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Idées / Cuisine alternative

Du communisme

L’Association des communistes unitaires appelle à (re)définir le communisme. "Re" ? Il n’échappe à personne que le mot est issu du siècle passé, mal en point.

Pour une majorité d’hommes et de femmes, rarement leurs difficultés n’auront autant été attribuées au système capitaliste. Que ce soit en Europe, aux USA ou en Egypte, ce que l’on appelle pudiquement libéralisme et s’appelle exploitation est de plus en plus mis en cause. D’après l’IFOP, pour 64 % des gens la lutte des classes existe. Ce qui dépasse la dénonciation des inégalités et désigne un ennemi. Soit dit en passant, le premier qui recourt à ce concept n’est pas Marx mais ce réactionnaire de Guizot qui alertait les siens sur l’irréductible opposition entre eux et les classes populaires.

Que faire de cet anticapitalisme ? De quelque côté que l’actualité nous tourne on trouve des personnes qui ont le sentiment de se heurter à un mur. J’ai déjà écrit (Cerises n° 160) que le manque de vision cohérente de la société et de la politique faisait notre faiblesse. De la société ET de la politique, tant il est impossible de dissocier but et moyen.

Nous héritons d’un regard sur l’État qui en fait un arbitre, hypertrophie le rôle des élus et des élections au détriment des mouvements de chacun. Il est vrai que durant des décennies, cela a porté des fruits. Encore qu’à chaque fois (1936, 45, 68) l' État ait été contraint par une formidable interruption de la normalité institutionnelle. À chaque acquis lâché, le système inscrit alors dans une logique d’exploitation du travail en tirait lui aussi quelque chose. Ce temps est révolu. L’État n’est ni arbitre, ni lieu de communauté mais instrument de dépossession. Les désastres de l’URSS et sa disparition ne sont-ils pas imputables à la captation des pouvoirs par l’État ? Il en reste des peuples désarmés devant la déferlante capitaliste. À nous, il nous reste dans l’esprit que le capitalisme serait aménageable : nous réclamons, faisons pression et n’empêchons pas la crise de s’aggraver. Nos méthodes ne sont-elles pas inconsciemment respectueuses des conceptions de ceux que nous combattons ? Cela s'appelle l’idéologie dominante. Le difficile est de s’en arracher. Dans le livre La case de l’oncle Tom, l’auteure, Beecher Stowe, est en quête du bon esclavagiste. L’Histoire n’a avancé que dans la mesure où elle a dépassé cet "humanisme". Il n’y a de transformation qu’en brisant le système qui oppresse.

On se transforme en s’arrachant aux idées qui vont trop facilement de soi. Ne nous voyons pas tels que la société nous façonne, mais tels que l’on peut devenir avec nos semblables : capables d’adapter le monde à notre mesure.

Tout nous ramène à une question de pouvoir. Mais Pouvoir d’État à prendre, et alors par qui ? Ou le verbe pouvoir faire ? Pouvoir faire : n’est-ce pas le désir des luttes sociales, de ceux de Notre-Dame-des-Landes ou de ceux qui réclament l’égalité de tous à travers le mariage pour tous ? N’est-ce pas là le point commun, le point de rencontre qui permettrait de grandes convergences plutôt que la multiplicité ne se traduise par un éparpillement ? Cela ne permettrait-il pas aussi d’oser se débarrasser de la tutelle nocive et inutile des actionnaires, de se considérer capable de faire sans eux ?

On se transforme en s’arrachant aux idées qui vont trop facilement de soi. Ne nous voyons pas tels que la société nous façonne mais tels que l’on peut devenir avec nos semblables : capables d’adapter le monde à notre mesure. L’émancipation commence ainsi. Le communisme c’est le mouvement des gens du commun. Il n’y a de démo-cratie que du pouvoir des "quelconques". On ne peut être citoyen seulement le temps passé dans un isoloir à désigner ceux auxquels il faudra obéir ensuite. Il n’y a qu’oser l’impensable qui se réalise. L’impensable, pas n’importe quoi. Il est temps de se mettre au travail.