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Les gâteaux / Monde

1975 - 2015 : la guerre du Vietnam n’est pas un lointain souvenir

Quarante ans après la victoire des communistes et des indépendantistes sur les Américains, le Vietnam se souvient de la sale guerre et commémore sa victoire avec fierté.

Repères

- 1885 : La Chine se retire du Vietnam. La France en devient la puissance colonisatrice.

- 2 septembre1945 : Après la capitulation des Japonais, alliés des nazis, Ho Chi Minh proclame à Hanoï l’indépendance du Vietnam.

- 1945-1954 : Guerre d’Indochine, à l’issue de laquelle le Vietnam est divisé en deux : communiste au Nord, pouvoir fantoche soutenu par les Français au Sud.

- 1954-1975 : Guerre du Vietnam, close par la prise de Saigon, rebaptisée Ho Chi Minh Ville en 1976.

2015 est une année particulière au Vietnam car on y célèbre, en plus des 70 ans de l’appel à la révolution d’Ho Chi Minh et de sa déclaration d’indépendance du pays de 1945, le 40e printemps de la victoire contre les Américains. De la mégapole du Sud, Ho Chi Minh Ville, au plus petit village du pays, des villes historiques du centre - Hué, Danang, Hoï An - à Hanoï la capitale populaire, les drapeaux, les oriflammes et les banderoles sont partout. Les slogans célèbrent la glorieuse témérité des combattants vietminh, la gloire de l’Oncle Ho, ainsi que les « avancées » du dernier congrès du Parti communiste vietnamien, le parti unique du pays. Ici, sur les murs au moins, la faucille et le marteau sont à la mode : on glorifie à l’ancienne l’alliance des militaires, des ouvriers, des paysans, des intellectuels et des étudiants.

Beaucoup ignorent, ou ont oublié, que les Américains utilisèrent sur le sol vietnamien l’équivalent de plusieurs bombes Hiroshima et des armes monstrueuses (armes chimiques et biologiques, bombes à sous-munitions).

Le 30 avril 1975, les chars vietminh ont mis fin à plus de vingt ans d’une guerre affreuse face aux Américains, défonçant les portes du palais présidentiel de Saigon. Au général Minh placé là 48 heures plus tôt par les Américains, qui lui indique être là pour rendre le pouvoir au vainqueur, le colonel vietminh Bùi Tin répond, disent les livres d’histoire : « Il n’en est pas question. Votre pouvoir s’est écroulé. Vous ne pouvez rendre ce que vous n’avez pas. » L’histoire du Vietnam s’est forgée sur la longue durée de l’adversité de la lutte anticolonialiste contre les Chinois, puis contre les Français (et leurs empereurs fantoches), puis dans ce conflit terrible.

Pour les Américains, rappelons-le, alors que la décolonisation progressait dans le monde entier, il fallait que le Vietnam échappe à l’influence croissante des communistes, coûte que coûte. La guerre du Vietnam s’est ainsi caractérisée par son horreur. Beaucoup ignorent, ou ont oublié, que les Américains utilisèrent sur le sol vietnamien l’équivalent de plusieurs bombes Hiroshima et des armes monstrueuses que les conventions internationales interdisent (armes chimiques et biologiques, bombes à sous-munitions). Ils y déployèrent, au plus fort de la guerre (en 1969 sous la présidence du républicain Richard Nixon), 550 000 soldats simultanément. Il s’est agi d’une guerre impérialiste, non seulement contre l’armée communiste, les nationalistes et les indépendantistes vietnamiens, mais aussi d’une guerre d’annihilation d’un peuple et d’empoisonnement durable des terres agricoles et des forêts.

Une exposition extraordinaire sur les atrocités américaines

Cette histoire fait l’objet actuellement d’une vaste exposition au Palais des vestiges de la guerre d’Ho Chi Minh Ville, précédemment nommé Musée des crimes de guerre américain. Exposition dont nous tirons la plupart des images de ce dossier.

Exposition sur la guerre du Vietnam, au Palais des vestiges de la guerre, à Ho Chi Minh Ville (août 2015).
Exposition sur la guerre du Vietnam, au Palais des vestiges de la guerre, à Ho Chi Minh Ville (août 2015).

