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Les restants du cœur ?

2012 : 115 millions de repas. 2013 : 130 millions. Cette progression fulgurante - ralentie par manque de moyens - est le marqueur le plus tragique de la France d’aujourd’hui.

Après avoir été licenciés, les fins de droits font la queue à la soupe populaire. Double humiliation. Comment ne pas faire rimer l’ouverture de la campagne des restos du cœur avec le chômage de masse, l’émiettement du travail, l’augmentation des CDD, le recourt systématique aux emplois aidés ? 35 % des SDF ont une feuille de paie. Notre solidarité glisse vers un système de perfusion sociale minimale. 10 % des plus pauvres ont 38 % de leurs ressources qui dépendent des allocations. La charité privée vient en relai de la charité publique.

La grande victoire des libéraux et notre absence sur ce terrain ont abouti à faire d’une question collective (le chômage) un sujet individuel. Remobilisation, accompagnement, projet personnalisé… Les campagnes de culpabilisation ont miné notre capacité à résister contre la violence du capitalisme qui, tue le travail. Il n’est plus qu’un coût, variable d’ajustement comptable qu’il faut diminuer. Bilan : le nombre de CDD a explosé (+120 % en moins d’un mois et +80 % en moins d’une semaine).

Les dernières fois où je suis allé au resto du cœur, nous avons parlé. Pour les inviter à voir notre pièce, Comment ils ont inventé le chômage, nous en avons chanté la chanson et, ensemble, travaillé à mettre à distance la honte en évoquant les mécanismes économiques et politiques. Ça fait du bien, ça fait du lien. Mais il faudra plus.

On se demande parfois, sans vraiment l’exprimer, sans en faire une question politique, comment faire face à ce flot violent et entrer en contact politique avec les "sans rien" qui ne sont pas une classe, un groupe homogène ?

Si l’on ne veut pas que les restos du cœur soit les restants du cœur, il faut y mettre du cœur. Le cœur en l’occurrence, c’est d’être critique et exigeant avec nous-mêmes. Le peuple a la sensation d’être abandonné. Mais il l’est.

On ne transforme pas la société sans mener et gagner les batailles. Toutes, même celles qui nous paraissent éloignées de notre périmètre social et culturel. Ce qui semble être à périphérie (précaires et sans) sont le centre de la société. Ils sont emblématiques du mouvement vers lequel glisse une grande partie du salariat. Les militants investis dans ce champ ont besoin de l’oxygène apporté par une réflexion qui nous conduirait à faire du chômage et de la précarité (aux conséquences extrêmes) un champ de batailles politiques.

Ce serait peut-être la passerelle déposée entre le caritatif, la solidarité et la révolte nécessaire.

Richard Dethyre est sociologue, auteur de la pièce citée (Voir Délicieux et Cocktail de ce n° 196 ).