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Les gâteaux / Idées

Les "idées" du Front National ?

La médiatisation de Marine Le Pen, les sondages, le souvenir de 2002 alimentent l'inquiétude et focalisent les réactions contre le FN... Au détriment des sources et causes réelles de son apparente montée ? Entretien avec Laurent Lévy, militant antiraciste.

Le racisme, la xénophobie, tant sur le plan idéologique que politique ne sont pas une nouveauté ?

Non seulement ce n’est pas une nouveauté, mais c’est assurément, en tant qu’idéologie, un vieil archaïsme. L’idée que "nous" sommes mieux que "eux" est sans doute la plus vieille, la plus répandue, la plus universelle des conceptions du monde : celle sur laquelle, paradoxalement, tout le monde peut se mettre d’accord. Tout le monde ou presque, bien entendu, car la vérité est aussi que, dans notre pays comme dans d’autres et peut-être plus que dans certains autres, le nationalisme - qui est au cœur de tout racisme et de toute xénophobie - a connu de salutaires reculs depuis le milieu du XXe siècle. Le refus de ce que l’on constitue comme "autre", ou le sentiment de supériorité sont deux facettes d'un même phénomène qui ont toujours existé, en particulier dans des situations d'instabilité, de fragilité, de "précarité" dirait-on aujourd'hui. Et cela a servi d'instrument de justification des politiques de conquêtes, de domination ou de détournement des responsabilités ou des causes des difficultés : de l'image de la sorcière à celle du "sauvage", de l'Indien ou l'Africain à envahir et exploiter au rital ou au polak. Mais la différence aujourd'hui est que - on aura l’occasion d’y revenir - la masse de celles et ceux qui font l’objet de pratiques racistes ou xénophobes est aujourd’hui bien plus importante qu’elle ne l’était naguère. Il ne s’agit plus d’un extérieur à la société française, mais bien d’une fraction de la société elle-même. Ce qui était "seulement" raidissement national est aujourd’hui une source, une forme de division du peuple lui-même où des lignes de fracture artificielles sont tendues. Ainsi, si ce n’est à l’évidence pas une nouveauté, la question prend aujourd’hui du relief et une importance politique nouvelle. L’antiracisme n’est dès lors plus une simple posture morale ou un supplément d’âme de la politique, mais une question politique de première importance.

Comment expliquer leur persistance alors que les échanges, les contacts devraient faire tomber les frontières et les murs, au moins dans les têtes ?

En un sens, il n’y a de frontières et de murs que parce qu’il y a des contacts avec un extérieur étranger… une société totalement séparée n’aurait pas besoin d’être raciste ou xénophobe, en l’absence d’étrangers à dépriser ! Au-delà du paradoxe, il est vrai que le grand mélange, ce que Édouard Glissant appelait la créolisation du monde, le "Tout-Monde", devrait faire reculer les réflexes xénophobes. Mais il est non moins vrai que ces réflexes sont aussi le résultat des contacts, avec ce qu’ils provoquent de nouveauté, de déstabilisation, de sentiment d’insécurité : un modèle de société, une culture familière, est mise en question par ces contacts. Les mêmes causes qui "devraient" faire reculer le racisme sont donc également un facteur de son développement.

Mon grand-père avait ce souvenir précis des tranchées de 14-18 : les cadavres des Allemands (il disait des "boches") dégageaient une odeur pestilentielle, contrairement aux cadavres des Français. On ne lui aurait pas fait admettre qu’un cadavre est un cadavre. Et pourtant, il avait eu l’occasion, au cours de sa déportation entre 1943 et 1945, d’en voir quelques autres. L’image de l’Étranger a cette puissance sur la mémoire olfactive (et parfois auditive : « le bruit et l’odeur »…)

Justement parce qu’il est un réflexe archaïque, le racisme est difficile à extirper ; on pourrait en dire autant, toutes choses égales par ailleurs, de l’idéologie patriarcale. Pour les communistes, qui luttent contre toutes les dominations, on voit que le féminisme et l’antiracisme constituent des enjeux de premier plan. Et s’agissant de l’antiracisme, il met en cause des traditions très ancrées dans notre culture ; je pense en particulier à la tradition national-républicaine, à une certaine valorisation de la Nation hexagonale, de sa culture qui comme les cadavres de ses soldats, sent meilleur que celle des autres, de sa langue qui sonne plus clair, etc.

Ce qui rend la question toujours plus complexe, c’est justement que les frontières de l’humanité sont devenues floues, poreuses – par un processus irréversible et qui me semble éminemment positif : la mondialisation du monde n’est pas seulement celle de l’accumulation capitaliste, mais aussi celle des êtres humains. L’étranger n’est plus seulement celui qui vit au-delà, mais c’est aussi le migrant, dans un monde caractérisé par toujours plus de mobilité des populations. Mais il faut du temps pour s’y accoutumer. On trouve moins de racisme dans les jeunes générations, parce que, dans certains secteurs géographiques en tous cas, elles ont pris l’habitude de ce brassage ethnique qui caractérise les grands centres urbains.