À l’entrée du Palais des vestiges de la guerre, la file d’attente est dense et l’ambiance encore joyeuse. Des groupes de jeunes, Vietnamiens et Américains notamment, se pressent. Certains se font photographier dans la cour devant l’énorme hélicoptère US, un char ou un lance-flamme. Comme c’est amusant ! L’ambiance change radicalement au premier étage du bâtiment. Là sont présentées les preuves matérielles des atrocités commises par les Américains. Des photos principalement, mais aussi des armes et d’autres objets de guerre. Les chuchotements et le silence, ici, l’emportent. Les crépitements des appareils photos se sont tus, et beaucoup renoncent d’ailleurs à prendre des images de l’horreur. Avec ces centaines de photos de victimes, les murs suintent de violence et de sang. Ici, un homme jeté dans le vide à partir d’un hélicoptère ou trainé nu au sol jusqu’à la mort par des chars, là un corps en loque exhibé fièrement par un soldat satisfait, des têtes coupées et des cadavres décapités… Parmi d’autres, le célèbre cliché de "la fille au napalm", cette gamine de neuf ans - qui a un nom : Phan Thi Kim Phuc -, brûlée lors d’un largage de bombes.

Un Vietnamien jeté d’un hélicoptère américain.Répression des civils (ici, un soldat américain brûle une récolte de riz), exécutions sommaires, tortures… Jamais déclarée par les États-Unis, la guerre du Vietnam fit trois millions de morts côté nord vietnamien (dont deux millions de civils), environ 600 000 côté sud vietnamien et 58 000 côté américain (sur 8,7 millions de soldats mobilisés au cours de la guerre).
Un Vietnamien jeté d’un hélicoptère américain.Répression des civils (ici, un soldat américain brûle une récolte de riz), exécutions sommaires, tortures… Jamais déclarée par les États-Unis, la guerre du Vietnam fit trois millions de morts côté nord vietnamien (dont deux millions de civils), environ 600 000 côté sud vietnamien et 58 000 côté américain (sur 8,7 millions de soldats mobilisés au cours de la guerre).

Stupeur des visiteurs devant cette photo de la ‘‘jeune fille au napalm’’, Phan Thi Kim Phuc (9 ans), terrorisée parmi d’autres civils brûlés au cours d’un bombardement au napalm. Cette photo est réputée être l’un des 100 clichés les plus influentes de l’histoire de la photographie.Bombe dite agent orange, défoliant contenant de la dioxine, épandu par avion par les Américains. Il continue de faire aujourd’hui des victimes (cancers, malformations, maladies respiratoires…). + d’information ici : fr.wikipedia.org/wiki/Agent_orange
Stupeur des visiteurs devant cette photo de la ‘‘jeune fille au napalm’’, Phan Thi Kim Phuc (9 ans), terrorisée parmi d’autres civils brûlés au cours d’un bombardement au napalm. Cette photo est réputée être l’un des 100 clichés les plus influentes de l’histoire de la photographie.Bombe dite agent orange, défoliant contenant de la dioxine, épandu par avion par les Américains. Il continue de faire aujourd’hui des victimes (cancers, malformations, maladies respiratoires…). + d’information ici : fr.wikipedia.org/wiki/Agent_orange

L’agent orange et le napalm ont détruit un cinquième des forêts vietnamiennes et sont responsables encore aujourd’hui de terribles maladies et malformations des enfants des générations suivantes.

Non loin de ce cliché, on découvre des petites sphères de la taille d’une balle de golf, bombes porteuses de l’agent orange, fabriquées par Monsanto et Dow Chemical, utilisées au Vietnam à partir de 1961, sous la présidence et avec l’accord de John F. Kennedy. Ces bombes, et l’utilisation du napalm, ont détruit un cinquième des forêts vietnamiennes et sont responsables encore aujourd’hui de graves maladies chez ceux qu’elles ont touchés directement lors de leur largage (cancers, cécité…), et de terribles malformations des enfants des générations suivantes. En témoigne une lettre adressée au Président Obama, que nous reproduisons.

Un enfant de sept ans resté seul dans une mangrove (écosystème mêlant marais et forêt) détruite par les défoliants. L’objectif, atteint par les militaires américains, était de d’empêcher pour une très longue durée toute culture.Le schéma tiré de l’exposition propose un bilan comparé de la Seconde Guerre mondiale, de la guerre de Corée et de la guerre du Vietnam. Trois fois plus de bombes ont été larguées par les Américains sur le Vietnam que lors du second conflit mondial.
Un enfant de sept ans resté seul dans une mangrove (écosystème mêlant marais et forêt) détruite par les défoliants. L’objectif, atteint par les militaires américains, était de d’empêcher pour une très longue durée toute culture.Le schéma tiré de l’exposition propose un bilan comparé de la Seconde Guerre mondiale, de la guerre de Corée et de la guerre du Vietnam. Trois fois plus de bombes ont été larguées par les Américains sur le Vietnam que lors du second conflit mondial.
Enfant né en 1991 à Ho Chi Minh ville, de parents contaminés par les gaz utilisés par l’armée US. Par ailleurs, plus de 42 000 personnes sont mortes entre 1975 et 2002 de l’explosion de mines non désamorcées. Le Courrier du Vietnam, publication en français de l’Agence vietnamienne d’information (http://lecourrier.vn), indique que les recherches de mines continuent, avec l’aide de chiens formés pour cela.
Enfant né en 1991 à Ho Chi Minh ville, de parents contaminés par les gaz utilisés par l’armée US. Par ailleurs, plus de 42 000 personnes sont mortes entre 1975 et 2002 de l’explosion de mines non désamorcées. Le Courrier du Vietnam, publication en français de l’Agence vietnamienne d’information (http://lecourrier.vn), indique que les recherches de mines continuent, avec l’aide de chiens formés pour cela.

