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Les gâteaux / Monde

Les migrants, les réfugiés et nous face au nouvel ordre mondial

Au-delà de l’émotion et de la compassion, le sort des migrants en général et des réfugiés en particulier appelle à transformer les relations entre États et à sortir du chaos des logiques de guerre. Cerises publie des extraits de contributions qui, contre l’hypocrisie des uns et le cynisme ambiant, vont dans ce sens.

Expulsion de migrants de la Halle Pajol, Paris, en juin dernier (Photo : Libération)
Expulsion de migrants de la Halle Pajol, Paris, en juin dernier (Photo : Libération)

"Une guerre européenne contre l’asile"
Jean-Pierre Alaux, du Groupe d’information et de soutien des immigrés (GISTI)1

(…) Au secrétariat général de l’ONU, on éprouve manifestement quelques difficultés à comprendre la position européenne. Aux yeux de Peter Sutherland, représentant spécial du Secrétaire général pour les migrations internationales, « ne stratégie efficace pour faire face à la crise, y compris dans le cadre d’un projet de résolution du Conseil de sécurité, commence […] par la nécessité immédiate de sauver des vies[ ». Sous-entendu, la guerre aux passeurs est secondaire.

(…) En toute logique, l’approbation par le Conseil de sécurité du plan de l’Union européenne devrait avoir pour condition une révision complète de la politique migratoire des Vingt-Huit puisqu’il a été acté que la fermeture des frontières de l’UE est responsable de la noyade de milliers de personnes en Méditerranée dans la mesure où elle les a livrées à des passeurs, lesquels les ont souvent exposées à la mort pour tirer le meilleur profit du marché ainsi créé.

Jean-Pierre Alaux : « L’Union européenne cherche à interdire aussi complètement que possible les mouvements spontanés des personnes migrantes vers son territoire, qu’elles fuient des persécutions ou la misère, par une politique impériale de la canonnière sans précédent. »

(…) au fond, l’Union européenne cherche à interdire aussi complètement que possible les mouvements spontanés des personnes migrantes vers son territoire, qu’elles fuient des persécutions ou la misère, par une politique impériale de la canonnière sans précédent, si possible avec l’aval de l’ONU, en Libye pour commencer. Rien ne dit qu’il ne s’agit pas là d’une expérimentation appelée à servir de modèle à d’autres interventions belliqueuses partout où des mouvements migratoires d’ampleur se feront jour sous l’effet de turbulences diverses : crises meurtrières, situations d’arbitraire et de violences, drames sanitaires, catastrophes « naturelles » ou dégradations climatiques.

Derrière cette posture aussi agressive que dominatrice, il y a la hantise de la liberté de circulation liée à l’exercice du droit d’asile. « Aucun des États contractants n’expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée », prévoit, dans son article 33, la convention de Genève de 1951 sur les réfugiés. Cette interdiction désarme d’autant plus l’Europe sous la pression migratoire méditerranéenne qu’il est admis qu’une partie majeure des personnes arrivantes sont des réfugiées : « près de la moitié », selon le représentant spécial du Secrétaire général pour les migrations internationales ; « près de 80 % », de l’aveu même du directeur adjoint de l’agence Frontex, Gil Arias-Fernandez.

(…) L’opposition de la France à toute minime ouverture des frontières européennes et à tout partage du faible supplément de demandes d’asile qu’elle pourrait entraîner n’étonnera personne. Elle est conforme à l’esprit de sa réforme de la réglementation relative à l’asile en cours d’examen devant le Parlement.

(…) D’un côté, politique européenne de la canonnière contre les passeurs, crapuleux mais ultimes recours pour échapper au mauvais sort. De l’autre, politique d’écœurement sans scrupule, en France et ailleurs, de celles et de ceux qui forcent, malgré tout, des frontières toujours plus fermées en violation du droit international. Comment les promoteurs d’un monde aussi sordide peuvent-ils continuer à se considérer comme les responsables de « pays des droits de l’Homme » ?

"De l’émotion à la raison politique"
Clémentine Autain, directrice de Regards2

Alors que les réfugiés meurent aux portes de l’Europe depuis des années, la photo du corps d’Aylan Kurdi, trois ans, échoué sur une plage, crée un choc mondial. Une prise de conscience probablement salutaire, à laquelle il ne faut pas s’arrêter.

