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Culture / Fromage et dessert

Le doigt dans le clafoutis - Le bonheur de vivre

Ainsi un dernier billet pour Cerises, avant l’incendie de l’été. Et ce petit cadeau qui l’accompagne : Le bonheur de vivre d’Henri Matisse, présenté au salon des Indépendants en 1906. Un tableau joyeusement libertin, hymne au corps, à la courbe voluptueuse des corps. C’était au temps où Matisse n’habitait pas encore des musées et le Centre Beaubourg. Le bonheur de vivre ? Actuellement propriété de la fondation Barnes aux États-Unis, bâtie par un riche pharmacien de Philadelphie. Il faut y aller…

Intéressante néanmoins cette idée de "Société des artistes indépendants". Née de la volonté commune d’artistes de proposer en toute liberté au public des œuvres d'art rejetées par le Salon officiel de Paris. Fondée sur un principe d'abolition des jurys d'admission. Se différenciant du Salon des Refusés par son indépendance vis-à-vis des institutions officielles.

Je me souviens avoir assisté dans le jardin accueillant d’un musée de province à un débat sur la notion d’œuvre. Un professeur de l’École des Beaux Arts avait discuté des nouveaux territoires de l’art. Parlé de l’art contemporain. Discuté des arts de la rue. Évoqué la friche de la Belle de Mai à Marseille, une belle friche avec un joli nom. Le conférencier avait développé cette idée : dans l’histoire de l’art, entre ce qui se crée hors de l’institution (un salon indépendant, une friche, la rue) et ce qui se fait dans l’institution (le musée, le centre national), il y a toujours eu une cohabitation conflictuelle. Il décrivait ainsi cette situation : dans l’institution, ce qui compte, c’est l’œuvre, sa présentation, son commentaire ; en dehors : l’activité, l’information et le débat.

On ne peut qu’être frappé par le parallélisme entre ces deux pratiques et par le mal qu’elles peuvent s’infliger quand elles se rencontrent. Par l’opposition terrible entre deux mondes qui auraient tant à apprendre ensemble. Un tel conflit prend parfois des formes de violence verbale. Il s’agit d’art et comme la création implique la tête, le cœur, les tripes, le corps…, il ne faut pas en être estomaqué. Mais quand les uns considèrent qu’ils n’ont pas assez parce que d’autres auraient trop, que les seconds jugent que les "amateurs" et les saltimbanques n’ont pas leur place dans l’institution, qui est gagnant ? Les nouveaux doivent mener la même bataille que les anciens, sans coups de burin contre les œuvres des autres, certes reconnues mais souvent nées sans le sou. Comme les institutions doivent avoir un accueil affectueux, complice et stimulant avec les nouveaux.

Ces deux là gagneront ensemble ou perdront ensemble. Dans ce domaine comme dans d’autres. Il en va un peu du bonheur de vivre, non ?