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Face à l’aliénation capitaliste l’urgence de communisme

Dans son nouveau livre, Aliénation et émancipation, Lucien Sève réactualise le concept d’aliénation, à partir d’une lecture inédite de Marx qui en souligne la dimension anthropologique générale. Le philosophe appelle à réinventer en pensée et en actes le communisme, et propose des fondamentaux pour cela.

Éditions La Dispute, 224 p. - 22 €
Éditions La Dispute, 224 p. - 22 €

Tu viens de faire paraître un livre qui porte en titre le mot aliénation. Comment définir l’aliénation, et pourquoi en réactiver aujourd’hui le concept ?

Marx a été mis sous la table durant quelque trente ans, en même temps que s’installait dans les années 70 la domination des vues néolibérales. Et bien entendu l’idée d’aliénation, l’idée que dans les conditions du capitalisme le travailleur et plus généralement l’individu est dessaisi de son activité et rendu comme étranger à lui-même, cette idée qui fait de l’ombre à l’autocélébration bourgeoise a été tout ce temps retirée de l’affiche. Mais avec la gravissime crise financière de 2007-2008, sous laquelle se profile une entrée en crise historique du capitalisme même, il a bien fallu admettre que Marx avait fait preuve d’une vraie perspicacité critique à long terme dans Le Capital. De là pourtant à reconsidérer positivement l’immense ensemble de ses apports théoriques et politiques, il y a un abîme. C’est sur cet abîme qu’un certain nombre d’universitaires s’intéressant à lui – Emmanuel Renault, Stéphane Haber, Franck Fischbach... – ont jeté une passerelle en 2006 en publiant un numéro de la revue Actuel Marx consacré aux Nouvelles aliénations –, un thème sur lequel il y a aujourd’hui de quoi dire... Puis plusieurs livres d’eux ont paru qui se proposaient de raviver la critique sociale, dans un esprit voisin de celui qui anime en Allemagne l’actuelle École de Francfort et sa figure de proue Axel Honneth, d’orientation social-démocrate. Ainsi s’est trouvée relancée l’attention que mérite cette question à maints égards centrale de l’aliénation.

Entre le jeune Marx et celui de la maturité, l’aliénation prend une dimension nouvelle, ignorée jusqu’à présent de la plupart des auteurs qui se revendiquent de Marx, et sur laquelle porte toute ton analyse. Que devient l’idée chez le Marx du Capital ?

Les universitaires que j’ai évoqués ont rendu grand service à ceux qui combattent les dramatiques politiques néolibérales, en remettant en lumière la problématique de l’aliénation. Mais ils l’ont fait d’une manière qui pose elle-même un très sérieux problème. Pour dire ici en trois mots ce qui exigerait pour le moins tout un article : le thème critique de l’aliénation a été abordé de façon extrêmement brillante dans les Manuscrits économico-philosophiques que Marx rédige à Paris en 1844 – il a alors vingt-six ans –, et il figure à nouveau dans Le Capital, immense ensemble de textes qu’il écrit entre 1857 et 1867, alors qu’il a entre quarante et cinquante ans, mais dans une version profondément repensée par rapport aux Manuscrits de 1844. En 1844, ce que Marx a en vue sous le concept d’aliénation, c’est le fait que le travailleur salarié se voit dessaisi du produit de son activité, de cette activité même et par là de tout son être – l’aliénation est un processus qui concerne l’individu, processus dont les effets humains sont décrits en termes saisissants, mais dont la genèse sociale n’est pas tirée au clair ; Marx va même en 1844 jusqu’à imaginer que c’est le travail aliéné qui engendre le capitaliste... A vingt-six ans, son inexpérience économique est évidente.

[Pour le Marx de la maturité] l’aliénation est en premier non pas un vécu individuel mais un rapport social : le radical clivage, fondement de l’ordre capitaliste, entre les moyens de production, propriété privée du capital, et les travailleurs, qui ne possèdent rien que leur force de travail.