Mais pour les mêmes raisons, le racisme persistant prend des formes plus violentes : l’identité nationale réagit comme un animal blessé, par la griffe et la morsure. À cet égard, la récente tentative de la droite d’imposer un "débat" sur l’identité nationale avait tout pour favoriser les crispations.

Quels sont les nouvelles formes et cibles du racisme et de la xénophobie aujourd'hui ?

lutter contre l’islamophobie, exercer sur ce point la vigilance la plus grande est une nécessité pour les communistes, et pour toutes celles et tous ceux qui entendent agir pour un monde meilleur.

Ce n’est un secret pour personne, en France, la majorité des personnes visées par le racisme et la xénophobie sont – outre les Roms, qui jouent ce rôle depuis la nuit des temps – les héritiers de la domination coloniale française, quelle que soit aujourd’hui leur nationalité : pour le dire vite, les Noirs et les Arabes. Sur le fond, le racisme "à la française" est lié au passé colonial de la France, par ce facteur décisif : les "étrangers" présents en France correspondent pour une part essentielle à des populations pour lesquelles on a pu prendre la longue habitude de les mépriser dans leur asservissement colonial.

Mais la forme la plus caractéristique que cela prend aujourd’hui est l’islamophobie, qui permet d’associer dans une logique de « choc des civilisations » les "immigrés" (des première, deuxième, troisième et autres générations) aux dangers que, dans la propagande médiatique, on attribue aux pays arabo-musulmans pour la stabilité du monde. Après le 11 septembre 2001, on s’est mis à regarder les musulmans d’un autre œil, comme s’ils étaient, chacune et chacun pris à part, le détachement avancé en Occident de ces peuples dangereux et guerriers. La manière dont l’enthousiasme soulevé par les révolutions arabes de l’an passé s’est mué en circonspection critique lorsque les Tunisiens, par exemple, on voté pour un parti "islamiste" (en fait, un simple parti de droite plutôt réactionnaire, mais qui n’a rien à voir avec le terrorisme islamiste) exprime bien cela.

À cet égard, lutter contre l’islamophobie, exercer sur ce point la vigilance la plus grande est une nécessité pour les communistes, et pour toutes celles et tous ceux qui entendent agir pour un monde meilleur. L’islamophobie est aujourd’hui, que ses protagonistes en aient ou non conscience, le principal marquage de l’étranger considéré comme un intrus, la principale forme du repli nationaliste. On mesure mal ses dégâts si l’on oublie comment, bien au-delà des musulmans pratiquants, elle affecte en Europe et singulièrement en France toute la fraction de population dont l’Islam est la religion de référence. Or, cette population est précisément celle qui, outre les discriminations raciales dont elle fait l’objet, subit de plein fouet l’ensemble des politiques antisociales, celle où l’on trouve la plus grande proportion de laissés-pour-compte, de précaires, de chômeurs, de mal-logés, mal-payés, mal-soignés… Elle est la population la plus présente dans les quartiers populaires. Au total, celle qui aurait le plus intérêt à la révolution démocratique pour laquelle nous militons. En l’absence de lutte contre l’islamophobie, la prétention à rassembler une majorité significative autour d’objectifs transformateurs est vaine.

On pointe souvent l'impact de ces « idées » dans les milieux ouvriers, défavorisés. Qu'en est-il ?

Ce n’est sans doute pas d’abord par la propagation d’idées que le racisme progresse, même si cela compte. C’est d’abord par un certain vécu quotidien où les solidarités de classe sont distendues par la crise et la précarisation de la population.

