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La fin d'un siècle communiste

C'est sans doute l'un des derniers, voire le dernier des "monstres sacrés" de l'histoire du communisme du XXe siècle qui s'est éteint ce 27 décembre. Pietro Ingrao avait cent ans.

Né en 1915, il avait rejoint le Parti communiste italien en 1940 et combattu avec les partisans jusqu’à la Libération, puis était devenu l'un de ses dirigeants de premier plan, animateurs de son aile gauche, le courant précisément appelé "ingraïste", opposé à l'aile droite incarnée par Giorgio Amendola, aux côtés du courant "centriste" personnifié par Enrico Berlinguer.

Directeur de l’Unità de 1947 à 1957, député de 1950 à 1992, et président de l’Assemblée nationale de 1976 à 1979, il apparait dans les années 70 comme le principal représentant de "l'eurocommunisme de gauche", tentant de maintenir, avec l'affirmation d'une voie italienne au socialisme et une critique sévère du socialisme soviétique, une tradition marxiste et révolutionnaire, travaillant à l’élaboration d’une stratégie fondée sur les avancées démocratiques et les luttes de masses. Ses réflexions de 1971 sur ce qu'il appelle alors « l'inoubliable 1956 » feront date : à la fois autocritique du communisme stalinien et tentative de comprendre et de réhabiliter le communisme pour en faire une arme du présent.

Lorsque, à la chute du Mur de Berlin, une discussion s'engage dans le PCI sur l'abandon du mot "communiste" dans son nom, il sera de ceux qui s'opposent le plus vigoureusement à cette hypothèse, conscient qu'avec le mot, c'est pour beaucoup de ses camarades la chose qu'il s'agit d'abandonner. Ce débat s'achève en 1991, alors que l'Union Soviétique disparait. Malgré son désaccord, Pietro Ingrao choisit de ne pas quitter le parti auquel il a consacré les meilleurs années de sa vie et devient ainsi membre du "Parti Démocrate de Gauche" (PDS). Il le quitte toutefois en 1993 avant de se rapprocher en 1996 de Rifondazione Communista, parti créé par ceux des communistes, dont beaucoup de ses proches, qui avaient refusé la mutation de leur parti, et par différents groupes d’extrême-gauche. Il adhère formellement à Rifondazione en 2005 – à l’âge de 90 ans.

Butte témoin de la gauche radicale, il ne cessera de s’intéresser à la vie politique de son pays, à l’intérieur d’une gauche de plus en plus exsangue. En 2013, il soutient le parti SEL (Socialisme, Écologie et Liberté) de Nicchi Vendola, lui-même issu du courant ingraïste du PCI, qui avait scissionné de Rifondazione pour tenter de renouer avec un jeu d’alliances "à gauche" avec le PD (l’ex-PDS qui, poursuivant sa dérive vers un néolibéralisme sans rivage, avait entre temps renoncé à l’appellation "de gauche" pour se renommer simplement Parti démocrate).

Avec le décès de Pietro Ingrao, c'est une page d'histoire qui se tourne : celle de la tentative eurocommuniste d'une réforme en profondeur du communisme historique, qui en conserve la perspective avec un regard lucide sur son passé. Il restera comme l'illustration du meilleur de ce qu’a été le communisme européen, dans ses tâtonnements et ses contradictions, dans sa grandeur comme dans ses échecs, dans ses impasses comme dans ses espérances.

Deux livres de Pietro Ingrao ont été traduits en français, que l'on peut sans doute trouver chez certains bouquinistes, dans certaines bibliothèques... et parmi les vieux livres d'occasion que proposent chaque année quelques stands de la Fête de l'Humanité :
- Masses et Pouvoir, paru en italien en 1977, publié aux PUF en 1980 avec une préface de Hugues Portelli, à l’époque où il était de gauche. Il s’agit d’un recueil de textes, où l’on trouve en particulier ses réflexions sur l’année 1956.
- La politique en grand et en petit, livre d’entretiens réalisés à l’époque où il était président de l’Assemblée nationale, publié dans la collection Dialectiques chez Maspero en 1979.

C'est dans ce livre qu'il explique au détour d'une phrase : « Quelqu’un qui, comme moi, est profondément engagé dans la vie politique quotidienne et lourdement chargé de responsabilités éprouve avant tout le besoin de réfléchir. »

Voir aussi Voir aussi Hugues Le Paige, [url= http://blogs.politique.eu.org/Pietro-Ingrao-l-homme-qui-voulait?var_mode=calcul] "Pietro Ingrao, l'homme qui 'voulait la lune' ".[/url]