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Le parti des communistes ?

On dit parfois que les "ex" du PCF constituent le plus grand parti de France. C’est sans doute inexact du seul point de vue du nombre, et ça l’est plus encore si l’on cherche à donner un sens aux mots que l’on emploie. Cela dit, cela représente beaucoup de monde. Roger Martelli nous apprend qu’à son point le plus élevé, le PCF comptait 580 000 adhérent-e-s. L’effectif n’était pas bien stable, on entrait et on sortait, et beaucoup de gens "passaient" par le Parti communiste. Cela concerne bon nombre de lecteurs et de lectrices de Cerises. Bon nombre de celles et ceux qui y contribuent aussi. Mais cela ne fait pas un "parti".

Reste que nous sommes depuis longtemps dans une période où il y a beaucoup de communistes hors de ce parti. La quasi synonymie entre "communiste" et "membre du Parti communiste" a fait long feu. Ce n’est pas vraiment une nouveauté - et même, depuis les années 20, c’est une banalité. Mais cette banalité a pris de l’ampleur. Et elle doit nous faire réfléchir. Si les "ex" ne constituent pas "le plus grand parti de France", c’est d’abord parce qu’ils et elles ne constituent pas un "parti". Beaucoup, bien sûr, ont cessé d’être communistes, c’est-à-dire de se revendiquer comme tel-le-s, même si ce n’est pas forcément en changeant purement et simplement de bord. Mais parlons de celles et ceux pour qui le communisme reste un choix politique essentiel, et dont la rupture avec le PCF n’a pas été une rupture avec le communisme. Nous sommes un bon nombre dans ce cas.

Les forces qui, concrètement, militent pour le dépassement du capitalisme et de toutes les dominations sont diverses, et parfois étrangères à l’idée même du communisme. Et c’est avec elles qu’il nous faut travailler.

Pour l’essentiel, on ne peut prétendre militer en restant dans son coin. Il n’y a vraiment de politique qu’à l’intérieur de collectifs militants, à l’intérieur de groupes plus ou moins organisés. Et dès que l’on évoque l’organisation, on entre dans la complexité. À diverses reprises, dans l’histoire du communisme, la question a été posée, sans être toujours résolue de la même manière : les communistes doivent-ils et doivent-elles être organisé-e-s entre eux et elles, ou avec d’autres ? De ce point de vue, les choses sont aujourd’hui plutôt claires, sans qu’il soit besoin de trop en disserter : l’idée d’un "parti des communistes" n’est plus guère adaptée à notre temps. Pas seulement parce que la forme-parti doit être critiquée et dépassée, mais parce que les forces qui, concrètement, militent pour le dépassement du capitalisme et de toutes les dominations sont diverses, et parfois étrangères à l’idée même du communisme. Et que c’est avec elles qu’il nous faut travailler.

L’essentiel est, fût-ce par des voies différentes, à travers des réflexions différentes, avec des cultures éventuellement différentes, d’aller dans la même direction. C’est l’un des enjeux du Front de gauche, et c’est l’un des enjeux d’Ensemble. Ensemble est à cet égard un objet bien singulier. On y trouve des communistes aux divers parcours, dont beaucoup (la plupart sans doute) ne sont jamais passé-e-s par la case PCF. On y trouve aussi des militant-e-s que nous n’hésiterions pas à qualifier de communistes si eux et elles-mêmes ne refusaient cette qualification. Ce ne sont peut-être pas les conditions idéales pour faire avancer les débats idéologiques, mais elles sont très favorables. Débarrassé-e-s de la gangue des mots, il est possible d’avancer dans les réflexions sur le fond des choses. C’est le prix à payer, et il n’est pas très élevé, pour que les communistes jouent, avec leur propre boussole, leur rôle dans la construction d’une hégémonie nouvelle.