Vingt ans plus tard, fort d’une connaissance impressionnante de ce qu’est le capitalisme – à Londres, vers 1860, il est aux premières loges pour l’étudier –, il pense tout autrement la question : l’aliénation est en premier non pas un vécu individuel mais un rapport social : le radical clivage, fondement de l’ordre capitaliste, entre les moyens de production, propriété privée du capital, et les travailleurs, qui ne possèdent rien que leur force de travail. N’étant pas appropriées collectivement, les gigantesques forces productives modernes deviennent des puissances dominatrices incontrôlables et aveuglément destructrices – crise économique, chômage de masse, gâchis fabuleux, guerre de tous contre tous, non-sens général... Marx a vu en toute clarté il y a un siècle et demi ce qui est aujourd’hui notre terrifiant sort planétaire – beaucoup l’expriment aujourd’hui en disant : « nous allons dans le mur. » Son analyse de l’aliénation a donc acquis une taille et une solidité sans commune mesure avec ce qu’elle était en 1844. Mais bien entendu sa dimension de vécu individuel n’a nullement disparu, elle est au contraire plus que jamais là, seulement elle n’est que la face personnelle d’un immense drame historico-social, un drame anthropologique...

Comment expliquer alors le défaut de prise en compte de ce changement majeur de l’analyse marxienne, qui perdure aujourd’hui ? Et comment est-il possible, comme tu l’écris, de dénoncer l’aliénation tout en dédouanant le capital  ?

Je dois te le dire franchement : j’ai moi-même du mal à comprendre comment le fondamental progrès que marque Le Capital par rapport aux Manuscrits de 1844 dans cette question peut encore être à ce point méconnu. Méconnaissance qui à vrai dire vient de loin. Elle vient du fameux Pour Marx d’Althusser, paru en 1965... Ce livre a joué un rôle marquant en son temps pour une meilleure intelligence de la pensée marxienne, mais il n’en comporte pas moins de graves erreurs, celle-ci notamment : ayant bien montré comment Marx doit récuser l’humanisme de ses œuvres de jeunesse – où il pense encore l’histoire dans le vocabulaire mystificateur de « l’homme » – pour en venir au matérialisme historique, Althusser décrète que dans Le Capital le concept d’aliénation « disparaît ». Ce qui est démontrablement faux du Livre /I, et plus faux encore si l’on considère la totalité des écrits qui constituent Le Capital au sens large, des Grundrisse au Livre IV. Althusser avait du moins une excuse : en 1965 une importante partie de ces textes était inaccessible en français. Mais aujourd’hui... Je crains que nombre de marxistes s’imaginent connaître Le Capital parce qu’ils ont lu en traduction française le Livre I, qui compte deux millions et demi de signes et où le vocabulaire allemand de l’aliénation est largement masqué par la traduction, alors que Le Capital au sens large en compte quinze millions, et qu’on peut recenser dans l’original allemand une petite centaine de textes où il est question de l’aliénation... Pour rendre plus malaisé désormais l’escamotage de ce trésor, j’ai publié en annexe de mon récent livre 82 textes qui rendent patente l’analyse de cette grande idée dans Le Capital. En vérité, j’avais déjà établi la chose dans une longue étude de 1973, mais aucune attention n’y a été prêtée, ce pourquoi je l’ai republiée aussi dans ce volume... Or à méconnaître l’analyse matérialiste-historique de l’aliénation, à en rester, comme cela se fait couramment aujourd’hui, à ce qu’était cette analyse dans les Manuscrits de 1844, on est porté à la réduire à un vécu individuel, voire un syndrome ressortissant à la pathologie personnelle, ce qui à la limite revient à effacer complètement la fondamentale responsabilité des rapports capitalistes, et à chercher remède du côté de la compassion sociale, de la ‘‘reconnaissance’’ d’autrui, voire de thérapies psychiques... On mesure ici combien l’enjeu de cette question d’allure toute théorique est en vérité saignant : cataplasme ‘‘humaniste’’ sur des plaies dont l’auteur reste dans l’ombre ou insurrection contre les politiques mortifères de la classe possédante ? Ça vaut la peine de bien lire Le Capital...

Dans ton texte introductif ‘‘Urgence de communisme’’, tu réabordes les grandes différences entre le projet socialiste et une visée proprement communiste. Quelles sont, en résumé, ces différences ?

