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Fromage et dessert

Le doigt dans le clafoutis - La symphonie inachevée

Il n’y a pas à tortiller : la majestueuse basilique de Saint-Denis, avec son parvis populaire, sa tour unique, ses gisants royaux à foison, ses diablotins rieurs nichés dans la pierre, n’a rien à voir avec Notre-Dame de Paris. Sans parler ici et maintenant de la faiblesse récurrente des subventions ministérielles pour la réfection des portails, des façades, de la crypte…

Mais surtout, à Saint-Denis, nulle trace d’inscription gravée à la main, comme celle que trouva Victor Hugo en furetant, dans un recoin obscur de l’une des tours de Notre-Dame : ΆΝΑΓΚΗ, majuscules grecques signifiant FATALITE. Là, comme ailleurs, on ne lâche rien.

C’est tendu vers ces pensées, plus disponible pour la musique après ce cycle électoral, que je me suis rendu au Festival de Saint-Denis, ce 19 juin. L’orchestre philharmonique et le chœur de Radio France donnaient – le mot est un peu fort – la Messe en mi bémol de Franz Schubert, image du trajet du compositeur autrichien depuis la Messe en fa de ses dix-sept ans. Une messe humaine, essentiellement chorale, où le chœur puissant intervient par larges plans, peu soucieux d'ornements et de fioritures. L’œuvre n’est rien sans le chœur. Et le chant des solistes ne s’entend que par l’existence harmonieuse et visible, dans un même ensemble, des clarinettes, des violons, des contrebasses et des hautbois. Entendez-vous où je veux en venir ?

J’étais devant le portail quand je croisai Patrick Braouezec, ex-député Front de gauche de la circonscription. Me fit-il penser à Denys, un évêque du coin, décapité en 258 par un petit empereur, et qui porta sa tête jusqu'à la basilique ? Fugacement. Car Patrick avait la tête bien vissée, le sourire, des mots d’encouragement pour les militant-e-s, porteur avec eux et pour après du maintien d’une dynamique politique jusqu’au soir du 2e tour face à son seul rival socialiste, auquel il évita le score soviétique de 100 % (53,5 %). Saint-Denis vaut bien deux messes.

Une fidèle du festival, Jacqueline Fraysse, réélue députée du Front de gauche dans le 92, était de la conversation. Politique du logement, protection sociale, lutte contre la souffrance au travail, démocratie participative… sont ses nobles repères de combat. Elle nous raconta, effarée, le débat matinal, capital et cardinal de la chambre rose : qui élire au perchoir ? Elle s’interrogeait : « Comment allons-nous faire sans groupe ? Toutes ces lois à examiner… » De mon côté, je nous demandai : « Comment coproduire entre élu-e-s et citoyens ? »

Nous rentrâmes dans la basilique. Des instruments s’accordaient, cherchant leur la. Le Front de gauche laissait place à Schubert. Ces deux là me ramenèrent à La Symphonie inachevée. Solidement amorcée, stoppée net et à laquelle il manque des mouvements. Ensemble, imaginons-les.