L’indigence politique vire à l’horreur humaine. Ce n’est pas une nouvelle, mais le simple partage international d’une photo sur les réseaux sociaux a permis de monter d’un cran dans la prise de conscience du sort des migrants. Le corps d’Aylan Kurdi, trois ans, retrouvé mort face contre terre sur une plage de la station balnéaire de Bodrum a cristallisé l’insoutenable. Cette image publiée par de nombreux quotidiens, notamment britanniques, et relayée dans le monde entier exprime peut-être mieux que des mots l’impasse de choix politiques égoïstes et inhumains.

Clémentine Autain : « Des affects à la raison, il y a un pas. Il est impératif de le franchir pour arrêter le massacre. Et pour poser les questions essentielles qui fâchent sur l’organisation mondiale. »

Ce n’est pas le premier bateau qui échoue, ce n’est pas le seul enfant victime, sur le territoire européen, de la violence des politiques migratoires. Selon le HCR, plus de 2 500 réfugiés sont morts depuis le début de l’année, parmi lesquels de nombreux enfants. La situation de ces Syriens fuyant la guerre, courant par tous les moyens vers la vie, est connue. Elle se heurte depuis longtemps à l’aveuglement et au dogmatisme des gouvernants, à l’incapacité de l’Union européenne de trouver une solution pour accueillir dans la dignité celles et ceux qui pâtissent des inégalités planétaires et de ces guerres que des nations occidentales ont aussi nourries.

Tous ces traités et ces lois qui façonnent une Europe forteresse se fracassent sur le mur de la réalité aujourd’hui partagée en un clic, en une image, celle de la honte. Que la France, "pays des droits de l’Homme", soit à la traîne dans l’accueil des réfugiés est consternant.

(…) des affects à la raison qui permet de prendre les décisions nécessaires à la vie et à la dignité de ces migrants, il y a un pas. Il est impératif de le franchir pour arrêter le massacre. Et pour poser les questions essentielles qui fâchent sur l’organisation mondiale et l’inégale répartition planétaire des richesses, sur l’inefficacité des murs bâtis contre la circulation des personnes, sur l’égoïsme des États qui jouent la concurrence et non la coopération, sur les voies qui permettent réellement et dans la durée d’enrayer l’engrenage de la guerre. Le sursaut citoyen et politique doit prolonger la force de l’émotion.

"Il n’est plus possible de dire qu’il n’y a pas d’alternative
Eric Fassin, professeur de sociologie à l’Université Paris VIII3

Eric Fassin : « Au lieu de dénoncer le "droit-de-l’hommisme"», 
ne va-t-il pas falloir renouer avec les droits humains ? »

Depuis des années, les demandeurs d’asile sont soupçonnés d’être en réalité des migrants économiques. Va-t-on redécouvrir que l’asile est un droit ? Depuis des années, on nous répète qu’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde. On oppose le cœur à la raison. On nous explique qu’il faut se rendre à la raison économique, et non céder à l’angélisme. En réponse, avec le collectif Cette France-là, nous nous étions attachés à montrer que ces arguments ne tiennent pas, et que cette politique n’est ni raisonnable ni rationnelle. Ce qui est intéressant aujourd’hui, c’est que les Allemands dont se réclament les tenants de la rationalité économique, montrent l’exemple en matière d’ouverture aux réfugiés. Il n’est donc plus possible de dire qu’il n’y a pas d’alternative ! C’est bousculer le sens commun de nos politiques. Bref, au lieu de dénoncer le « droit-de-l’hommisme », 
ne va-t-il pas falloir renouer avec les droits humains ?

"Fallais pas !
Serge Grossvak, Communiste unitaire

Fallait pas jeter le linceul de la guerre sur ces contrées martyres ! Fallait pas la guerre ! Et maintenant l'image de cet enfant, de ce déjà corps d'enfant échoué sur la plage de Bodrum me déchire les yeux, me fermente de colère. Je suis en colère, je suis en rage contre les surpuissants de la terre. C'est vous ! C'est totalement vous qui avez fertilisé la géhenne par votre regard de spadassin et par vos armées envoyées.

