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Tribunes libres

Réaction au dossier sur les mutations du racisme

Notre dossier sur "les stratégies politiques face aux mutations du racisme" a suscité de nombreuses réactions. Parmi les plus critiques, Patrick Sallé a accepté de présenter son point de vue. Bien sûr, le débat continue, que nous souhaitons ouvert et aussi constructif que possible.

Le numéro 241 de Cerises a suscité chez moi un vif sentiment de malaise. Après les attentats et le règne de l’émotion, j’attendais trop de Cerises : hauteur de vue et recul pour prendre en compte les nouvelles réalités qui se faisaient jour avec tant de fracas et de fureur. Et il n’est pas possible en quelques jours de réinterroger en profondeur son logiciel de l’antiracisme et de le confronter à l’actualité, trop brûlante, trop douloureuse. Mais je n’ai pas accepté l’orientation et la plupart des arguments des articles de Nadia Louachi, Farid Bennaï et Serge Guichard.

Puis-je dire à Nadia Louachi que les énumérations et les accumulations de mots ne font pas une démonstration ; qu’un néologisme ne suffit pas à construire un concept ; que coller des mots les uns à côté des autres dans une même phrase ne suffit pas à démontrer qu’ils sont liés ?

Que Nadia Louachi utilise dans sa conclusion le même terme d’Apartheid que Manuel Valls pour qualifier la société française peut surprendre, mais il traduit une même acceptation de l’échec de la nation à faire vivre les idéaux républicains et à transcender les individus dans un projet collectif. Son essence est assimilée à son échec. Il lui est préféré la juxtaposition de communautés ethniques, sociales et géographiques

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Les politiques publiques pour les quartiers d’habitat social ne peuvent être prises uniquement sous l’angle sécuritaire (très obsessionnel dans son article). « La politique de la ville fait naître sur le terrain des pratiques racialisantes des forces de l’ordre » : quel est le lien de cause à effet ? Au final, son échec est patent, mais n’oublions pas aussi ses effets dans le domaine culturel, la lutte contre l’échec scolaire, l’apprentissage de la langue, le soutien aux familles les plus exclues, aux mères isolées. Et la mobilisation de nombreux professionnels, bénévoles, élus et militants progressistes.

Je passe sur l’assimilation de l’agence de rénovation urbaine à « l’injonction à civiliser les barbares » !

À vouloir réduire ces "grands ensembles" à la seule volonté de l’État colonial de parquer la main-d’œuvre immigrée, on en oublie la diversité d’une population qui accédait au confort moderne, la vie sociale forte animant ces quartiers qui se sont brisés sous les coups de boutoir de la crise et de leur abandon – hélas justement ! - par l’État.

Aujourd’hui, de vastes zones de précarité se créent, dans la quasi indifférence des pouvoirs publics : dans le rural péri-urbain, sans services, sans transports en commun, où les prix de l’immobilier sont bas et chutent, appauvrissant encore les familles qui partent des quartiers sociaux. Mais au fait, pourquoi partent-elles ?

Pourquoi aucun des 3 textes sur le racisme ne contient le mot "antisémitisme" ?

Pour finir sur le texte désespérant (aux deux sens du terme) de Serge Guichard : les manifestants du 11 janvier sont égoïstes car « si peu prompt à penser les peines des autres peuples »  ; idiots aussi se fourvoyant dans le rejet de la politique (défiler le 11 janvier n’était pas un acte politique ?) ! « Une partie du peuple, qui se croit le peuple » : Louis XVI n’aurait pas dit mieux le jour de la prise de la Bastille ! Ce qui oblige à penser à tous ceux qui n’y étaient pas et qui s’exprimeront demain dans les urnes : le rappel du chômage de masse, de l’exclusion en milieu urbain ET rural, sera sévère, et interrogera notre capacité à construire un destin commun, un projet solidaire, fraternel qui affronte les politiques d’austérité.