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Monde / Hommage

Oeuvre croisé

Il est des femmes et des hommes dont la qualité et l'engagement sont des repères essentiels dans notre vie. Leur départ est d'autant plus douloureusement ressenti. Christine Daure-Serfaty en était.

Elle avait hérité de l'exemple de son père, haut-fonctionnaire refusant d'appliquer le statut des Juifs sous Vichy, radié des cadres, résistant. L'exemple n'explique pas tout. Cette femme généreuse n'accepte pas l'injustice et l'oppression et, pendant la guerre d'Algérie, cache un militant du FLN. Partie à 36 ans au Maroc, en 1962, pour y enseigner, elle s'éprend très vite de ce pays, en partage les espoirs, les inquiétudes et bientôt les souffrances. Elle va héberger Abraham Serfaty.

Cet "Insoumis", né en 1926, avait adhéré aux Jeunes communistes en 44 puis au Parti communiste marocain (qu'il quittera pour fonder Ila Al Aman, En avant, mouvement d'extrême-gauche), et connu les geôles du protectorat français. Au Maroc devenu indépendant (1956), il occupe plus tard un poste à l'École d'ingénieurs mais, très vite, son opposition au règne de Hassan II, entre autres sa position pour l'indépendance des Sahraouis, le met à nouveau en danger. Et malgré l'aide d'amis, dont Christine Daure-Serfaty, il est arrêté, subit les sévices, la torture, les cachots du régime. Il y reste 17 ans.

Christine Daure-Serfaty, elle-même inquiétée par les autorités marocaines, n'aura de cesse de faire connaître la face "cachée" - avec la complicité de la France officielle - du monarque et de ses sbires, de se battre pour Serfaty, qu'elle a épousé en prison en 1986, et les prisonniers marocains. Elle fournira la part essentielle de la documentation nécessaire au livre de Gilles Perrault, Notre ami le roi, et contribuera largement à la libération d'Abraham Serfaty en 1991.

Leur "œuvre croisé", mêlant amour et engagement politique, écrits politiques et littéraires, les aura conduits entre France et Maroc, surmontant les épreuves par attachement à leurs convictions et l'un à l'autre. Le retour au Maroc en 1999, sous Mohammed VI, se fera sous le signe de beaucoup d'espoirs, surtout pour Serfaty, décédé en 2010, et de plus d'inquiétudes pour Christine Daure-Serfaty, décédée le 28 mai à 88 ans.