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Au-delà du mariage pour tous : contre l’homophobie l’émancipation

À quelques jours de l’examen du projet de loi par l’Assemblée nationale, la confrontation entre les partisans d’avancées, qui manifesteront les 19 et 27 janvier, et ceux du statu quo s’est aiguisée. Une victoire des premiers est à portée de main.

L’affrontement entre les nostalgiques d’un ordre social qui leur échappe et les partisans du mariage pour tous, de l’adoption par tous les couples et de la procréation médicalement assistée pour les couples de femmes se poursuit. Il s’élargit à un débat sur les transformations de la famille et les rapports sociaux. Face aux affirmations des conservateurs, revue des enjeux et arguments des partisans de l’émancipation.

L’historique des combats de certaines associations religieuses contre la contraception, le divorce et le PACS rappelle qu’elles ont souvent été du côté de l’obscurantisme et contre les avancées des droits.

Affirmation : « Le mariage pour tous, c’est la destruction programmée de la famille. »

Regrettant une société qui n’existe plus, les opposants au mariage pour tous omettent que le modèle traditionnel de la famille (un couple = un homme et une femme, unis pour la vie, avec un ou deux enfants) a été révolutionné. Séparation et divorce, re-mariage, enfants hors PACS et hors mariage, familles monoparentales, désormais la famille prend des formes variées. Beaucoup de femmes et d’hommes exercent ainsi le libre choix de vie. Quant aux arguments "anthropologiques" ou "millénaires" sur le mariage, ceux qui les utilisent oublient que le mariage d’amour ou librement consenti n’est qu’une évolution récente d’une partie de l’humanité. Le mariage a longtemps été le moyen d’alliances politiques entre familles, de transmission de patrimoines… et presque toujours de domination des femmes. Au-delà de ces aspects, un changement profond est engagé, comme l’écrit la sociologue Danièle Hervieu-Léger : « L'avènement de la "famille relationnelle" a, en un peu plus d'un demi-siècle, fait prévaloir le primat de la relation entre les individus sur le système des positions sociales gagées sur les différences "naturelles" entre les sexes et les âges. » (1).

Affirmation : « L’équilibre d’un enfant nécessite que ses parents soient un homme et une femme. »

Les opposants au mariage pour tous instrumentalisent la psychanalyse pour affirmer que la parentalité doit nécessairement comporter une personne de sexe masculin et une autre de sexe féminin. Pendant ce temps, des enfants sont élevés par des dizaines de milliers de familles mono ou homoparentales, sans que cela créé plus de difficultés que dans une famille avec des parents de sexes différents. À l’inverse, des centaines de milliers de familles dont les parents sont un homme et une femme font peser sur leurs enfants leur échec relationnel, ce qui peut aussi arriver lorsque les parents sont de même sexe. L’équilibre d’un enfant nécessite d’abord de l’amour et une éducation. De fait, le problème de l’Église en ce qui concerne l’adoption est qu’elle ne mesure pas que ce « parent pauvre de la filiation qu'elle était, pourrait bien devenir au contraire le paradigme de toute parentalité, dans une société, où quelle que soit la façon dont on le fait, le choix d'"adopter son enfant", et donc de s'engager à son endroit, constitue le seul rempart contre les perversions possibles du "droit à avoir un enfant", qui ne guettent pas moins les couples hétérosexuels que les couples homosexuels. »

Affirmation : « Procréation médicalement assistée (PMA) et Gestation pour autrui (GPA) mettent le doigt dans l’engrenage de la marchandisation des corps. »

La PMA et la GPA servent de repoussoir pour prétendre que les revendications portées par les associations LGBT sont dangereuses pour la société. Or la PMA, qui existe en France pour les couples hétérosexuels, a été en son temps combattue par l’Église. Et elle est légale, sous certaines conditions, pour les couples de lesbiennes dans de nombreux pays de l’Union européenne, comme la Belgique, le Danemark, l’Espagne, les Pays-Bas, le Royaume-Uni. Quant à la GPA, le refus légitime de la marchandisation du corps des femmes ne saurait enterrer un débat de fond et contradictoire sur ce sujet. (2)

Affirmation : « La vraie priorité est le chômage, pas le mariage pour tous. »

Cette posture, qui s’appuie sur la gravité de la situation économique et sociale, a ses adeptes à droite et à gauche. Elle est celle d'une vieille tradition et d'une certaine culture. Il faut les bousculer. Considère-t-on que les uns ne doivent pas aller mieux au nom du fait que d’autres vont mal ? Ou pense-t-on au contraire que quand une partie de la société va mieux, c’est toute la société qui en bénéficie ? Le combat pour l’émancipation passe par la lutte contre les dominations économiques et sociales, mais aussi patriarcales ou d’une sexualité sur une autre. Le travail, la reconnaissance sociale, les libertés et l’absence de discriminations sont nécessaires à l’épanouissement de chacun.