À bien entendre Marx, le seul dépassement possible du capitalisme est ce qu’il nommait communisme, lequel recouvre non pas seulement l’élimination de l’appropriation capitaliste mais le dépassement des rapports marchands, le dépérissement de l’État de classe, la désaliénation générale des consciences.

De l’analyse de l’aliénation, nous sommes en effet directement conduits à la question des questions : comment en sortir pour de bon, si c’est bien l’ordre de classe capitaliste lui-même qui est en cause ? Mais ici je dois prévenir : ce que je cherche à montrer dans ce livre au titre du communisme – mot que j’écris en italique, on va voir pourquoi –, ce n’est aucunement un savoir estampillé, c’est le résultat actuel d’une longue recherche personnelle – recherche commencée il y a plus de trente ans, à l’époque où j’ai brandi le drapeau de la Refondation communiste... –, recherche que je tiens pour solide, et du reste pour cruciale, mais dont je dois souligner que le résultat reste à débattre. À le présenter ici au pas de course, je dirai ceci :

1) À bien entendre Marx, le seul dépassement possible du capitalisme est ce qu’il nommait communisme, lequel recouvre de façon obligatoire non pas seulement l’élimination de l’appropriation capitaliste mais le dépassement des rapports marchands, le dépérissement de l’État de classe (c’est-à-dire l’entière maîtrise par les citoyens eux-mêmes de leurs institutions publiques), la désaliénation générale des consciences, ceci dans un contexte mondial où s’effacent les antagonismes nationaux et autres. Objectif grandiose, dont l’approche exigera d’évidence toute une époque historique, le point capital étant le choix totalement ferme et fait d’emblée de ce cap-là, et de nul autre.

2) Le mouvement ouvrier révolutionnaire du XIXe siècle s’est cependant rabattu de façon largement majoritaire sur l’objectif non seulement bien moindre mais qualitativement différent qu’il a nommé socialisme, lequel vise certes à en finir avec l’exploitation capitaliste et son cortège de méfaits, mais moyennant la conquête révolutionnaire du pouvoir d’État utilisé par un parti des travailleurs comme levier de la transformation sociale et de la construction d’une société nouvelle – le dépassement des logiques marchandes, le dépérissement de l’État, la désaliénation des consciences n’étant pas retenus comme objectifs d’emblée incontournables. C’est l’idée, pour une part compréhensible en l’état de conscience où en étaient alors dans leur masse les travailleurs, d’une révolution par en haut conduite par une avant-garde, donc d’une désaliénation octroyée.

3) Dans la suite de l’histoire, c’est cet objectif du socialisme qui l’a emporté, sous deux formes opposées mais en profondeur parentes : celle du soviétisme stalinien connu sous le nom complètement trompeur de communisme, en réalité socialisme autocratique, et celle du social-démocratisme, différents sous maints rapports mais l’un comme l’autre aux antipodes de l’appropriation effective des forces productives et moyens de pouvoir par les producteurs-citoyens eux-mêmes. Ce qui a radicalement et irréversiblement échoué au XXe siècle, c’est précisément le socialisme, sous ses deux versions. On ne peut sortir de la millénaire société de classes en faisant l’économie du principal, que Marx formulait ainsi : « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. » En rester au XXIe siècle à l’objectif du socialisme relèverait d’une tragique incompréhension de l’histoire.

4) Nous sommes d’évidence entrés dans l’ère historique de la fin du capitalisme, époque de contradictions terribles où la survie même du genre humain, en tout cas comme genre civilisé, n’est pas garantie d’avance. Pour qui veut de toutes ses forces contribuer à assurer l’avenir de l’humanité et pour cela engager la longue marche de sortie de la société de classes, le point capital est le cap à fixer. Ce cap ne peut être qu’un communisme – je dis ‘‘un’’ et j’écris le mot en italique pour rendre visible qu’il s’agit de radicalement autre chose que ce qui a été connu au XXe siècle sous l’appellation usurpée de communisme, en fait un socialisme plus ou moins despotique. Ce qu’il s’agit de viser aujourd’hui, c’est ce que Marx n’a jamais cessé quant à lui de nommer communisme, et non pas socialisme. Il n’y a pas chez lui de ‘‘doctrine toute faite’’ du communisme – ce serait contradictoire ; il nous incombe donc de le penser par nous-mêmes dans les conditions présentes. Mais il est crucial de bien saisir les conditions impératives de toute avancée effective dans une direction communiste telles qu’il les a cernées, notamment le dépassement non de la seule domination du capital mais des logiques marchandes, le dépérissement de l’État au sens précisé plus haut, la désaliénation systématique des consciences – tout cela dans un contexte international et mondial qu’il importe aussi au premier chef de faire évoluer en profondeur. On ne peut pas sortir du capitalisme si on ne commence pas à construire une société sans classes – c’est la terrible leçon de l’avortement du socialisme stalinisé.

