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Tribunes libres / Idées

Un Magasin pour Rien ! - Une initiative à contre-courant

(ein Umsonstladen)

Voici une nouvelle expérimentation lancée par la Maison de la Citoyenneté Mondiale de Mulhouse (1).

Une UTOPIE, diront certains ! Une UTOPIE REALISTE, répondront d’autres. Cette réalisation illustre, en fait, concrètement cette belle proposition formulée par l’anthropologue Mark Anspach : « On ne donne pas pour recevoir mais pour faire vivre une relation .»

En effet, dans un monde où les uns gèrent le superflu, alors que d’autres vivent dans la pauvreté et l’exclusion, un petit groupe d’hommes et de femmes ont décidé de réagir.

Leur ambition était très simple, elle découlait du bon sens : ils voulaient démontrer que nous vivons dans une société où règne l’abondance et où la rareté est une invention d’un système qui provoque le désir des "clients" pour les inciter à une consommation à outrance.

Ce pari, qui était dans le domaine du possible à condition d’y croire, de faire au lieu d’en parler, a été pleinement réalisé car celles et ceux qui se sentaient initialement motivés, intéressés, interpellés, par cette démarche, s’y sont associés et ont été à leur tour partie prenante, qu’ils soient riches ou pauvres : noirs, basanés ou blancs.

En fait, il s’agit tout simplement d’amener des objets divers, utiles, en bon état, dont ils n’ont plus l’usage et qui peuvent servir à d’autres. Ces objets sont réceptionnés, inventoriés, stockés, mis sur le marché de la solidarité, c’est-à-dire distribués gratuitement à celles et ceux qui passent dans le Magasin pour Rien.

Les visiteurs peuvent emmener jusqu’à trois objets, sans rien apporter en contrepartie, sans rien payer. Ils n’auront pas besoin de se justifier, de prouver qu’ils vivent sous le seuil de pauvreté : ce seront des pauvres, des moins pauvres, des plus riches. Il n’y a pas de tricheurs. On ne dira plus (en parlant des précaires) : « Ils bouffent à tous les râteliers » car les râteliers seront ouverts à tout le monde. Cela nous donne l’occasion de constater que sur cette terre, on peut, si on veut : vivre ensemble, apprendre à nous enrichir de nos diversités.

Cela étant précisé, rien ne doit empêcher celles et ceux qui en ont les moyens de mettre une pièce, un billet dans une "cagnotte solidaire", pour faire face aux frais de location du local et aux menus frais de fonctionnement. Cela n’est pas une obligation, mais une possibilité qui reste ouverte.

A la lecture de ce qui précède, certains vont s’écrier : « C’est hallucinant, irréaliste, illogique ! La gratuité n’existe pas ! » Et les plus réalistes rajouteront : « Chaque objet a une juste valeur !  » Paroles de toute sagesse, qui nous ont amenés à accepter que les 358 personnes les plus riches du monde possèdent autant que les 2,3 milliards les plus pauvres !!!

Voilà pourquoi les personnes qui sont à l’initiative de cette expérience ont dit NON ! En alsacien, on dit  Jetza langts mer han jetz d’nasa voll » et en français, on dit aussi : « Ça suffit, on en a plein le nez ».

Nous refusons la charité où l’on se penche sur le malheur des autres.

Nous voulons nous mettre à la hauteur de l’autre, des autres, de tous les autres.

Nous voulons, à notre manière, créer du lien, car ne l’oublions pas, le lien est plus important que le bien.

Nous disons que l’utopie de la solidarité et du partage est aujourd’hui possible, par le fait méme que l’utopie de l’appât du gain, de l’accumulation, existe.

Et c’est ainsi que tous ensemble, nous essayons de montrer à l’usage, à l’expérience, qu’au lieu de s’exciter à acheter pour vendre plus cher, quitte à perdre sa vie à force de vouloir la gagner, à produire, à fabriquer des objets le plus souvent inutiles, on peut apprendre à réutiliser, à réparer, à recycler, à redistribuer, à remettre en circuit, gratuitement, des objets répondant à des besoins réels.

(1) Cet article fait suite à notre dossier sur la gratuité (Cerises n°163).