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Une gauche à la hauteur

La situation se décante, de façon intéressante. La droite, si l’on en juge par la vague des sondages, est majoritaire, mais elle est divisée ; elle se radicalise, mais on la dit potentiellement battue. La gauche va mieux, on la donne de plus en plus gagnante ; mais elle reste minoritaire au premier tour. La gauche ? Forte et fragile à la fois.

Cette situation a un avantage : elle permet de poser, en grand, la question de "l’utilité". Qu’est-ce qui est utile ? Ce qui consolide la force et ce qui fait reculer les faiblesses. Ce qui est utile, désormais, c’est ce qui permet à la gauche d’aller vers une franche majorité ; et c’est ce qui lui permet, une fois victorieuse, de mener à bien une politique de changement, sans risquer de nouvelles et meurtrières nouvelles désillusions. L’utilité, en fait, se mesure à trois questions.

Si la gauche veut être majoritaire, il ne faut pas qu’elle vise à détourner à la marge les électeurs du centre et de la droite. L’expérience des dernières semaines le montre : quand la gauche se tourne vers sa gauche, elle crée de la dynamique et elle progresse. S’il faut aller dans une direction, c’est bien celle-là aujourd’hui. Pour cela, le plus utile est de voter pour un projet qui soit à la fois soucieux d’être bien à gauche et désireux de rassemblement de toute la gauche. Cet équilibre est difficile ? C’est du côté de Jean-Luc Mélenchon et des candidats législatifs du Front de gauche qu’il est le mieux assuré.

Si la gauche veut être majoritaire, elle ne doit pas viser la marge de celles et ceux qui sont déjà sûrs de leur choix. Elle doit chercher à convaincre la masse trop nombreuses des laissés-pour-compte, celles et ceux que la gauche a éloignés d’elle depuis quelques décennies. À ceux-là, il ne s’agit pas de promettre la lune, mais une politique claire : une politique sociale, autour du besoin d’égalité ; une politique démocratique ambitieuse, partant du constat simple que la France souffre de ce que trop de femmes et d’hommes parlent mais ne sont pas entendus, veulent mais ne décident jamais.

Enfin, pour que la gauche gagne et réussisse, il est temps de faire réfléchir massivement à une cruelle anomalie. Pour l’instant, quatre candidats sont estimés au-dessus des 10 % : trois sont à droite, un est à gauche. Cette situation n’est pas saine. À droite, le candidat de l’UMP est aiguillonné à la fois à par sa gauche et par sa droite. Pour l’instant, le PS est aiguillonné fortement du côté du centre ; il ne l’est pas encore assez du côté de sa gauche.

L’enjeu est donc simple : pour que la gauche s’assure définitivement de son succès et qu’elle prépare les conditions de sa réussite ultérieure, il est impératif qu’elle soit mieux équilibrée.

Ne nous trompons pas d’adjectif, d’ici le mois d’avril : j’ai écrit « équilibrée », pas « rééquilibrée ». Ce que veut le Front de gauche, ce n’est pas un jeu de vases communicants à gauche : quand la droite est encore majoritaire au premier tour, et de loin, ce serait suicidaire. La gauche ne sera majoritaire que par la progression de toutes ses composantes sans exception : si l’on est fidèle à la logique de rassemblement dans la clarté qui est celle du Front de gauche, nous devons souhaiter cette progression, sans réticences. Mais nous pouvons, sereinement désormais, ajouter que la progression collective doit s’accompagner d’une seconde condition. Il est maintenant acquis que Jean-Luc Mélenchon est, dans cette élection cruciale, le seul porte-drapeau d’une gauche bien à gauche. Il est donc de l’intérêt de toute la gauche qu’il franchisse un nouveau seuil dans les semaines qui viennent.

Ce que l’on devrait, en France, considérer comme "normal", ce qu’en tout cas on doit considérer comme salutaire, c’est une gauche de gauche qui ne soit pas à un niveau inférieur à 15 %. Ce fut très longtemps le cas, dans le passé, et la gauche s’en est particulièrement bien portée. Pour la première fois depuis une décennie, un score à la hauteur est envisageable ; or, cette fois, il ne s’éparpillera pas sur une myriade de candidatures, mais se cristallisera dans l’urne sur le nom de Jean-Luc Mélenchon. Le score de la gauche de gauche sera le sien. L’enjeu aujourd’hui n’est donc pas de subtiliser au PS ses électeurs : il est de mobiliser ces millions d’individus appartenant aux classes populaires qui, au fil des ans, se sont sentis floués par une gauche dans laquelle ils ne se reconnaissaient pas, soit parce qu’elle n’était pas assez à gauche, soit parce qu’elle était divisée. Aujourd’hui, il existe une offre politique bien à gauche et une offre déjà rassemblée.

C’est une chance ; ce serait gaspillage, à gauche, que de ne pas la saisir.