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Turquie : les enjeux pour toutes les forces de paix et de démocratie

La chose la plus étonnante dans les dernières élections turques, ce n’est pas la majorité parlementaire obtenue par l’AKP mais la capacité des mass medias français à "normaliser" un scrutin qui s’est déroulé après 5 mois de violences imposées ou couvertes par l’État, à l’ombre des commandos dans le Kurdistan et entaché de nombreuses irrégularités. Manifestement, des scores exprimés en pourcentage et quelques graphiques suffisent pour faire oublier un contexte spectaculairement sanglant. Ainsi, il devient possible de se contenter d’indiquer que l’AKP du Président Erdogan a regagné la majorité du Parlement et que la population a fait le choix de la "stabilité", un rappel sur la situation "tendue" dans le pays, les attaques "terroristes"… Pourtant, ce scrutin ne peut être compris que comme la conclusion d’une offensive en trois volets d’Erdogan : initier un climat de guerre civile en mettant en état de siège des villes du Kurdistan et en inspirant des pogroms de kurdes dans les villes de l’ouest du pays, provoquer des affrontements avec le PKK pour renforcer ce climat, utiliser les bandes liées à Daesh comme matraque contre l’opposition démocratique en les laissant tuer au total près de 150 personnes à Suruç et Ankara. En d’autres termes, une stratégie de la tension classique et brutale qui a atteint son objectif à court terme en faisant revenir dans son giron les Kurdes conservateurs.

Cette politique de destruction a bénéficié de la complicité des dirigeants européens, soit à travers leur silencieuse passivité, soit de manière plus active, comme Fr. Hollande félicitant avec cynisme et fatuité Erdogan pour "son engagement" contre Daesh après l’attentat de Suruç… Le principal bénéfice recherché par les Européens est que la Turquie soit le sous-traitant externe de la politique de refoulement des réfugiés d’Europe.

Dans un contexte aussi défavorable et avec un très faible accès aux médias, le score de 10,8 % du HDP (contre 13 % en juin) et son statut de 3e parti au Parlement ne sont pas négligeables. Le HDP aura fort à faire pour résister à la répression, maintenir sa cohésion et continuer à être le parti de la paix et de la démocratie alors que les jeunes du Kurdistan ne voient rien venir par la politique civile.

Les forces de gauche en France doivent bien évidemment témoigner chaque fois que possible leur solidarité envers le HDP et l’opposition démocratique mais cela ne suffit pas. Une campagne unitaire visant à remettre en cause la politique étrangère de Fr. Hollande envers la Turquie (et par extension envers toute la région) est nécessaire et serait vitale…

Emre Öngün est membre d'Ensemble !