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Le Front de gauche face à de nouvelles responsabilités

Dégagée des contradictions d’une participation gouvernementale, la coalition est appelée à approfondir sa stratégie et à se fortifier en s’ouvrant à la participation des citoyens.

Si le Front de gauche avait décidé, en juin dernier, de participer au gouvernement Ayrault, ses ministres et députés auraient actuellement le choix entre supporter les annonces du Président Hollande - un « plan de rigueur historique », selon Le Monde - ou en claquer la porte, ce qui serait assez piteux. Les représentants d’Europe Ecologie les Verts se frottent déjà à ce léger problème de posture politique. Nous verrons d’ailleurs si la conférence écologique des 14 et 15 septembre leur donne du grain à moudre, ou si les épisodes des dernières semaines - propos de Valls sur le nucléaire, de Montebourg sur les gaz de schiste, etc. - annonçaient la couleur durable de la politique gouvernementale : grise comme une centrale nucléaire, plutôt que verte. Pour mémoire : le débat sur la transition énergétique a été repoussé à 2013.

Mais le Front de gauche a fait le choix raisonnable de se tenir en dehors d’un engagement aux côtés du Parti socialiste, et il se trouve de ce fait dans une position toute différente de celle qu’a connue le Parti communiste en 1983-1984, avec ses dilemmes et ses crises face au tournant de la rigueur. Cette fois, pas de contradictions intenables ni de couleuvres à avaler, comme ce fut aussi le cas du PCF durant le gouvernement Jospin, entre 1997 et 2002.

Pour autant, il ne s’agit nullement pour le Front de gauche de se frotter les mains tandis qu’est mise en œuvre une politique dite d’ « austérité de gauche », c’est-à-dire une orientation libérale matinée de quelques mesures défavorables aux plus riches et de quelques projets positifs (dont les périmètres et les moyens de mises en œuvre fondent actuellement comme neige au soleil… vivement l’hiver !). Au contraire, un échec, fort possible sinon probable, d’une politique qui ne fait que réemployer les mêmes solutions que celles mises en œuvre depuis des années, qui ont échoué, en France, en Europe et dans de nombreux pays, rapproche le pays d’une alternative de droite extrême.

Une alternative à construire

L’enjeu de la période n’est pas seulement d’obtenir une mobilisation ponctuelle, même massive, mais de construire un rapport de force dans la durée. Mais commençons par réussir la manifestation du 30 octobre !

C’est donc plutôt en terme de responsabilité, considérable, du Front de gauche, que les questions se posent. Il s’agit bien sûr de s’opposer aux politiques austéritaires et sécuritaires. Mais il s’agit surtout d’imposer l’idée qu’une rupture avec les solutions libérales est nécessaire, faute de quoi la crise financière ouverte en 2008 va se prolonger, une nouvelle déflagration financière mondiale étant considérée comme possible. Le débat sur l’appartenance ou non des députés du Front de gauche à la majorité est bien loin. En cette rentrée calamiteuse pour les classes moyennes et populaires, c’est la capacité à dessiner une alternative globale, et à signifier qu’elle ne pourra s’imposer que par un mouvement et des luttes qui seules comptent. Ou, mieux : seule une alternative issue d’un mouvement de la société peut être capable, aujourd’hui, de peser suffisamment pour bouleverser l’agenda politique et sortir de l’actuelle course aux abîmes. D’une certaine manière, l’éditorialiste du Monde, Françoise Fressoz, a raison : reprenant le sentiment d’Olivier Besancenot à propos des mobilisations sur les retraites en 2012, « on était des milliers dans la rue et cela n'a servi à rien », il faut donc « des grèves, des occupations de place publique », elle dit crument : «  Très bien mais qui suivra ? Les salariés, tétanisés par la crise ? La CGT, qui revendique par ailleurs d'être à la table des négociations sur la compétitivité ? Le PCF et les Verts, qui ne doivent leur représentation au Parlement qu'au bon vouloir des socialistes ? La gauche au pouvoir pose un redoutable problème à la gauche radicale ». Si l’on met de côté la mauvaise foi de l’auteur concernant les députés PCF et le « bon vouloir des socialistes », l’enjeu de la période est réel : il ne s’agit pas seulement d’obtenir une mobilisation ponctuelle, même massive, mais de construire un rapport de force dans la durée.

Contrairement à ce que susurrent certains commentateurs, il ne s’agit pas pour le Front de gauche de se revigorer dans l’opposition, avec une posture uniquement protestataire destinée à tirer profit des effets sociaux de la situation économique et sociale générale. La politique du Front de gauche est déjà beaucoup plus que cela : elle se situe en rupture avec l’acceptation des solutions libérales, avec la logique de seule compensation à la marge des effets sociaux de la crise ; elle porte les exigences d’égalité ; elle parle d’un nouveau mode de développement, destiné à concilier les objectifs sociaux et environnementaux, au lieu de les opposer comme y conduit, dans le contexte actuel, la logique libérale ; elle conteste les objectifs fondamentaux de l’Union européenne concernant le rétrécissement du rôle des États, la marchandisation des services publics.

Des questions fondamentales peuvent ainsi être posées par lui, dans des termes simples. Par exemple concernant le rôle des banques. Ont-elles comme finalité de « faire de l’argent grâce à la spéculation ou par la manipulation des marchés », comme le dénonce le prix le prix Nobel d’économie 2001 Joseph Stiglitz  (l’Humanité du 11 septembre) ? Ou le métier d’une banque est-il plutôt de « prendre l’épargne des citoyens et de la traduire en investissements qui vont créer de l’emploi et améliorer la situation économique » (nous ajouterions : de financer le développement humain, social et écologique) ?

Le Front de gauche est aussi plus qu’une seule force de protestation lorsqu’il s’apprête à défiler, le dimanche 30 septembre à Paris, aux côtés de nombreuses forces sociales et citoyennes . Mais, au-delà des soutiens aux luttes et résistances sectorielles, au-delà même de la bataille engagée contre la ratification du nouveau traité européen et pour un référendum, la difficulté consiste à dégager un autre horizon politique.

Reste, pour qu’il devienne une force solide, permanente et durable, à ce que le Front de gauche mette enfin en place les conditions d’une participation active des citoyens. Maintenant : prenez le pouvoir, écrit Pierre Laurent, le secrétaire national du PCF dans son nouveau livre : cela ne concerne-t-il pas aussi bien la lutte politique en général que la participation au Front de gauche, si l’on veut qu’il devienne une authentique force de transformation ? Dans la situation de crise que nous connaissons, tout le monde est au pied du mur.