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Pour une école de l’égalité : réforme(s) ou refondation ?

Les dizaines de milliers de suppressions de postes et les réformes mises en œuvre par les ministres du règne sarkozyste ont considérablement dégradé la situation du système éducatif. Du coup, la promesse de « refondation de notre école » du nouveau gouvernement, appuyée par celles du rétablissement d’une partie importante des emplois supprimés, est aujourd’hui vécue comme une véritable bouffée d’oxygène par les partenaires de la communauté éducative.

Mais l’échec scolaire n’a pas commencé avec Sarkozy, et le mouvement de démocratisation initié dans les années 60 est bloqué depuis plus de deux décennies. Pire, le taux de scolarisation des 15/18 ans est en régression.

Si l’on veut vraiment construire l’égalité scolaire sur le principe de la réussite de tous, il ne saurait donc être question de se contenter de réformes destinées à détricoter celles qu'a introduites la droite néolibérale depuis une décennie, ni même de se satisfaire du rétablissement plus ou moins rapide des postes supprimés. Nous avons affaire à une crise systémique, et non à une crise conjoncturelle ; il faut tirer de cette analyse toutes les conséquences pour faire des propositions véritablement progressistes, c’est-à-dire s’inscrivant dans un projet de réelle refondation de l’ensemble du système éducatif.

Il ne peut y avoir de projet éducatif authentiquement démocratique sans l’affirmation de la capacité de tous les enfants, quelles que soient leurs origines, de devenir élèves, c’est-à-dire d'entrer dans les apprentissages scolaires - et de réussir leurs apprentissages. Certes, cette capacité est affirmée par le ministre V. Peillon comme une donnée de la concertation engagée. Mais la suite déçoit. Pire, elle inquiète !

Face à l’impossibilité d’assumer publiquement l’évincement des enfants des milieux populaires des savoirs, ne s’agit-il pas d’une nouvelle tentative de contenir les classes populaires dans un petit minimum vital de connaissances et de règles comportementales ?

La "Lettre à tous les personnels de l’Education nationale", datée du 26/06/2012 , et les instructions données par le Comité de pilotage du processus devant aboutir à une proposition de loi en fin d’année, tout comme les premières décisions (et surtout l'absence de décisions !) prises en cette rentrée tracent le cadre du projet ministériel. La perspective reste celle de la restructuration/rationalisation du système sur un mode binaire : pour les uns, des formations courtes (15/16 ans + 3 ans de formation professionnelle dans des LEP "revalorisés") censées leur offrir la garantie d’une "compétence globale", individuelle et sociale, assurant tout à la fois une formation citoyenne et l’employabilité professionnelle : c’est l’école taxée de « fondamentale » du temps de l’ex FEN, aujourd’hui organisée sur la base du « socle de connaissances et de compétences » pour toute la durée de l’école obligatoire (jusqu’à 16 ans dans un continuum école élémentaire-collège), mais ne proposant aucune stratégie de correction des inégalités scolaires. Pour les autres, des formations plus longues permettant de former les cadres (structures et individus) dont la société et l’économie ont besoin dans une continuité lycée/enseignement supérieur (incluant BTS, IUT, Grandes écoles et Université). Certes, V. Peillon affirme que « la conception et les composantes du socle commun seront repensées », mais force est de constater que cette orientation, instaurée par la loi Fillon de 2005, reste celle du projet éducatif du nouveau ministre. Il est vrai que cette stratégie éducative découle directement de la politique élaborée au niveau européen visant à former une main d’œuvre adaptée aux besoins d’un patronat transnational, contribuant à la fluidité d’un marché du travail "mondialisé" et pesant à la baisse sur les salaires car complètement déconnecté des qualifications fondées sur des savoirs acquis. Ceci explique sans doute cela.