Cet enfant que les vagues auront été dernières à bercer, il est un. Un parmi les milliers d'invisibles déchiquetés, brûlés, rejetés. Il est un parmi les horribles fruits de la guerre. Votre guerre. Notre guerre.

Ces morts sont nos morts.
Ce malheur est notre malheur.
Cette inhumanité est notre inhumanité.

Ce sont nos bombes qui tuent. Ce sont nos obus qui perforent. C'est notre fric qui domine et écrase. C'est notre regard qui impose. Oui, nous sommes pères de Daesh et autres barbares parce que nous les avons enfantés. Nos interventions humanitaires armées ont été bien fécondes, bien prolifiques. Nous, les intelligents, les modèles à suivre, les valeurs à prendre, avons été bien moyen-âgeux ! Revenir à la guerre pour solution ! Sombres crétins ! Kant, Jaurès, Hessel sont piétinés sur les plages ensanglantées. Et maintenant cet enfant au souffle des vagues, cet enfant qu'il est si horrible d'admettre qu'il est mort... La mer, plus humaine que nous, tente de lui insuffler les dernières souplesses de son corps. Et elle nous le rend.

Nous avions été des millions à clamer qu'il ne fallait pas. Il ne fallait pas en Irak. Il ne fallait pas. Ils l'ont fait, et encore, et encore. Partout, notre monde s'embrase. Le couvercle de la boite de Pandore a été ouvert, pulvérisé. La guerre se propage, les éclaboussures de sang entrent dans nos trains, nos musées, nos journaux...

Nous allons "accueillir" 100 000, 200 000...  migrants et continuer la guerre, continuer à dominer, continuer à imposer. Nos valeurs sont si grandes. Nos valeurs sont si belles. Mais nos valeurs n'imaginent même pas comment refermer le couvercle de la boite de Pandore. Nos valeurs puent le fric et ne sont rien d'autre.

Pour que nos enfants ne s'ajoutent à cet enfant des flots bleus, il serait grand temps que nous regardions dans les yeux ces valeurs qui sont les nôtres.

"Couper les barbelés, abattre les murs, ouvrir les frontières !"
7 jours Filpac n°3, 7/9/20154

(…) Ce que préconisent les Zémour, Le Pen, Sarkozy, Dupont-Aignan, la dictature hongroise ou la majorité des gouvernements de l’Union européenne ? Parquer les migrants dans des camps, derrière les barbelés, les murs, les chiens policiers. Vieille tradition de l’extrême droite et de la droite, les camps. Expulser, rejeter, refouler, c’est leur identité.

L’Union européenne ? Hollande, lors de sa conférence de presse, estimait à 24 000 les bons sentiments de l’Union. Pas un de plus. 24 000 réfugiés, dûment triés et sélectionnés - tel est le quota de Bruxelles. Ils auraient le privilège, dans les deux ans, d’entrer dans l’espace national. Un droit d’asile, ça ? Cette ruse de guerre revient à une reddition devant le national-lepénisme.

Filpac : « Cette même Union européenne, si unie pour défendre les banquiers contre le peuple grec, faisant bloc autour du FMI et de la BCE, la voilà si tendre à l’égard du dictateur Orban, fasciste hongrois. »

Cette même Union européenne, si unie pour défendre les banquiers contre le peuple grec, faisant bloc autour du FMI et de la BCE, la voilà si tendre à l’égard du dictateur Orban, fasciste hongrois, si mobilisée contre les immigrés. Une Union européenne de fils de fer barbelé, de murs anti-réfugiés, de frontières militarisées, construit des autoroutes à l’extrême-droite. Seule l’humanité a intérêt à la libre circulation des siens. Ouvrons les frontières à nos sœurs et à nos frères.

"Asile, c’est un droit"
appel unitaire

Nous, citoyennes et citoyens d’Europe, sommes de la même humanité que ces femmes, ces hommes et ces enfants qui fuient la guerre et la misère pour ne pas mourir. Comme eux, nous avons des enfants, nous travaillons, nous aspirons au bonheur et nous savons les efforts nécessaires pour construire nos vies dans un monde où la loi du plus fort est toujours en vigueur. Le sort que l’Europe, celle qui a connu tant de guerres, qui a envoyé tant de réfugiés sur les routes, leur réserve nous révolte.

