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Les gâteaux / Mouvements

Lorsqu’Ensemble élargit le Front de gauche

400 militants ont lancé, les 23 et 24 novembre, Ensemble, une nouvelle force politique participant au Front de gauche. Enjeux d’une identité en construction.

Il est né, le nouveau bébé de la gauche d’alternative ! Plusieurs centaines de militants, dont 220 délégués mandatés par des collectifs locaux, venus de 70 départements, ont posé les fondations d’une organisation politique originale. Ensemble, qui porte le sous-titre Mouvement pour une alternative de gauche, écologiste et solidaire, est dans les faits d’abord une convergence entre des courants politiques éparpillés.

Une force pluraliste

Revue des composantes. Les Alternatifs forment un courant autogestionnaire, mouvementiste, fortement impliqué dans les batailles écologistes et féministes. Trois autres composantes sont issues de la tradition trotskiste : une partie de Gauche unitaire, Convergences & alternative et Gauche anticapitaliste, qui se définit comme un "courant unitaire pour l’écosocialisme". Beaucoup de ces militants sont issus des vagues successives de départs du NPA, avec des expériences militantes diverses et riches. Enfin, la Fédération pour une alternative sociale et écologique (FASE) regroupait déjà la sensibilité des collectifs antilibéraux, des écologistes radicaux (Alter Ekolos) ainsi que celle des altercommunistes, organisés en Association des communistes unitaires, qui fait partie de la FASE en tant que telle.

Étaient présents aux Assises des militants associatifs ou syndicaux désireux de se (re)mettre au charbon de l’alternative politique. Ce n’était pas un raz de marée, mais on peut espérer que cela essaime.

Cependant, ainsi faite, cette description reflète des origines plus qu’un état des lieux tant les préoccupations de chacun se conjuguent au-delà des identités d’organisation. Il est intéressant que sur de nombreux points les débats traversent chacune des composantes. Ce qui invite à dépasser leurs clivages pour construire de nouveaux consensus. En outre, étaient présents aux Assises des militants associatifs ou syndicaux désireux de se (re)mettre au charbon de l’alternative politique : non encartés soucieux de voir leur parole écoutée, syndicalistes et associatifs désireux de créer des ponts entre leurs engagements d’origine et le Front de gauche… Ce n’était pas un raz de marée, mais, évitant le feu de paille, on peut espérer que cela essaime. La participation de Pierre Khalfa, d’Aurélie Trouvé, de Christophe Aguiton ou encore d’Evelyne Sire-Marin crédibilise d’ailleurs un mouvement en ce sens.

Une force citoyenne

Une exigence forte d’Ensemble est d’ouvrir le Front de gauche à la participation directe des citoyens qui le souhaitent, contre sa logique dominante de cartel d’organisations. C’est depuis longtemps une demande des composantes précédemment citées, à laquelle les fondateurs du Front de gauche n’ont répondu que par des intentions. Nul doute qu’Ensemble donnera du souffle à cette exigence.

Au-delà de cette question de l’ouverture du Front de gauche, c’est une partie du débat sur le type d’action politique souhaitable qui se joue : conception où une avant-garde vient éclairer le peuple et lui proposer d’adouber un parti et ses candidats ; ou conception où le mouvement politique contribue à la politisation des problèmes et propose aux citoyens d’investir la politique. Cela ne signifie pas la disparition du rôle de médiation des organisations politiques mais cela en transforme nettement le sens, au bénéfice de l’appropriation populaire de la politique. Ainsi, d’une part les campagnes électorales peuvent prendre un autre sens ; d’autre part toute une partie du travail militant consiste alors à forger des outils culturels… c’est-à-dire de porter le fer sur le combat des idées.

Les réactions du PG et du PC

Chacun à sa manière, le PCF, représenté aux Assises par son secrétaire national Pierre Laurent, et le PG, représenté par son président Jean-Luc Mélenchon, se sont félicités de la création d’Ensemble. Le second s’est d’ailleurs fendu sur son blog d’un long commentaire saluant la tenue des Assises, avant d’évoquer « les innombrables communistes qui veulent maintenir fermement le cap de cette autonomie [par rapport au PS et qui] trouveront un bon point d'appui avec ce regroupement, comme c’est déjà le cas pour nous. Car évidemment il n’y a pas d’avenir pour le Front de Gauche sans ces communistes et leur parti. Ils sont nos camarades les plus dévoués au combat commun. » Reste qu’on peut tout de même considérer que les municipales ne seront pas la fin de l’histoire de la dynamique du Front de gauche. Et qu’il ne convient pas de faire une croix sur les nombreux membres du PCF qui, dans la séquence actuelle, ne sont (très malheureusement) pas sur l’orientation de l’indépendance par rapport au PS… mais qui, dès l’échéance européenne, contribueront à sa campagne.

Par ailleurs, Jean-Luc Mélenchon a évoqué la perspective de fonder à terme avec Ensemble une nouvelle organisation : «(…) le Parti de Gauche est très directement intéressé. Le parti fusionné que nous voulions faire avec le Parti communiste et dont il n’a pas voulu, ce qui est bien son droit, nous pouvons l’imaginer avec Ensemble. Bien sûr, ce sera le moment venu et sous la forme que les circonstances vont dégager au fur et à mesure de l’action commune du Front de Gauche. L’important n’est pas de le faire dans l’urgence mais de ne pas se l’interdire et d’y travailler. » Ne nous interdisons pas cependant de poursuivre le débat aussi avec les adhérents du PCF pour la construction demain d’une force politique vraiment large.

Et Gauche unitaire ?

Gauche unitaire n’a pas salué la création d’Ensemble, et rien ne va plus du côté de la troisième composante à l’origine de la création du Front de gauche. En effet, son Bureau national vient de procéder à l’exclusion collective de 35 militants ( !) à la suite de leur participation aux Assises d’Ensemble. Paraphrasons Charles Aznavour : cela rappelle « un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître »… François Calaret, Francis Sitel et Marie Pierre Toubhans, membres du Bureau national de GU, viennent de souligner : « Gauche unitaire connaît aujourd’hui une crise profonde qu'aucune mesure administrative ne pourra régler. (…) De telles méthodes antidémocratiques fragilisent Gauche unitaire et le Front de gauche, mais nous sommes persuadés qu'elles n'ont aucun avenir ». Et de confirmer leur engagement, en tant que militants de Gauche unitaire, dans Ensemble et pour la réussite du Front de gauche.

Tout commence maintenant. La variété des expériences et des pratiques montre le fort potentiel du nouveau regroupement. Il s’agira de construire une identité commune, en conservant cette richesse.

L’adoption de différents textes, dont une "Déclaration des Assises" que nous publions in extenso, aura concrétisé les réflexions menées depuis plusieurs mois. Mais tout commence maintenant. C’est ce qui ressort des différents groupes de travail (lire nos encadrés, intentionnellement subjectifs), où la variété des expériences et des pratiques montre le fort potentiel du nouveau regroupement. Il s’agira de construire une identité commune, en conservant cette richesse. Et si, avec l’arrivée de citoyens intéressés par le Front de gauche auxquels celui-ci n’a pas fait place, cette partie de la gauche d’alternative atteignait la masse critique suffisante pour susciter un Front de gauche de seconde génération et bousculer la gauche ?