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Dans quel monde vivons-nous ? Dans quelle société voulons-nous vivre ?

Face à ceux qui annoncent déjà de nouvelles guerres, il ne suffit pas de brandir "la laïcité" et "la République". Au cœur d’une stratégie politique, la démocratie et l’égalité sont deux exigences qui impliquent de rompre avec les politiques austéritaires en Europe.

L’histoire parfois s’accélère, et tout alors est sur la table. Ce qui nous surprend et parfois nous inquiète, c’est précisément que, pour une fois, la situation politique est ouverte. À présent les questions fusent. On peut les résumer à ces deux là : dans quel monde vivons-nous ? dans quelle société voulons-nous vivre ? Il n’est pas écrit que le peuple s’en remette à la seule logique sécuritaire, mais il est loin d’être acquis qu’il relève la tête et impose des transformations profondes.

Comment en est-on arrivé là ?

Les parcours de ces jeunes sont de purs "cheminements républicains". Ce sont les produits d’une République à bout de souffle, qui ne tient aucune de ses promesses : quelle liberté ? quelle égalité ? quelle fraternité ? Les fanatiques religieux n’ont eu qu’à les modeler pour en faire des meurtriers.

Nous avons dans les journaux les histoires personnelles de ces jeunes fanatisés : de longs parcours chaotiques d’enfants sans parents, des parcours institutionnels comme il en existe beaucoup d’autres, la débrouille et la délinquance, l’enfoncement dans des pratiques délictueuses, des occasions perdues d’en sortir, la prison, la rencontre et l’abrutissement par les intégristes radicaux… Voilà de purs "cheminements républicains", si l’on peut dire, dans la mesure où ils n’ont précisément rien d’extraordinaire. Ce sont les produits d’une République à bout de souffle, qui ne tient aucune de ses promesses : quelle liberté ? quelle égalité ? quelle fraternité ? Les fanatiques religieux n’ont eu qu’à les modeler pour en faire des meurtriers.

Et tout s’enchaîne. Qui peut dire qu’il ne savait pas ? Depuis combien de temps ne veut-on pas voir que les quartiers populaires sont abandonnés ? Que le système économique relègue des populations entières aux marges de l’économie ? Que les discriminations ne peuvent que mener à une culture généralisée du ressentiment, celle-là même qui explique - à côté de la peur - l’absence d’une partie de la population de ces quartiers aux manifestations ? Que la prison est une machine à détruire tout espoir et à former des récidivistes, qui iront plus loin ? Notre système économique, social, à la démocratie malade, offre aux promoteurs de haine le terrain nécessaire pour en capter certains, former des criminels, destinés à devenir de la chair à fusils d’assaut.

Nous avons sous les yeux le prix de décennies d’indifférence aux inégalités abyssales et aux discriminations de toutes sortes, de politiques publiques détournées de leur sens affiché - ce RSA devenu un symbole de relégation alors qu’il devait, disait-on, "insérer". Quand les solidarités collectives s’effacent au profit du chacun pour soi, de la concurrence à tout prix, de l’individu égoïste, les haines s’exacerbent. La pénalisation de la pauvreté et les "prisons de la misère" font une bonne part du travail nécessaire au renforcement des obscurantismes - plus ou moins mous, plus ou moins radicaux. Enfin, le cynisme du monde politique, son complet décalage avec la société, mais aussi l’incapacité à faire émerger une autre conception et d’autres pratiques de la politique viennent conforter ces mouvements. Cela n’excuse rien ? Cela n’excuse rien, mais cela explique et cela permet de comprendre et de se demander comment faire pour cela ne recommence pas.

Face au terrorisme et à la haine, la démocratie et l’égalité

Si l’UMP et le Front national sont engagés dans une surenchère sécuritaire, Manuel Valls y adjoint un volet laïcité et un volet éducation, au nom de la prévention. Présentées comme des solutions globales, ces approches refusent en réalité d’affronter les causes du terrorisme d’un nouveau genre qu’ont annoncé les crimes des 7, 8 et 9 janvier. Elles n’affrontent en rien le fait que, depuis des années, un certain ordre mondial et des phénomènes très avancés de délitement social fabriquent du ressentiment, de la haine… et des guerriers.