Le second étage de l’exposition est consacré aux images réalisées par des photographes du monde entier, parmi lesquels de nombreux Américains et Français, des plus grandes agences de presse. Curieuses impressions : d’un côté, on voit là aussi l’horreur de la guerre, de l’autre la dimension artistique de nombreuses photos va (parfois) jusqu’à rendre l’horreur belle. On pense, dans un autre domaine, à certaines images magnifiques des drames écologiques qui se jouent sur la planète aujourd’hui. Cependant, les images des conséquences de la guerre chimique et biologique sur les corps opèrent comme un puissant rappel de la réalité.

Bien sûr, toutes les guerres sont affreuses, et il faut se méfier de certaines comptabilités macabres qui ont tendance à opérer une sorte de sélection parmi les horreurs. Et pourtant, pour approcher un peu la vérité historique sans en faire un parchemin sacré ou officiel, il faut bien compter et il faut bien, aussi, analyser qualitativement ce qui a été fait ici. Afin peut-être de démentir le relativisme consistant à mettre sur le même plan les violences commises par les différents camps, une salle donne de nombreux chiffres, sans commentaires. Ils montrent la disparité des moyens entre l’armée du Nord et la puissance américaine. Bien sûr, ce type de démonstration ne peut signifier que le camp vietminh aurait été exempt de massacres et d’horreurs – à Cerises, on ne croit pas aux guerres propres. Et on n’oublie pas les suites de la victoire du Nord, notamment la répression qui s’abattit sur le Sud, conduisant au drame des Boat People. Inversement, on ne doit pas taire qu’après la victoire de 1975, le Vietnam communiste fut l’artisan de la défaite du régime génocidaire des Khmer Rouges au Cambodge.

À Washington, le 21 octobre 1967. Lors d’une action pour la paix au Vietnam, devant le Pentagone, Jane Rose Kasmir oppose une fleur aux soldats en armes.Affiche en faveur de la paix au Vietnam, éditée par le PCF en 1967. La mobilisation pour la paix au Vietnam fut massive et planétaire.
À Washington, le 21 octobre 1967. Lors d’une action pour la paix au Vietnam, devant le Pentagone, Jane Rose Kasmir oppose une fleur aux soldats en armes.Affiche en faveur de la paix au Vietnam, éditée par le PCF en 1967. La mobilisation pour la paix au Vietnam fut massive et planétaire.

Troisième partie de l’exposition, au rez-de-chaussée, les témoignages du mouvement mondial de solidarité qui contribua à démoraliser l’armée américaine, mais aussi à montrer au peuple vietnamien un autre visage des sociétés américaines et européennes entre autres. On note d’ailleurs cette volonté, dans les grands musées du pays, de valoriser la dimension internationale de la lutte contre l’impérialisme. Il y a là des témoignages et des manifestations de solidarité, la mise en valeur de l’internationalisme d’Ho Chi Minh et de sa vision moderne de la solidarité planétaire. Pourquoi avons-nous tant de mal, encore aujourd’hui, à saisir la dimension centrale du combat pour une autre mondialité ?

Lettre au Président Obama, écrite par Tran Thi Hoan, un Vietnamien de 23 ans né sans jambes et sans main gauche : « Je suis une victime de 2e génération de l’agent orange. L’agent orange n’a pas seulement tué des personnes pendant la guerre, mais continue à tuer plusieurs générations de leurs enfants, dont je fais partie. Cela crée des dommages inimaginables à mon pays et à d’autres nations.

J’ai été très touché par l’amour que vous portez à vos filles et par les rêves que vous avez pour les enfants des autres pays, et je suis convaincu que vous auriez pu inclure les enfants du Vietnam dans vos déclarations… J’imagine que vous (y) avez inclus les enfants innocents tués à petit feu par la dioxine, et leurs souffrances.

J’imagine que vous aviez à l’esprit ce qu’il fallait faire pour aider chaque enfant à avoir les mêmes chances d’apprendre, de rêver et de grandir et s’épanouir comme vos filles…

Je comprends que vous êtes très occupé à régler les problèmes urgents auxquels votre pays fait face. J’espère que vous prendrez en compte avec autant d’urgence les dégâts que l’agent orange fait à ses victimes, parce que chaque vie est importante pour l’avenir de l’humanité. » (Traduction : Le Chat).