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Le panier du 15 février

Cerise à noyau. Les bulletins municipaux en refourguent parfois des vertes et des pas mûres. En témoigne celui d’un village de Franche-Comté, moins de 2 000 habitants, brossant dans sa livraison de février le plaisant portrait d’un entrepreneur de la filière bois, infatigable travailleur, réglo avec les salariés. Un gars honnête. L’article se trouvait être intéressant, jusqu’à cette expression, sans crier gare, à laquelle personne ne semblait trouver à redire, qualifiant le bonhomme en question, nommé Frédéric, de « vrai villageois ». Vrai villageois ? C’est ici une expression communément admise, qui désigne en gros quelqu’un né au village et y a passé presque toute sa vie. Mais qui exclut celles et ceux qui ont pris racine au village sans y être nés. Et ceux qui sont nés ici, y ont conservé des racines et vivent désormais ailleurs. « Oui !, me dit-on, tu cherches midi à quatorze heures.  » Certes. Mais céder sur les mots, c’est céder sur les choses. Et un regard qui divise, c’est un regard qui soustrait.

Cerise au cube. De "vrai villageois" à "vrai Français", il n’y a évidemment qu’un échelon, grimpé allégrement dans les conversations par des lecteurs du bulletin précédent. Avec leurs mots-flèches. Qui profèrent que ne sont pas dignes d’être français les personnes venues d’ailleurs et vivant ici depuis quelques lustres sans y être nées. Avec leurs mots-punaises. Qui trient et classent les bébés de la rubrique "naissances" en "prénoms arabes et français". Pour coudre bouche à ces idées, nous avons besoin de mots-clés. Qui racontent que depuis plus de 500 ans, sont français toutes celles et tous ceux sont qui sont nés sur le sol de France. Et de mots-cœurs. Qui disent que la différence, loin d’amoindrir, est une addition.

Bigarreau. L’un des meilleurs joueurs de foot de l’endroit dont je vous parle s’appelle Tchavdar, un Français d’origine bulgare. Parmi les villageois contents de l’avoir pour que le club soit en division d’honneur, plusieurs l’appellent "Le Bulgare", jamais par son prénom. Pour eux, un gosse d’immigré longtemps doit rester anonyme. À la 3e mi-temps, Tchavdar raconte ces pays d’Europe orientale et d’Asie dans lesquels le sport a été tué car ni les autorités sportives et publiques, ni l’opinion ne se sont mobilisées pour lutter contre la puissance des paris sportifs et de la fraude. En voulant supprimer l’incertitude et tordre le jeu, la corruption a fini par tuer la discipline : le public s’est désintéressé des compétitions truquées, les subventions publiques ont chuté, les sponsors privés se sont désengagés, les médias ont tourné le dos. Bref, les clubs ont agonisé, faute de ressources. Anonyme Tchavdar, qui a rendu visible l’invisible.

Cerise confite. Le curé du village, tout le monde le nomme par son prénom : Clément. Il faut dire qu’il joue assidûment aux cartes, ne pouvant réfréner des "Nom de Dieu !", lorsqu’il perd une partie. Ces jurons l’ont donc rapproché des mécréants. L’annonce du burn-out de Benoît XVI lui a foutu un coup, autant que ce chômeur – comment s’appelait-il ? – qui s’est immolé devant une agence de Pôle emploi à Nantes. Les paris sur le nouveau pape l’ont démoralisé : il croyait cette pratique réservée au sport. Clément ne roule pas sur l’or de la papauté. Avec sa cagnotte à la belote, il emmènera Claudine au restaurant. Il aimerait bien l’épouser. Elle lui a répondu de ne pas attendre de printemps du Vatican.

Cerise mystère

La solution est dans le numéro complet (170) de Cerises à télécharger sur ce site