raison de la guerre en Ukraine.

(…) la France n’a pour l’instant aucune intention de revoir les relations privilégiées qu’elle entretient avec l’Arabie saoudite et le Qatar. Ses diplomates et ses responsables s’évertuent à dégager ces deux pays dans l’expansion du djihadisme. Et la dépendance financière française vis-à-vis d’eux reste extrêmement importante. Sur ce chapitre, la faiblesse de la France est de brandir, quand elle est attaquée sur son sol, les valeurs universelles des droits humains, mais c’est d’avoir comme allié dans la région des États qui en sont les plus grands violateurs dans le monde.

La France doit comprendre que son discours auprès des peuples du Maghreb et du Moyen-Orient demeurera inaudible tant que sa diplomatie restera aussi éloignée de son discours. »

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« Notre force, c’est notre État de droit (…) méfions-nous de l’état d’urgence permanent et de la surenchère sécuritaire. »

Pour Dominique de Villepin, ancien premier ministre, « la guerre ne nous rend pas plus forts, elle nous rend vulnérables ». Extraits : « Quelle est, en effet, la stratégie de Daech ? Elle est double et il faut savoir la prendre au sérieux pour la combattre. Premièrement, les hommes de Daech cherchent à susciter la guerre civile en France et en Europe, à monter les populations contre les musulmans, français, immigrés ou réfugiés. C’est ce qu’ils visaient en attaquant Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher. C’est ce qu’ils confirment par la violence aveugle et sauvage du13 novembre. En nous lançant à corps perdu dans la restriction des libertés individuelles ou dans la suspicion généralisée envers l’islam à travers une laïcité de combat traquant barbes et voiles, nous leur donnerions le choix des armes.

Notre force, c’est notre État de droit et c’est la fidélité à nos principes, c’est l’équilibre et la mesure, en utilisant avec fermeté tous les moyens d’enquête et de poursuite de notre État, en mobilisant ses forces de sécurité et de défense. Qu’il faille des mesures exceptionnelles pour faire face à l’urgence, je le crois. Mais méfions-nous de l’état d’urgence permanent et de la surenchère sécuritaire qui, je le crains, va dominer notre vie politique pour plusieurs années.

(…) Dans ce contexte, répondre à l’attaque par la guerre, c’est éteindre un incendie au lance-flammes. Après vingt ans d’échec des opérations de paix des Nations unies, après dix ans d’interventions militaires occidentales désastreuses, la clé, c’est d’inventer une nouvelle forme d’intervention de paix, articulant d’une façon inédite outils militaires et instruments diplomatiques, au service d’objectifs précis avec des moyens de coordination efficaces. Rien de tout cela n’existe aujourd’hui. (…) Accepter la guerre, c’est accepter la fuite en avant. Il faut bien tirer les leçons de l’expérience. »

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« J’aurais préféré que l’état d’urgence soit revoté, si besoin était, tous les mois au Parlement, et non prolongé d’entrée pour trois mois. C’est très long, trois mois. »

Les craintes concernant les atteintes aux libertés et celle d’une régression antidémocratique sont de plus en plus nombreuses, et elles s’étayent de nombreux exemples (lire infra l’encadré). Ainsi, la présidente de la Commission nationale consultative des droits de l'homme, Christine Lazerges, est particulièrement préoccupée. Extraits : « (…) à titre personnel, j’aurais préféré que l’état d’urgence soit revoté, si besoin était, tous les mois au Parlement, et non prolongé d’entrée pour trois mois. C’est très long, trois mois. Et il semble que les perquisitions administratives soient menées dans des conditions critiquables, à tel point que le ministre de l’Intérieur a lui-même rappelé les préfets à l’ordre… (…) Un sondage paru dans le Figaro quatre jours après les attaques montrait que 84 % des Français se disaient prêts à restreindre leurs libertés pour plus de sécurité… On n’a pas besoin de faire une enquête pour le savoir quelques jours après ; il y a un biais dans cette démarche. Mais je suis étonnée du peu de cas que les Français font de leurs libertés. On commence à voir des critiques, mais, d’une manière générale, ils sont prêts à perdre certaines de leurs libertés. Or, les droits de l’homme sont universels et indivisibles. On constate également, comme en janvier, une recrudescence des actes racistes, notamment antimusulmans… »

Le texte intégral est ici.