Pour combattre le terrorisme, au-delà de mesures de sécurité qui ne doivent pas dilapider les libertés, il faut faire face à ces causes. Il est nécessaire de concevoir un autre rôle de la France au niveau mondial, de redéployer des politiques publiques - économiques, sociales, éducatives, culturelles… - et aussi de rompre avec les dérives antidémocratiques de l’Union européenne. Cela implique tout particulièrement de mettre en cause les politiques d’austérité en général, et non comme le propose Marine Le Pen seulement celles concernant la police et l’armée. Et cela nécessite que les stratégies politiques des partisans de l’émancipation changent pour mettre au coeur de leur projet la lutte contre toutes les discriminations, toutes les relégations. C’est l’articulation de ces dimensions, plutôt que la focalisation sur tel ou tel de ces enjeux cruciaux, qui peut faire globalement sens, ce dont nous avons tant besoin pour faire société.

G.A.

De quoi l’union nationale est-elle le nom ?

Voyons la puissance et les limites de la mobilisation. D’un côté, le peuple se lève, comme l’a écrit L’Humanité au lendemain de l’immense manifestation du 10 janvier. C’est-à-dire que des personnes de tous horizons, de toutes sensibilités ont afflué et se sont mêlées, porteuses de solidarité dans une épreuve intime et collective à la fois. Ceux qui psychologisent le sujet, par exemple pour constater que les indignations populaires sont sélectives, ou pour réaliser un bilan comptable comparé du nombre de morts dans différentes catastrophes - minimisant de fait ce qui nous accable aujourd’hui tout en nous culpabilisant de notre accablement -, devraient s’intéresser à ce qu’est un événement (et non un produit mécanique de l’histoire).

Le problème est qu’il ne s’agit pas de sauter comme des cabris en disant : « La République, la République, la République ! » ou « L’union, l’union, l’union ! ». Car, d’un autre côté, l’union nationale est un masque derrière lequel les dirigeants politiques tentent d’instrumentaliser la peur pour que ne soit pas posée la question de leurs responsabilités dans la situation présente : quels sont leurs bilans face aux injustices et aux inégalités ?

Au total, l’unité peut être une extraordinaire dynamique solidaire avec toutes les victimes de la haine de la démocratie et de la liberté, de l’antisémitisme, incluant comme lors des manifestations du 7 et du 10 le refus de l’amalgame islamophobe… Cependant, il s’agit désormais qu’elle ne soit pas le prétexte à refermer le couvercle des débats engagés (pour que tout puisse continuer comme avant).

De quoi l’union internationale est-elle le nom ?

Dans la manifestation des élites internationales, nous avions des faucons israéliens, des monarchies archaïques, voire des régimes complices du terrorisme. Et nous avions les promoteurs de l’austérité, qui privent nos sociétés des politiques dont elles ont besoin pour fabriquer du Vivre ensemble.

À côté de la manifestation du peuple, celle des élites internationales fut une scandaleuse mise en scène, où l’hypocrisie le dispute au cynisme. Nous avions là, d’abord, au premier plan, des faucons israéliens, des monarchies archaïques où les femmes ne sont toujours pas des citoyennes et où l'on pratique encore la flagellation (Arabie saoudite), voire des régimes complices du terrorisme islamique (tel le Qatar). Cela nous a rappelé les photos de l’amitié de Sarkozy avec Kadhafi, et les affaires dans lesquelles trempe jusqu’au cou l’ancien président directeur général de la France. En outre, comment a-t-il été possible que Benjamin Netanyahu réitère en France son appel à quitter le pays ? C’est une humiliation de trop.

Nous avions là aussi les promoteurs de l’austérité en Europe, c’est-à-dire ceux-là même qui privent nos sociétés des politiques éducatives, économiques, sociales, culturelles des moyens dont elles ont besoin pour fabriquer du Vivre ensemble. À quelques semaines des élections en Grèce, ils ne daignent pas, jusqu’à présent, ouvrir un débat sur ce qui nourrit le terrorisme et les moyens d’y faire face.