Face au scepticisme assez général sur les possibilités de transformer profondément les choses, identifies-tu aujourd’hui des présupposés du communisme  ?

Y a-t-il ne fût-ce qu’un grain de réalisme dans une visée communiste aujourd’hui ? (…) Y avait-il quelqu’un en 1788, 1916 ou 1989 pour croire en la possibilité proche d’une France républicaine, d’une Russie socialiste, d’une Afrique du Sud sans apartheid ?

Revenir de ces objectifs gigantesques à l’an I du Hollandisme ne peut pas ne pas plonger d’abord dans une interrogation désespérante : y a-t-il ne fût-ce qu’un grain de réalisme dans une visée communiste aujourd’hui ? Question décisive. Puis-je citer encore Marx ? Quelques années avant les Révolutions de 1848 il écrivait à Ruge : si je ne désespère pas du temps présent, « c’est précisément que sa situation désespérée m’emplit d’espoir ». Y avait-il quelqu’un en 1788, 1916 ou 1989 pour croire en la possibilité proche d’une France républicaine, d’une Russie socialiste, d’une Afrique du Sud sans apartheid ? La vraie question en réalité est double. D’abord celle de l’existence ou non de présupposés majeurs d’un changement social fondamental. Or au sens profond du terme, de tels présupposés sont littéralement partout. Les forces productives font éclater de toute part les coutures de la camisole capitaliste – d’où justement les formidables gâchis d’aujourd’hui ; le développement irrésistible des individualités, particulièrement des femmes, même aliéné comme il est, fait sortir de l’utopie l’idée autogestionnaire ; la vive conscience que l’actuelle folie historique ne peut plus durer échappe à tout contrôle médiatique...

Oui, les présupposés fondamentaux d’un très grand changement sont bien là. Ce qui manque tragiquement, ce sont les présupposés en un sens bien plus modeste, mais décisif : ceux du que faire ? immédiat.

Oui, les présupposés fondamentaux d’un très grand changement sont bien là. Ce qui manque tragiquement – là est la deuxième question –, ce sont les présupposés en un sens bien plus modeste, mais décisif : ceux du que faire ? immédiat – comme s’il y avait de quoi nourrir un gigantesque brasier mais pénurie de petit bois d’allumage. Ici c’est nous-mêmes qui sommes en cause : que faisons-nous, que ne faisons-nous pas, qui engagerait de vrais processus transformateurs ? Ne pensons pas que la situation, bien que visiblement très dangereuse, est sans espoir ; tout montre au contraire que nous approchons d’un seuil. Mais seuil d’un terrible pire ou d’un inestimable meilleur ? Là est notre criante responsabilité. Trouver à engager la sorte d’initiative dans la sorte de forme organisée qui sera capable de mettre tout en route, voilà la question.

Avec la Fédération pour une alternative sociale et écologique (FASE), et le Front de gauche, nous tâtonnons justement pour initier un nouveau type d’initiatives politiques. Quelles sont les conséquences de ton approche concernant les finalités de l’action et le rôle même des organisations politiques ?

Vient au premier plan la question de la transformation directe de tous les rapports sociaux par l'intervention responsable des acteurs eux-mêmes (…). Il s’agit de construire un vaste et multiforme front d’appropriations sociales tous terrains – en bref, du communisme en marche.