Je ne crois pas que les milieux populaires soient plus racistes que les autres ; peut-être même le sont-ils moins. Mais ils sont aussi les plus nombreux. Il est dès lors facile de pointer les manifestations racistes qu’on y trouve. Il ne faut pas oublier que, surtout, c’est dans les milieux ouvriers et défavorisés que l’on trouve le plus de personnes qui sont victimes du racisme et de la xénophobie, et si une statistique est pertinente, c’est bien celle-là. Mais si l’on considère la population blanche des quartiers populaires, je ne crois pas possible de dire qu’elle serait plus raciste que celle des beaux quartiers. Pourtant, les études montrent bien que l’électorat du Front national est d’abord un électorat populaire. Cela doit retenir notre attention. Il semble qu’un verrou ait pu sauter ; qu’une certaine xénophobie seulement latente puisse désormais s’exprimer plus librement. Il est difficile sur ce point de faire le départ entre les effets de la propagande xénophobe, ceux de la crise et des difficultés de vie qu’elle entraîne, et ceux de l’illusion d’optique. Cela dit, je ne parlerais pas d’un "impact" de thèmes idéologiques, parce que ce n’est sans doute pas d’abord par la propagation d’idées que le racisme progresse, même si cela compte. C’est d’abord par un certain vécu quotidien où les solidarités de classe sont distendues par la crise et la précarisation de la population : le règne néolibéral du chacun pour soi, qui tend à figer des identités dans la guerre de tous contre tous. Et c’est aussi et surtout par une banalisation qui ne relève pas du discours ou de l’idéologie, mais des pratiques gouvernementales et plus généralement sociales ; c’est, autrement dit, lié à ce qu’il y a de structurel dans le racisme ambiant. Les idées racistes en sont certes un vecteur, mais tout autant une manifestation, un aspect, et un résultat. Il y a au demeurant sans doute un certain confort à se dire que l’on n’est pas responsable de la situation dans laquelle on se trouve, et de répondre ainsi aux discours culpabilisants par la recherche de boucs-émissaires. Il y a aussi un certain confort, lorsque l’on est socialement méprisé, à trouver plus méprisable que soi. Là encore, la responsabilité des militant-e-s de l’émancipation est grande : si l’on ne sait pas donner de perspectives collectives, sociales et politiques à la crise et à la précarité, celles qui s’ouvrent le plus spontanément passent par le repli sur soi et sur ses identités : donc par le racisme, que ce soit implicitement ou explicitement.

Le FN est-il le vecteur essentiel aujourd'hui du racisme et de la xénophobie ?

Je ne le pense pas. Jean-Marine Le Pen et consorts surfent allègrement sur un discours auquel ils contribuent, mais qui ne leur appartient pas en propre. Lorsqu’un politicien de droite explique qu’il faut combattre le Front national, j’aimerais que des journalistes lui demandent en quoi, sur les questions qui font sa spécificité, il s’en distingue. Si la revendication lepéniste de "préférence nationale" n’est pas instaurée (ce qui serait difficile d’un point de vue strictement juridique), tout un arsenal existe qui reprend sans le moindre recul critique tout le bazar classique de l’extrême-droite, à tel point qu’il n’est pas exagéré de dire que l’extrême-droite est déjà à bien des égards au pouvoir en France : c’est cela, le vecteur essentiel de la xénophobie. Il me semble qu’il faut inverser une idée commune : notre attitude ne doit pas être de lutter contre le Front national pour faire reculer la xénophobie, mais de lutter contre la xénophobie tout court – ce qui aurait pour résultat accessoire de faire reculer le Front national. L’ennemi, c’est la xénophobie ; le FN en est un effet en même temps qu’un porte-parole. Et la popularité du FN, sa place dans les sondages, son potentiel électoral, sont autant d’indices de l’état du rapport des forces dans le pays sur cette question. Au regard de ces critères, la situation n’est d’ailleurs pas très encourageante.

Notre attitude ne doit pas être de lutter contre le Front national pour faire reculer la xénophobie, mais de lutter contre la xénophobie tout court.

On raconte que 18% des électeurs envisagent de voter pour Marine Le Pen à la présidentielle, et que 12% ne le feront "probablement pas" : cela fait 30% d’électeurs pour qui la référence à la préférence nationale n’est pas une chose rédhibitoirement dégoûtante. Et cela fait beaucoup trop. Il ne peut donc pas suffire de répéter l’équation - rigoureusement exacte - suivant laquelle "FN = racisme" pour limiter l’influence électorale du parti d’extrême droite ; et il suffirait encore moins de rappeler cette évidence que le FN c’est l’extrême droite. La première de ces deux "stratégies" passe au dessus de la tête des millions d’électeurs qui ont déjà franchi le pas, sans nécessairement assumer leur racisme. Et la seconde repose sur l’idée désormais inexacte que le partage classique de la politique entre une droite (flanquée de ses extrêmes) et une gauche (flanquée des siens) parle encore à la masse de l’électorat. Ce contre quoi il s’agit de lutter, c’est la xénophobie elle-même.

Le FN contribue au brouillage des frontières classiques de la politique : Marine Le Pen utilise volontiers une rhétorique que l’on pourrait qualifier de "gauche", ce qu’on désigne sous le nom de "populisme". De ce point de vue, il faut prendre garde à l’hypervalorisation, fréquente parmi nous, des résultats du référendum sur le Traité constitutionnel européen. On avait alors évalué à 35% les voix de gauche qui s’étaient portées sur le "non", et on en avait un peu vite conclu que le "non" était largement un "non" de gauche, comme si la victoire nous appartenait. Mais il y avait aussi cet important "non" de droite et d’extrême droite. Aujourd’hui, le FN se réclame aussi bien que nous du résultat de 2005. Or, si l’on regardait de près même le "non de gauche", on pourrait trouver tout un courant souverainiste, national-républicain, etc. : ceux là n’étaient pas les moins actifs dans la campagne ; et ils ne sont pas moins légitimes à se réclamer de son résultat.

