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Hommage

René Vautier, un roc breton

Immense rebelle, roc breton de Camaret, port sis là-bas, l’autre côté de la rade de Brest, fils et amoureux du bout du monde, défenseur et acteur inconditionnel de la Bretagne et de la liberté de tous et de chacun, René Vautier est mort le dimanche 4 janvier 2015. Une entrée du tonnerre de Brest dans la légende des incorruptibles.

Relevons que les légitimes multiples hommages contrastent tout de même avec les mille et une misères que les différents dominants et censeurs lui ont infligées, cela dès le départ de son engagement cinématographique, et tout au long de sa vie militante pour " le droit à l’image".

Grand bonhomme, conteur hors normes, René Vautier a tiré sa révérence, debout, caméra en main. Conscient du mal qui le rongeait implacablement, René est demeuré fidèle à lui-même jusqu’au bout de son chemin. Ces derniers mois, il lui arrivait de se moquer de ses « déficiences physiques  ». Devant ses visiteurs embarrassés, René prenait un malin plaisir à leur montrer « la couche sur laquelle je terminerai bientôt immanquablement ».

René Vautier était un authentique intellectuel, un intellectuel du cinoche et du faire. René pensait et filmait coûte que coûte. « Je me suis toujours attaché à filmer ce que je voyais, ce qui était vrai, peu importe le prix à payer ». Ses amis, ses camarades et ses « spectateurs militants » étaient innombrables, d’ici et d’ailleurs. Et bien sûr, de Bretagne et d’Algérie. René Vautier était pétri de tendresse pudique pour les siens.

René ? Un personnage fascinant. Du fait de mon itinéraire, René Vautier m’a indirectement percuté assez tôt. J’étais apprenti de l’Arsenal. Un personnage, lui aussi haut en couleurs, Pierre Cauzien, victime et rescapé de la répression policière du 17 avril 1950, militant communiste et cégétiste, ne cessait de nous raconter ce sinistre épisode. Je savais donc que René l’avait "mis en boite". Bien plus tard, ma chance, mon culot ou mon inconscience ont fait que j'ai "rencontré" René pour la première fois à Quimper, en janvier 1973. Emplie d'émotion ma visite fut discrète et furtive. René avait engagé une grève de la faim contre la censure. Depuis 1970, le PCF comptait deux Fédérations en Finistère. Brestois, je n'avais donc rien à faire à Quimper. Mais voilà, moi-même en délicatesse dans le Nord, ma curiosité était trop forte. Je voulais savoir et comprendre ce qui conduisait ce cinéaste militant, auteur du tout récent et magnifique Avoir vingt ans dans les Aurès, à passer outre la sacro-sainte action collective et à mettre ostensiblement sa "peau dans la balance". C’est certain, René aimait la compagnie des jeunes militants communistes, surtout lorsqu'ils se révélaient "audacieux". « C'est bien d'être un peu turbulent » , précisait-il. De ce fait, j’ai été au plus près de lui au moment du naufrage de l'Amoco Cadiz, en 1978, et de la préparation de son film Marée noire, colère rouge.

Une épopée riche d'enseignements politiques. Je me souviens aussi de cette plus récente éblouissante rencontre de l'été 2011, chez lui à Cancale. La magie de la connivence avec Arezki Metref faisait son oeuvre. Un respect partagé inondait son atelier.

Résistant, antifasciste, anticolonialiste, créateur, inlassable chasseur d'image de la vraie vie, Un homme est mort. René l'avait écrit ainsi à propos de l’assassinat de l’ouvrier Edouard Mazé. René Vautier, notre grand frère, nous lègue un patrimoine exceptionnel. Sa pensée et son action irrigueront nos réflexions et actions, longtemps, dans l’éternité de nos combats pour la liberté et l’émancipation.

1. La Cinémathèque de Bretagne peut être consultée sur l’énorme filmographie de René Vautier

2. Caméra citoyenne, mémoires, par René Vautier, Editions Apogée.

3. Un homme est mort, Kris et Etienne Davodeau, Futuropolis.