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Editoriaux / Idées

Abolir la prostitution en baisant les clients ?

À quelques mois de deux scrutins électoraux majeurs, l’union sacrée des groupes politiques de l’Assemblée nationale pour la pénalisation des clients des prostitué-e-s nous consterne à deux titres au moins.

D’une part une question d’opportunité, au moment où le gouvernement, l’UMP et le Front national rivalisent de démagogie sécuritaire. Même si elle plaide pour la suppression du délit de racolage, la gauche ne peut-elle éviter de prêter le flan à l’instrumentalisation politicienne des questions de société et de faire croire qu’il existerait des sujets sur lesquels un consensus gauche - droite serait possible ou souhaitable ?

D’autre part, une question plus essentielle pour les partisans de l’émancipation : face aux problèmes de société, qu’il s’agisse de l’usage de drogue, des conduites à risques ou de la prostitution, faut-il agir - un peu, beaucoup, passionnément, à la folie…. - par la répression ? Est-ce souhaité et est-ce l’efficacité qu’il nous faut choisir ?

On répondra sans aucun doute oui quand il s’agit de réprimer les trafiquants, les profiteurs des filières d’exploitation et les hommes violents avec les femmes. Les lois, d’ailleurs, le permettent déjà. Mais nous répondons non, résolument non, concernant les prostituées - qu’il faut protéger en les sortant de la précarité dans laquelle la clandestinité les maintient - et leurs clients. A ce propos, l’argument qu’une punition de ces-salauds-de-clients (ou de ces Messieurs-tout-le-monde à remettre dans le droit chemin, ce qui revient au même) permettrait de les faire "réfléchir" tombe dans le panneau des arguties de droite. En effet, présenter la pénalisation comme l’acte fondateur d’une nouvelle liberté, c’est oublier que la répression - symbolique, policière, judiciaire - est au contraire une constante du système global des dominations.

Cela fait des années que la gauche s’aligne souvent sur l’idéologie dominante - et son prétendu équilibre entre répression, prévention et soin - au lieu de construire ses propres ruptures. Les partisans de l’émancipation ne sont pas là pour émanciper la société par la force mais pour favoriser le choix de l’émancipation individuelle et collective : l’abolition ne se décrète pas, elle est à conquérir. Malheureusement, beaucoup ne voient pas encore la puissance de l’idée de substituer à la domination des logiques de punition et de discipline une prédominance des logiques de prévention, d’éducation et de responsabilité.

Sur les questions "sociétales" et dans le champ du combat pour les libertés aussi, le Front de gauche devrait se singulariser.