Même s’ils ne représentent qu’un groupuscule à influence restreinte, je voudrais évoquer la mouvance constituée autour de la revue en ligne Riposte laïque, pour tout ce qu’elle a de significatif. On y trouve en effet à l’état chimiquement pur le condensé de ce que peuvent dire ou faire les souverainistes "de gauche" lorsque les digues sont rompues. Il s’agit au départ d’un groupe dissident de la mouvance ResPublica/UFAL, très ancrée à gauche et porteuse des thèmes classiques du national-républicanisme. Mais en brisant leurs amarres, ses animateurs n’hésitent plus à s’allier avec des franges extrêmes de l’extrême droite (Bloc Identitaire), ni à dire tout le bien qu’ils pensent de Marine Le Pen. C’est l’occasion de voir que si l’on accepte (et Riposte Laïque fait plus que l’accepter !) le discours islamophobe et plus généralement xénophobe, la politique du FN devient parfaitement national-compatible même pour des militants dont la culture originelle se situe "à gauche". Le brouillage des repères est ici à son comble, mais ce sur quoi je veux insister est qu’il est logique, dans la droite ligne par exemple du discours prohibitionniste dans les débats de 2004 sur "le foulard à l’école". Le fait que les sénateurs du PG aient voté la loi "anti-niqab" montre que ces amarres peuvent toujours céder. Je ne vais pas développer ici en quoi cette loi est liberticide, mais le fait qu’elle ait pu passer comme une lettre à la poste avec la complicité d’une fraction de "la gauche" me semble significatif.(1)

Mais je me suis un peu éloigné de la question…

Le retour à l'idée "nationale", sous des formes diverses, semble aussi se développer en France. N'y a-t-il pas risque d'entretenir ou de conforter par ce biais les idées xénophobes ?

Quitte à choquer, je dirais que sur le fond, il n’y a pour moi pas de différence entre la promotion de l’idée "nationale" et l’entretien d’idées xénophobes. Les unes sont le simple revers de l’autre. Ce genre d’affirmation est difficile à entendre pour celles et ceux qui ont reçu l’empreinte de la culture communiste du XXe siècle, qui valorisait précisément la Nation, tout en étant pour l’essentiel antiraciste. Mais j’y vois d’une part un fruit de l’histoire politique du PCF (avec le Front populaire et la Résistance), et d’autre part une contradiction, de même qu’est lourd de contradictions le "nationalisme des dominés". On n’a pas le temps de discuter ici dans son détail la pertinence de cette affirmation, dont je reconnais qu’elle est à l’emporte-pièces et pourrait être nuancée ; mais évoquer la contradiction, c’est déjà ouvrir à la nuance. Quoi qu’il en soit, on ne peut qu’être frappé par la généralisation des thèmes nationaux dans le débat public, et la montée tranquille des thèses xénophobes, bien sûr à droite et à l’extrême droite, mais aussi dans certains secteurs de la gauche. C’est ce que l’islamophobie de gauche, qui a de nombreuses manifestations, met en évidence. Lutter contre la xénophobie me semble dès lors passer par une certaine intransigeance à propos des thèmes nationalistes, quel que soit leur masque (par exemple l’idée d’une "sortie de l’euro" comme solution radicale à la crise).

Dans ce tissu de contradictions, que faire ? Nous voyons bien qu’il ne suffit pas de dire que l’on "devrait" associer à nos combats les populations des quartiers populaires ; pour que cela ne relève pas, au mieux, du vœu pieux, c’est à la démarche inverse qu’il faut s’atteler : nous associer à leurs combats, par exemple contre les violences policières, contre les politiques urbaines dominantes, contre l’islamophobie, ou sur des enjeux symboliques comme la mémoire. L’actualité, hélas, nous en donne bien des occasions que nous ne savons pas toujours saisir. Or, si nous voulons, en fin de compte, enrayer la progression électorale du FN, c’est par les cornes qu’il faut prendre le taureau. Ce n’est pas le FN qu’il faut dénoncer, mais les thèmes qui le spécifient que nous devons combattre. S’il bénéficie du brouillage des lignes politiques, il nous appartient de les mettre en évidence. S’il bénéficie de la xénophobie dominante, c’est elle qu’il faut mettre pratiquement en cause, dans le discours et dans les actes. Combattre Jean-Marine Le Pen, en somme, c’est d’abord combattre Claude Guéant et Nicolas Sarkozy en tant que leurs agents. Et c’est là tout un programme…

(1) Voir l'entretien publié dans Cerises n° 60 avec Laurent Lévy à l'occasion de la parution de son livre "La gauche", les Noirs et les Arabes, La fabrique, 2010