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Un "chien de garde" à l’attaque

Prenons au sérieux Alain Duhamel et commentons le commentateur.

Alain Duhamel, dans Libération du 9 mai 2013 : « Seul mobilise, seul incarne, seul enthousiasme, seul émeut le tribun Mélenchon, avec ses accents tantôt hugoliens qui semblent descendre des socialistes utopistes de 1848, tantôt ses invectives, ses menaces et son charisme lyrique qui veut cousiner avec le chavisme et le bolivarisme. Sa grande réussite, c’est qu’il suscite à la gauche de la gauche un authentique culte de la personnalité. Son grand échec est que ce phénomène se produit au détriment de la gauche réformiste, au bénéfice de la droite et de l’extrême droite. Il redonne des couleurs à la gauche de rupture mais rend l’espoir d’une revanche à l’UMP et offre celui d’une percée au Front national. Son succès personnel risque donc de conduire à l’échec collectif de la gauche. »

Cerises : Notre commentateur caricature en tous sens. Un « authentique culte de la personnalité » pour Jean-Luc Mélenchon ? On trouve bien plutôt au sein de la gauche de gauche de multiples appréciations : de l’intérêt pour un homme politique qui ne mâche pas ses mots face au libéralisme, des appréciations positives de sa faconde et de sa capacité d’argumentation, des critiques de certaines de ses positions ou formules, et des désaccords stratégiques. Mélenchon coupable d’un futur « échec collectif de la gauche » ? Voilà bien une façon commode de dédouaner entièrement le Parti socialiste de toute responsabilité. Pour un bon "chien de garde", les politiques sociales-libérales ne sont jamais en cause mais ceux qui s’y opposent sont nuisibles.

Alain Duhamel : « L’ennui est que, comme avec Georges Marchais, justement, ce triomphe individuel peut déboucher sur une déroute politique. Sous la conduite de la superstar Marchais, le PCF s’est effondré, la gauche s’est divisée, les Français se sont droitisés. Avec la superstar Mélenchon, les mêmes causes peuvent produire les mêmes effets. »

Cerises : L’historien Duhamel, qui commente la vie politique depuis 150 ans environ, a sans doute oublié l’année 1981, lorsque les 16 % d’électeurs qui avaient voté Marchais au premier tour de la présidentielle se sont reportés sur Mitterrand au second, permettant la victoire de la gauche. Il a peut être aussi oublié quand la gauche s’est divisée… à savoir après le fameux "tournant de la rigueur" de 1983. Ses "oublis" lui permettent d’éviter le constat que la gauche se divise quand le PS, qui la domine, mène une politique de droite… et que cela nourrit la "droitisation".

Pour le démocrate Duhamel, la démocratie consiste à avoir tous les cinq ou dix ans des alternances entre le PS et l’UMP, "malheureusement" menacés par les "extrêmes". Vouloir changer l’ordre des choses, c’est être le diable. Il préfère donc Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon.

Alain Duhamel : « Marine Le Pen s’est affublée d’un masque, Mélenchon a préféré se costumer en capitaine Fracasse. La présidente du FN revendique désormais un conservatisme ultranationaliste qui se veut protecteur et en apparence rassurant. Le coprésident du Front de gauche joue les épouvantails, brandissant un changement de régime (la VIe République), un bouleversement économique, une brusque rupture sociale. Au pic d’une crise féroce, cela peut enchanter des militants mais cela affole les électeurs. Résultat : le Front national progresse dans les intentions de vote et les élections partielles alors que le Front de gauche s’affaisse. La question est d’ailleurs de savoir combien de temps le PCF tolérera que l’on menace ses ultimes bastions municipaux. Comble du paradoxe : alors que Jean-Luc Mélenchon croque tout cru du socialiste à chaque repas, il agite une candidature baroque à Matignon. A la cohérence implacable de Marine Le Pen, il oppose une incohérence romantique. »

Cerises : Pour le démocrate Duhamel, la démocratie consiste à avoir tous les cinq ou dix ans des alternances entre le PS et l’UMP, "malheureusement" menacés par les extrêmes. Proposer un changement de République, envisager un bouleversement économique et une rupture sociale face au libéralisme, c’est être le diable. Le squatteur des médias de garde préfère donc Marine Le Pen, dont le « conservatisme ultranationaliste » est certes un peu exagéré, mais qui au moins… conserve. Enfin, il sait aussi manier la perfidie, avec son attention chaleureuse pour le PCF dont le capitaine Fracasse-Mélenchon menacerait les « bastions » électoraux… Hypocrite, va !

Alain Duhamel : « Ce n’est pas le pire. Mélenchon travaille d’arrache-pied à briser la gauche en deux. A la gauche réformiste, il oppose une gauche de révolte. A la gauche de gouvernement, il oppose une gauche de protestation. A la gauche majoritaire, il inflige une gauche d’opposition. Dans le pays d’Europe où la fiscalité sur les entreprises et sur le capital est la plus lourde, où les marges des entreprises sont les plus faibles, il accuse théâtralement François Hollande de capituler devant la finance internationale et le CAC 40. Dans le pays où les dépenses publiques sont les plus massives et les dépenses sociales les plus généreuses, il foudroie le président social-démocrate pour son indifférence présumée aux malheurs des plus faibles et des plus menacés. Querelle qui ne cache pas son véritable objectif : construire son destin sur les ruines de la social-démocratie. Pour le plus grand bénéfice, cela va de soi, des libéraux et de l’extrême droite. »

Cerises : Ce qui va de soi, c’est surtout l’immense mauvaise foi de ces propos. Notre procureur des plateaux télés fait ainsi semblant que le Front de gauche ne serait pas candidat pour mettre en œuvre une autre politique, c’est-à-dire qu’il en parle comme d’une sorte de NPA (en pire, à cause du capitaine Fracasse). Suit un diagnostic rapide, qui aurait pu être (mais qui n’est pas) un hommage à ceux qui luttent : en France, il reste encore quelque chose d’un "modèle social", des droits sociaux et de la dépense publique. Pour une fois, le juge Duhamel ne donne pas son avis : faut-il défendre les droits sociaux, conforter les services publics et assumer la hausse des dépenses publiques ? Mais Duhamel n’a pas besoin de donner son avis, il est déjà connu et n’en changera jamais.