Sommes-nous en guerre ou sommes-nous en démocratie ?

La ligne d’affrontement est déjà limpide. D’un côté, celle de l’UMP radicalisée en faveur d’un énième tournant sécuritaire et guerrier, en concurrence avec le FN - et la peine de mort de Marine Le Pen. Il ne sera question que de mesures militaires et policières, de guerre… C’est la ligne du Patriot Act américain, dont aucune analyse critique n’est faite par les principales chaînes télévisées. Du côté du gouvernement et de la direction du Parti socialiste, on y adjoindra quelques lois pour soi-disant « renforcer la laïcité » ou « soutenir les enseignants ». Mais tous ceux-là excluent une interrogation sincère et globale sur les causes. De telles orientations, au total, renforceront les stigmatisations, les oppositions, prétendront construire des barrières aux frontières (nationales et-ou intérieures), maintiendront des rapports incestueux avec des régimes d’oppression. Ils s’étonneront de nouveaux attentats et, malgré l’inefficacité de leurs politiques mises en œuvre de nombreuses années, ils iront de surenchères sécuritaires en politiques répressives. Or, cette ligne renforce les djihadistes qui, précisément, veulent la guerre.

Il faut un mouvement de la société en faveur de la démocratie et de l’égalité, qui interroge la production sociale de la violence et porte des politiques de transformation du monde. Cela inclut le registre de la sécurité, mais pas sous la forme d’une surenchère sécuritaire et liberticide.

À l’opposé d’une telle approche, un mouvement de la société en faveur de la démocratie, de l’égalité, des libertés et de la fraternité. Il interroge les dynamiques à l’œuvre, notamment la production sociale de la violence. Il considère que la meilleure réponse à la situation de crise que nous vivons est de réinventer la démocratie, de promouvoir l’égalité, de soutenir l’éducation, de renforcer la solidarité, de faire confiance aux jeunes et de leur donner les moyens de s’épanouir. Soulignons ici que personne ne devrait ignorer que la crise démocratique dans laquelle nous sommes, du fait de la volonté des élites libérales d’imposer aux peuples le modèle austéritaire, se prolonge dans des phénomènes de corruption de plus en plus inquiétants. C’est une raison de plus pour ne pas défendre béatement le système institutionnel actuel, mais pour envisager son dépassement.

Cette conception alternative n’ignore pas le registre de la sécurité. D’abord, elle inclut la lutte contre les filières de recrutement terroristes et elle poursuit les criminels. Ensuite, elle transforme radicalement les politiques pénitentiaires (au lieu de s’en tenir seulement à l’objectif illusoire d’isolement des radicaux). Enfin, dans ce même registre, elle met en cause les complicités économiques et politiques avec les régimes qui soutiennent le terrorisme ; elle porte l’idée d’une transformation et du renforcement du rôle de l’ONU, qui devrait être à la fois une institution mondiale dédiée à la paix et au développement durable, et un acteur du soutien aux mouvements populaires pour l’égalité et la liberté.

Faire de la politique ?

La politique politicienne a, espérons-le, moins d’espace aujourd’hui qu’avant le 7 janvier. D’ailleurs, nous ressentons positivement la crainte des récupérations, même si nous nous sentons injustement visés lorsqu’on nous reproche, même gentiment, de manifester pour la liberté d’expression… en nous exprimant. Quoi qu’il en soit, au silence de l’hommage aux victimes doit succéder la confrontation d’idées, c’est-à-dire l’expression vivante de la démocratie.

Bref, nous n’aurons de cesse d’interroger : dans quelle société voulons-nous vivre ? Les réponses à cette question déterminent notre engagement. Nous voulons ce dont les terroristes et les adversaires de l’émancipation ne veulent pas. Nous ne sommes pas en guerre et il faut en finir avec l’esprit de guerre qui renforce le terrorisme au lieu d’affronter les problèmes du monde. Nous voulons de la démocratie et de la liberté. Nous voulons de l’égalité et de la fraternité. De la paix. De l’émancipation.