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Culture / Hommage

Ils ont marqué notre époque

Günter Grass, François Maspero, Eduardo Galeano
Günter Grass, François Maspero, Eduardo Galeano

Cette semaine nous ont quittés trois fortes personnalités, trois intellectuels qui ont marqué notre formation et la culture de notre époque.

François Maspero, le militant, le libraire, plastiqué par l’OAS, l’éditeur courageux, l’écrivain talentueux. Nous avons été nombreux à découvrir à travers ses petits livres incisifs et élégants des textes essentiels de Rosa Luxemburg, Guevara, Althusser, Poulantzas et bien d’autres. En franc-tireur, par des voies différentes de celles empruntées par les intellectuels du PCF, il a fortement contribué à faire vivre la culture anticolonialiste, critique et révolutionnaire des années soixante-dix.

Günter Grass n’a pas eu le même parcours. La plupart voyaient en lui, avec Böll, l’un des principaux écrivains allemands de l’après-guerre. Ses romans lestés d’histoire interrogent la conscience allemande mais ils composent aussi un banquet imaginaire de mots, somptueux et truculent. Il aura connu de son vivant la gloire et les avanies. Je me souviens de l’avoir rencontré dans les années quatre-vingts, à La Haye, lors d’une des premières rencontres entre écrivains de l’Ouest et de l’Est. Les caméras ne le lâchaient pas… Mais cette gloire ne l’a pas empêché de se mettre à dos les médias quand il a osé critiquer par exemple la politique d’Israël envers les Palestiniens.

Enfin, Eduardo Galeano. Je l’avais rencontré à Paris en 1992, lorsque nous avions décidé de publier dans la collection Libres propos des éditions Messidor Amérique, la découverte qui n’a pas encore eu lieu. Il avait des allures d’hidalgo révolutionnaire. Beaucoup de prestance alliée à une grande simplicité. L’auteur des Veines ouvertes de l’Amérique latine était l’un des intellectuels les plus lucides, des plus brillants et en même temps des plus populaires de l’Amérique latine. Je l’ai revu, il y a trois ans, alors qu’il présidait le Jury de la Casa de Las Americas. Fidèle à lui-même et toujours aux côtés du mouvement d’émancipation des peuples. Inlassable dénonciateur de l’impérialisme et de l’exploitation du continent, il fut aussi, à travers ses récits et ses collages (il faut lire par exemple son Livre des étreintes) un libertador des puissances de l’imagination.