Question très légitime, réponse très risquée... Mais ne nous dérobons pas. Si le cap à viser est bien le communisme dans le sens que j’ai essayé d’esquisser, alors toute une série de conséquences sont à en tirer dans l’ordre stratégique et organisationnel. Une visée socialiste met logiquement au premier plan la conquête du pouvoir – primat de la politique institutionnelle, centration de l’initiative sur l’audience électorale, donc organisation partidaire verticale... C’est ce que j’ai très longuement vécu au PCF, dont j’ai été membre très actif durant soixante ans. J’ai acquis la conviction qu’il y a là désormais une impasse complète, d’ailleurs sanctionnée par un échec pratique flagrant. Ma conclusion n’est pas du tout ‘‘élections piège à cons’’ ; la bataille transformatrice doit être menée sur tous les terrains, y inclus celui-là, et en ce sens limité le Front de gauche est une chose utile, susceptible de nourrir une dynamique. Mais si la visée stratégique fondamentale est bien communiste, alors tout le paysage du que faire ? s’en trouve bouleversé. Vient au premier plan la question de la transformation directe de tous les rapports sociaux par l'intervention responsable des acteurs eux-mêmes – rôle majeur à conquérir de façon progressivement irrésistible pour les travailleurs dans les gestions, les citoyens dans les politiques publiques, les usagers dans la vie médiatique, les chercheurs dans les orientations de recherche, les enseignants dans les choix pédagogiques... Ce qui implique des efforts incomparablement plus grands et plus suivis pour développer partout la connaissance critique, la recherche théorique, la lutte d’idées, l’élaboration prospective, l’invention d’initiatives mordantes... Il s’agit de construire, en commençant sans le moindre délai, il y a vraiment urgence, un vaste et multiforme front d’appropriations sociales tous terrains – en bref, du communisme en marche. Ce qui à son tour pose en termes aussi inédits les questions d’organisation : au traditionnel parti politique avant tout conçu de fait comme machine électorale à structure verticale, dont la crise est irréversible, est à substituer sans rien casser tout un tissu de réseaux thématiques localement implantés, horizontalement responsables, nationalement interconnectés, mouvement politique de nouvelle génération que dans mon imaginaire personnel je nomme Initiative communiste, apte à piloter une structure subordonnée menant les batailles électorales comme à se connecter à l’échelle européenne avec d’autres réseaux analogues en formation. Engager pareille construction novatrice, ce dont il y a à mes yeux urgence d’examiner très concrètement les conditions, créerait à mon sens dans le contexte existant un ‘‘choc de compétitivité’’ politique susceptible de faire une vraie percée : enfin, de la politique horizontale faite par et pour les intéressé-e-s mêmes, un changer la vie commençant au comptant, capable de devenir une force pratique et culturelle incontrôlable par l’adversaire, parce que faisant tout autre chose que s’inscrire dans le jeu politique dominant... Est-ce que ça ne vaut pas vraiment la peine d’essayer ?

Dernière question, qui manifeste notre curiosité impatiente : où en es-tu dans la réalisation du tome 4, ‘‘Le communisme’’ ?, de ta série Penser avec Marx aujourd’hui ?

Avant le 4 il y a le 3, ‘‘La philosophie’’ ?... Je suis entièrement dans la rédaction de ce tome 3, qui sera au moins aussi gros que le 2 sur ‘‘L’homme’’ ? Depuis les années 2000, Marx a dû être ressorti un peu de dessous la table où il avait été remisé par l’idéologie néolibérale. Mais seulement comme critique de l’économie, et encore... Quant au penseur de tout premier plan qu’il est vraiment, pas du tout. Songe qu’il n’a toujours pas été inscrit une seule fois au programme d’écrit de l’agrégation de philosophie, consécration suprême qui a été accordée à Bergson, Husserl, Nietzsche, Heidegger... – à lui jamais... Je travaille à montrer que Marx, qui est résolument sorti de ‘‘la philosophie’’ jugée par lui intrinsèquement mystificatrice après Hegel, a du même mouvement révolutionné la pensée des catégories philosophiques d’une façon d’avance en phase avec les plus importantes avancées de la pensée scientifique contemporaine, c’est impressionnant... Mais en même temps, oui, je travaille à préparer le tome 4 sur ‘‘le communisme’’. Pour le moment j’étudie toutes les occurrences des mots socialisme et communisme dans l’œuvre entière de Marx et d’Engels. Je peux dire qu’il y aura ici aussi des surprises. Des surprises dans le sens du communisme...