Face à l’impossibilité aujourd’hui d’assumer publiquement l’évincement volontaire des enfants des milieux populaires des savoirs, ne s’agit-il pas, au fond, d’une nouvelle tentative de contenir les classes populaires dans un petit minimum vital de connaissances et de règles comportementales afin que les classes dominantes… continuent de dominer ? Question d’ "employabilité", certes, mais surtout d’hégémonie sociale…

Certes, pour la nième fois est réaffirmé que « La voie professionnelle doit être une véritable filière de réussite ». Mais au-delà de la rengaine habituelle sur ce sujet, de quelle réussite parle-t-on ? sociale ? professionnelle ? humaine ? Pour quel projet de société ?

On remarquera que la réforme des lycées mise en œuvre sous Chatel n’est absolument pas remise en question, à l’exception du rétablissement - certes important au plan symbolique - de l’histoire/géographie en terminale scientifique. Pas plus que n’est remis en question le principe de l’autonomie des établissements (1) destiné à favoriser la compétition scolaire au sein même du service public et avec l’enseignement privé… sur le mode de la loi du marché !

Ces choix, s’ils devaient être confirmés, seraient lourds de conséquences pour l’avenir de notre école, des jeunes et du pays.

Bien sûr, des réformes essentielles sont annoncées : sur l’école maternelle et élémentaire, l’éducation prioritaire, les rythmes scolaires, la formation des maîtres, l’évaluation des enseignants, etc., et la concertation est organisée sur tous ces dossiers. Tout celà doit être réalisé au mieux (2), et nous ne saurions nous en désintéresser, mais l’essentiel n’est-il pas oublié ?

Alors que toutes les enquêtes montrent qu’entre 15 et 20 % des jeunes entrant en sixième ont des difficultés importantes en lecture qui les empêcheront de poursuivre des études avec succès, comment fait-on pour que tous les élèves apprennent vraiment à lire ? Ne serait-il pas opportun de s’interroger enfin sur la validité des pédagogies mises en œuvre à ce niveau ?

Alors que la maîtrise citoyenne d’une société et de technologies de plus en plus complexes suppose l’appropriation par toutes les générations d’une culture commune, générale et technologique, de haut niveau, et donc l’éradication des inégalités d’accès aux savoirs, quelle réflexion sur les contenus de programmes scolaires à la hauteur des enjeux ?

Alors que tout notre système éducatif reste fondé sur le principe de la compétition scolaire, de la valorisation du mérite individuel, et de l’orientation par l’échec, quelle réflexion pour en finir avec l’école de la sélection et mettre enfin en place une véritable école commune, véritablementgratuite et obligatoire de la maternelle au lycée ?

Pour un système éducatif démocratisé dans son mode de fonctionnement même, structuré autour d’un véritable tronc commun radicalement non sélectif, de la maternelle au lycée, fondé sur l’appropriation par tous d’une culture générale et technologique de haut niveau.

C’est bien d’une "refondation" que l’école a besoin aujourd’hui, et non de réformes, fussent-elles aussi importantes et décisives que celle, par exemple, de la formation des enseignants (3). Ce sont les structures fondamentales de notre école qu’il s’agit de remettre en cause.

Si nous sommes d’accord sur la visée politique d’une transformation de la société vers plus de démocratie, de justice sociale et de possibilités d'émancipation et d’épanouissement des individus, notre objectif doit être la construction d’un système éducatif démocratisé dans son mode de fonctionnement même, structuré autour d’un véritable tronc commun radicalement non sélectif, de la maternelle au lycée et fondé sur l’appropriation par tous les jeunes d’une culture générale et technologique de haut niveau.

José Tovar est membre du Groupe thématique Éducation du Front de gauche au titre de la FASE

1. Pas plus que n’est remise en cause la LRU – fondée sur l’autonomie financière des universités et leur gouvernance sur le modèle de l’entreprise privée. 

2. Ce qui n’est pas le cas pour l’instant, la grande masse des personnels, pourtant les premiers concernés par les décisions qu’ils devront mettre en œuvre, étant de fait largement tenus à l’écart du processus de concertation.

3. Les contenus et la forme de la formation des enseignants qu’il s’agit de reconstruire aujourd’hui doivent répondre à la question : "Quels enseignants pour quelle école ?" Il s’agit donc bien, avant tout, d’ouvrir une perspective claire pour la transformation du système.