Lire aussi : cncdh.fr/fr

« Proclamer qu’on lutte contre l’islam radical tout en serrant la main au roi d’Arabie saoudite revient à dire que nous luttons contre le nazisme tout en invitant Hitler à notre table. »

Marc Trevidic, vice-président du TGI de Lille, ex-juge d’instruction au pôle antiterroriste de Paris, donne son analyse sur les attentats qui ont fait 129 morts vendredi à Paris. Extraits. « Le gouvernement a déjà décrété l’état d’urgence. C’est une réponse forte qui permet, par exemple, d’effectuer des perquisitions 24 heures sur 24 sans mandat judiciaire. En allant au-delà, en construisant des centres de rétention à l’instar de ce qu’ont fait les États-Unis avec Guantanamo, le gouvernement risque de sortir des principes républicains. Ce serait contraire à la Constitution française et à la Convention européenne des droits de l’homme. Il est impossible, en France, de s’engager sur cette voie. Ne tombons pas dans la sur-réaction qui consisterait à interner toutes les personnes susceptibles d’être radicalisées. Nous risquerions de précipiter un mouvement de bascule où des musulmans modérés, sous prétexte d’avoir le sentiment d’être persécutés, emprunteraient la voie d’une radicalisation certaine. C’est ce qu’ont cherché les islamistes d’Al Qaida par le passé, et l’OEI aujourd’hui.

(…) Beaucoup d’efforts ont été entrepris depuis ces deux dernières années avec, notamment, le vote de la loi sur le renseignement. Malheureusement, nous n’avons pas voulu mettre le renseignement au service du judiciaire. Le système n’a pas été conçu en ce sens. Nous faisons face à un goulet d’étranglement : quand près de 2 500 personnes travaillent au renseignement, en face, il n’y a que 150 personnes du côté judiciaire. Ce déséquilibre signifie, en clair, que les juges n’ont pas les moyens de traiter les renseignements qui leurs sont transmis. (…) À mes yeux, ce ne sont pas les lois qui manquent, mais les moyens évoqués précédemment.

(…) Plus largement, la France n’est pas crédible dans ses relations avec l’Arabie saoudite. Nous savons très bien que ce pays du Golfe a versé le poison dans le verre par la diffusion du wahhabisme. Les attentats de Paris en sont l’un des résultats. Proclamer qu’on lutte contre l’islam radical tout en serrant la main au roi d’Arabie saoudite revient à dire que nous luttons contre le nazisme tout en invitant Hitler à notre table. »

Le texte intégral est ici.

« Jamais dans un passé récent des décisions aussi graves et aussi lourdes de conséquences pour les libertés n’auront été approuvées avec une telle célérité par les parlementaires de droite comme de gauche. »

Mettre l’état d’urgence sous surveillance

Depuis l’instauration de l’état d’urgence par le Président de la République et le vote parlementaire quasi unanime1 en faveur de son prolongement pour trois mois, différents observatoires de l’état d’urgence ont été créés par des médias. On peut citer celui de Médiapart, ici ; celui du Monde, ici ; celui de la quadrature du Net, ici ; celui d’Huffingtonpost, .

À l’heure où ces lignes sont écrites, plus de 2 000 perquisitions ont été menées au nom de l’état d’urgence, donnant lieu à des centaines d’interpellations. Ces opérations ont concerné, ces derniers jours, de nombreux militants écologistes, libertaires et autres, afin de décourager leur venue à Paris à l’occasion de la COP 21. Parmi les interpellés, 200 l’ont été place de la République le dimanche 29 mai, lors d’une manifestation interdite. Moins d’une dizaine a fait l’objet d’une procédure pour violences. Bref, si quelques dizaines d’imbéciles ont nui à la mobilisation, qui visait à mettre la Conférence mondiale sous pression citoyenne, le gouvernement et la police ont voulu avoir la main lourde pour ceux qui entendent se mobiliser malgré l’état d’urgence. À suivre.

* Gilles Alfonsi

1. Quelques parlementaires seulement ont voté contre cette prolongation, ou se sont abstenus.

Lire ici le résultat du vote à l’Assemblée nationale.

