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Guignolet-Kirsch

Abécédaire pour une subversion citoyenne- Préambule

Souvent les marxistes ont été accusés d’utiliser une langue de bois parce qu’ils disposaient d’une théorie globale qui leur paraissait incontestable. Celle-ci non seulement leur fournissait des mots et des concepts utiles pour comprendre le monde, mais aussi des mots-slogans, des mots passe-partout, des explications toutes faites, qui pouvaient les dispenser d’avoir à étudier le monde pour le comprendre. Pour contrecarrer le travers connu des communistes d’avoir toujours "réponse à tout", Brecht proposait d’établir une liste des questions auxquelles nous n’aurions pas de réponse.

Nous ne sommes plus dans cette situation aujourd’hui.

Parfois, ceux qui se rattachent à cette famille de pensée donnent au contraire le sentiment de ne plus avoir réponse à rien.

La nouvelle langue de bois qui domine aujourd’hui n’a rien à voir avec celle des révolutionnaires d’hier parfois enclins au dogmatisme. Cette langue de bois, que nous préférons appeler "langue de contre-plaqué", est celle des dogmatiques d’aujourd’hui, des thuriféraires - au sens propre : porteurs d’encensoir - du capitalisme qui répètent toujours les mêmes formules, quand bien même la réalité leur oppose le plus dur des démentis.

Dans un cas comme dans l’autre, le dogmatisme, comme le faisait remarquer Henri Lefebvre, naît de la propension (somme toute humaine) à prendre les vérités partielles auxquelles on est attaché pour l’absolu de la vérité. Il consiste à répéter. Or, à force d’être répétée une vérité finit par se changer en erreur. L’instrument se fausse s’il n’est pas accordé. On peut parfois devenir prisonnier de ses propres outils… Parmi ceux qui nous concernent, certains sont peut-être à laisser tomber, d’autres à remettre à neuf, d’autres encore à inventorier, voire à inventer.

Un peu partout sur la planète une pensée progressiste et transformatrice tente de se reconstituer. De nouvelles synthèses s’esquissent. Un vocabulaire est peut-être en train d’émerger dont nous pourrions tenter d’établir un Abécédaire provisoire.

Un peu partout sur la planète une pensée progressiste et transformatrice tente de se reconstituer. De nouvelles synthèses s’esquissent. Un vocabulaire est peut-être en train d’émerger dont nous pourrions tenter d’établir un Abécédaire provisoire.

Quels sont les mots de cet abécédaire ? Des mots qui désignent des faits nouveaux et avec lesquels il faut compter. Des noms, parfois aussi, pour ce qu’ils signifient d’un mouvement de l’action et de la pensée. Des concepts, aussi, bien sûr. Mais pas seulement. Les grandes idées se réduisent rarement à leur concept. Quand elles prennent corps et se révèlent capables de mettre en mouvement des femmes et des hommes, quand elles deviennent "forces matérielles" pour reprendre l’expression ancienne, ce ne sont plus seulement des idées abstraites, mais des idées-sentiments. (Cette notion d’idée-sentiment a été formulée par le poète Léopold Sédar Senghor, quand il réfléchissait au mouvement de la culture, et à l’apport de la négritude à la civilisation. Mais elle peut s’appliquer à de tout autres champs).

Les idées-sentiments, ce sont des idées auxquelles s’attachent des émotions, des sensations, des rêves… Ce que de manière un peu passe-partout aujourd’hui on appelle des "valeurs". Ce sont elles qui définissent l’existence dans la société d’un courant culturel, susceptible de porter la société à se mettre en mouvement. Elles devraient trouver leur place dans cet abécédaire. Celui-ci ne peut que résulter d’un travail collectif, au moins en ce qu’il suppose d’essayer de lire les uns et les autres, d’en faire notre profit et de proposer des esquisses de synthèse… Pour une subversion citoyenne.