L’Europe ne peut proclamer que ses valeurs reposent sur les droits de l’Homme et traiter ces réfugiés comme des envahisseurs, compatir à leur sort et faire si peu, se les rejeter comme des marchandises illégales. Or, force est de constater que même la directive sur l’afflux massif de réfugiés, bien loin de ce qu’exige la situation dramatique actuelle, n’a pas été mise en oeuvre.

Appel unitaire : « Ensemble, nous demandons que tous les réfugiés soient accueillis dans des conditions respectueuses de leur dignité ; une suspension des accords de Dublin et leur révision ; l’organisation d’un grand débat public sur la question des réfugiés. »

Le destin de ces réfugiés, de ces migrants, c’est notre destin et notre avenir. En niant leur droit à l’asile, c’est notre propre avenir que nous mettons en péril tant nous aurons, tôt ou tard, à rendre compte de notre aveuglement et de celui de nombre de nos gouvernants.

Déjà en partie responsable des événements qui poussent sur les routes de l’exil tant de personnes, que restera-t-il de la crédibilité de l’Europe et de la France si nous refusons de les accueillir ?

Nous n’admettons pas, en tant que citoyens européens et français, le déni d’humanité qui est en train de se produire.

En France, nous exigeons du gouvernement qu’il appuie sans équivoque un accueil de ces réfugiés dans tous les pays de l’Union européenne.

Nous lui demandons de prendre toute sa part, ici en France, de cet accueil, et donc d’accroître considérablement les moyens mis en oeuvre.

Nous appelons toute la société civile à se mobiliser pour appuyer cette exigence et pour apporter l’aide et l’assistance nécessaire.

Nous appelons tous les hommes et femmes de bonne volonté à combattre ces discours indignes qui refusent à ces hommes, ces femmes et ces enfants leurs droits élémentaires d’êtres humains.

Ensemble, nous demandons :
- que tous les réfugiés soient accueillis dans des conditions respectueuses de leur dignité
;- une suspension des accords de Dublin et leur révision
;- l’organisation d’un grand débat public sur la question des réfugiés.

Ensemble, nous pouvons faire que l’intolérable cesse.

Organisations signataires : Acat, Assemblée citoyenne des originaires de Turquie (Acort), Association des Tunisiens en France (ATF), Attac, Cedetim / Ipam, CGT, Collectif 3C, Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme et Tunisie (CRLDHT), Confédération syndicale des familles (CSF), Fédération nationale des Maison des potes, FSU, Ligue des droits de l’Homme (LDH), Licra, Mrap, Organisation de femmes égalité, SNJ-CGT, SOS Racisme, Syndicat des avocats de France (Saf), Union nationale lycéenne (UNL), Unef, Union syndicale Solidaires…

Lire ou écouter aussi :

- "Repenser la crise des réfugiés", par Nicolas Tuong,
www.lemonde.fr/idees/article/2015/09/09/repenser-la-crise-des-refugies_4750265_3232.html

- "Habermas, Zizek, De Luca… des intellectuels repensent la crise des réfugiés
www.lemonde.fr/idees/article/2015/09/09/repenser-la-crise-des-refugies_4750265_3232.html?xtmc=zizek_refugies&xtcr=1

- Communiqué du Mouvement de la Paix
www.mvtpaix.org/wordpress/la-solidarite-humaine-et-institutionnelle-aux-refugies-doit-saccompagner-dinitiatives-pour-des-solutions-politiques-et-economiques-durables/

- Fatou Diomé, dans "C'est dans l'air", ici : www.youtube.com/watch?v=xgZ0LcMUghA

- "Dix préjugés sur les migrants et comment y répondre" :
www.amnesty.be/doc/agir-2099/nos-campagnes/migrants-et-refugies/asile-et-migration-en-europe/s-o-s-europe/article/10-prejuges-sur-les-migrants-et#1_il_y_a_une_explosion_des_arrivees_de_migrants_en_europe

1. Texte intégral : www.gisti.org/spip.php?article4984

2. Texte intégral : www.regards.fr/web/article/mort-d-un-enfant-de-l-emotion-a-la

3. Texte intégral : www.humanite.fr/eric-fassin-il-nest-plus-possible-de-dire-quil-ny-pas-dalternative-583020

4. Texte intégral : www.filpac.cgt.fr/spip.php?article10302