Et le résultat du vote au Sénat

D’autres auteurs formulent une critique plus radicale. Il en est ainsi de l’universitaire Olivier Le Cour Grandmaison, sous l’intitulé "Après les attentats : la Réaction qui vient".Extraits. « En quarante-huit heures, le chef de l’Etat et le gouvernement ont adopté la rhétorique guerrière et sécuritaire de la droite et de l’extrême-droite, et repris à leur compte plusieurs de leurs propositions. Hier, ils les jugeaient inefficaces, attentatoires à des dispositions majeures et pour cela contraires à certains engagements internationaux de la France comme la Convention européenne des droits de l’homme. Aujourd’hui, ils en font la synthèse. Cette involution spectaculaire nous renseigne sur la solidité de leurs convictions et de leurs principes ; ils n’en ont aucun car ils sont prêts à tout pour restaurer leur popularité et conserver le pouvoir.

(…) Jamais dans un passé récent des décisions aussi graves et aussi lourdes de conséquences pour les libertés individuelles et collectives n’auront été approuvées avec une telle célérité par les parlementaires de droite comme de gauche désireux d’en finir au plus vite. Etrange précipitation qui révèle ceci : tous prétendent commander aux événements ; ils ne font que s’y soumettre car ils ont peur.

(…) Les réponses qui viennent d’être apportées par le gouvernement et les parlementaires aux massacres du 13 novembre 2015 disent la puissance de la réaction politique à l’œuvre et de la régression démocratique qui nous est imposée. (…) La réaction qui vient ? Sur le terrain sécuritaire, elle a déjà remporté une bataille majeure. L’hiver politique qui s’annonce risque d’être rigoureux et fort long ; il faut l’affronter sans attendre. »

Le texte intégral est ici.

« Ce pouvoir n’a rien appris, rien retenu des crises passées qui aujourd’hui encore nous poursuivent. Cette construction d’un régime d’exception ne réglera pas la question sécuritaire. »

De son côté, François Bonnet, journaliste à Médiapart s’alarme : le pouvoir est hors la loi et l’État hors de contrôle. Extraits. « Deux semaines après les attentats du 13 novembre, la Ve République a donc radicalement changé. La voici qui présente le visage hideux de la peur, de l’emballement guerrier et d’un pouvoir hors contrôle. Qu’il est donc loin, "l’esprit du 11 janvier", célébré au lendemain de l'attentat contre Charlie Hebdo puis de la tuerie antisémite au magasin Hyper Casher de Vincennes !

Ce 11 janvier 2015, la société française se levait en masse, à l’occasion des plus grandes manifestations jamais survenues depuis l’après-guerre. (…) Les ambiguïtés, les dissonances, les contradictions de ces rassemblements furent relevées et débattues. Mais au moins la société était-elle là, en première ligne, dans sa force et sa diversité, mettant au défi l’ensemble de la classe politique d’élaborer des réponses radicalement nouvelles, qui ne répètent pas les erreurs tragiques du passé.

(…) Ce pouvoir, qui semble se résumer depuis le 13 novembre à trois hommes, François Hollande, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve, n’a donc rien appris, rien retenu des crises passées qui aujourd’hui encore nous poursuivent. Le naufrage républicain de la guerre d’Algérie, le naufrage démocratique de l’après-11-Septembre : que faut-il donc de plus pour que ce pouvoir comprenne qu’il précipite le pays dans une zone de risques où, à la crise politique, se surajouteraient des déflagrations sociales ?

(…) Au-delà de l’engagement du pays dans une guerre – choix jamais véritablement discuté et expliqué –, la réponse au terrorisme est donc la mise entre parenthèses de notre démocratie. Après l’État de droit, voici l’État hors la loi. (…) cet abandon de l’État de droit a été officialisé par la France auprès du Conseil de l’Europe. Dans une lettre à cette institution, le gouvernement annonce qu’il assume de s’affranchir de la Convention européenne des droits de l’homme.

(…) Cette construction dans l’urgence d’un régime d’exception ne réglera pas la question sécuritaire. Pas plus que ne l’ont réglée les dix lois visant à lutter contre le terrorisme adoptées depuis 2001. Nos libertés menacées par l’arbitraire de l’État, notre démocratie mise sous cloche, l’effacement des repères politiques dans un pays gangréné par l’extrême-droite… »

Le texte complet est ici.

Lire aussi :

- Les articles du ::Monde diplomatique de décembre 2015, dont tout particulièrement celui de Serge Halimi, "L’art de la guerre imbécile".

- L’appel du Franc-Moisin, [url=https://quartierslibres.wordpress.com/2015/12/01/lappel-du-franc-moisin/

]ici[/url].