Affirmation : « La revendication du mariage pour tous est minoritaire, parisienne et bobo. »

Les mariages entre deux personnes de même sexe célébrés avant la loi par Noël Mamère (EELV), maire de Bègles (33), par Hélène Mandroux (PS) à Montpellier (34), par Jean Vila (communiste) à Cabestany (66) et par Claudine Cordillot (communiste) à Villejuif (94) tordent le cou à cette idée. De plus, ce sont les mêmes qui estiment que le mariage pour tous va détruire la famille ou la société et qui considèrent qu’il s’agit d’une revendication marginale. Les enquêtes d’opinion témoignent d’un fort taux d’adhésion au mariage pour tous, en particulier chez les jeunes, quelle que soit leur situation économique. Rappelons-nous : avant son adoption, le PACS était aussi considéré comme une exigence minoritaire et parisienne. Chaque année, désormais, plus de 200 000 personnes, à plus de 95 % hétérosexuelles, concluent un PACS.

Affirmation : « Les homosexuels veulent le mariage alors qu’ils disent que c’est une institution bourgeoise. »

On peut être révolutionnaire et se marier (les cas sont nombreux), comme être réactionnaire et ne pas vouloir se marier. La question est donc celle de l’égalité, de la liberté de choix. Quoi qu’on pense du mariage, au nom de quoi une catégorie de la population en serait-elle exclue ? L’important avec ce projet de loi, c’est de mettre fin à une discrimination inacceptable entre couples hétérosexuels et homosexuels.

L’acharnement mis par certains dans leur guerre contre le mariage pour tous montre le caractère viscéralement homophobe de leur combat, que cette homophobie soit explicite ou latente.

Affirmation : « Les religions sont dans leur rôle quand elles défendent le modèle de la famille traditionnelle. »

Les clercs et les croyants peuvent librement s’exprimer, mais le mariage et la parentalité sont régis par le Code civil. L’historique des combats des autorités et de certaines associations religieuses contre la contraception, le divorce et le PACS rappelle qu’elles ont souvent été du côté de l’obscurantisme et contre les avancées des droits. L’acharnement mis par certains, en haut comme en bas, dans leur guerre contre le mariage pour tous montre d'ailleurs le caractère viscéralement homophobe de leur combat, que cette homophobie soit explicite ou latente. Ils considèrent qu'une personne LGBT a des pratiques contre nature et ils prônent l’abstinence sexuelle, voire des soins ! Notons aussi que les "dignitaires" religieux étouffent le débat chez les chrétiens, comme le dénoncent de plus en plus de croyants (3).

Affirmation : « Le mariage pour tous ne fera pas reculer l’homophobie. »

Ne croyons pas que le mariage pour tous permettra d’en finir avec les discriminations LGBT-phobes. Aujourd’hui, les associations LGBT constatent une remontée de l’homophobie. L’adoption de la loi sera un pas, plus que symbolique, vers l’égalité, mais la lutte contre l’homophobie, et celle contre toutes les formes de discrimination et de racisme, doit se poursuivre. Le travail citoyen en direction de la société et des institutions (école, police, justice, collectivités, entreprises) restera indispensable. Quant au Plan gouvernemental contre l’homophobie, qui affiche des ambitions fortes, l’austérité ne peut qu’en affaiblir la portée.

Nous ne nous contenterons pas de défendre les mesures spécifiques d’un projet de loi. Contre l’obscurantisme et mieux que la défense peureuse d’un engagement électoral, il s’agit de conquérir une avancée émancipatrice.Nous ne nous contenterons pas de défendre les mesures spécifiques d’un projet de loi. Contre l’obscurantisme et mieux que la défense peureuse d’un engagement électoral, il s’agit de conquérir une avancée émancipatrice.

Au-delà de la loi sur le mariage et l’adoption pour tous, des amendements sur la PMA, se joue une part du vivre ensemble. Oui, des fondements de la société vont être touchés : des divisions qui opposent les personnes, les empêchent de vivre leur bonheur peuvent être remises en question. Danièle Hervieu-Léger évoque « l'extension de la revendication démocratique hors de la seule sphère politique : une revendication qui atteint la sphère de l'intimité conjugale et familiale, fait valoir les droits imprescriptibles de l'individu par rapport à toute loi donnée d'en haut (celle de Dieu ou celle de la nature) et récuse toutes les inégalités fondées en nature entre les sexes. » Lors des manifestations des 19 et 27 janvier (en province puis à Paris), nous ne nous contenterons pas de défendre les mesures spécifiques d’un projet de loi. Contre l’obscurantisme et mieux que la défense peureuse d’un engagement électoral, il s’agit de conquérir une avancée émancipatrice.

(1) Le combat perdu de l’Eglise, Le Monde (13/01/2013) : lien ci-dessous

(2 )www.ccne-ethique.fr/docs/Avis_110.pdf

(3) Cf : (a) les Réseaux du Parvis, fédération de groupes de chrétiens progressistes ou dissidents, ont récemment lancé une pétition sur le mariage pour tous : lien ci-dessous   (b) tribune des co-directeurs de Témoignage Chrétien dans Le Monde : lien ci-dessous (c) l'action de lycéens d'un lycée catholique de Saint-Lô, qui se sont opposés à la lettre de l'APEL contre le mariage pour tous, envoyée aux parents avec les bulletins de notes : lien ci-dessous (d) la page Facebook qu'ils ont créée et qui fait le buzz : lien ci-dessous.