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Cent pages et des silences. Le nouveau PARI communiste de Pierre Laurent.

Pour la Fête de l’Huma, Pierre Laurent publie un court texte pour affirmer le nouveau Pari communiste. Un an après son élection, le secrétaire national du parti entend-il mettre en route une nouvelle ambition ? lecture.

Cela fait partie des traditions : les dirigeants communistes écrivent des livres. En principe, ce ne sont pas des ouvrages de circonstance, ni lus ni vendus, juste là pour provoquer des retours presse et des plateaux télés. Le plus souvent, ces livres relèvent d’autres nécessités, celles d’exposer aux cadres militants les orientations nouvelles de leur parti. Georges Marchais écrivit le Défi démocratique pour commencer à jeter les bases d’un « socialisme à la française  » qui voulait s’émanciper de la tutelle soviétique. Robert Hue engagea la « mutation » avec le livre du même nom. Le Parti communiste venant de prendre la décision de ne pas présenter de candidat à l’élection présidentielle, on attendait du livre de Pierre Laurent, sorti pour la Fête de l’Huma, une explication de texte de cette position, son inscription dans une vision stratégique de long terme. Peut-être allait-il esquisser des éléments d’une réponse neuve à l’étiolement du PCF. Ce ne sera pas le cas.

Pourquoi, alors, ce livre ?

Explicitement Pierre Laurent veut nous parler de lui, s’émanciper de la tutelle paternelle qui lui a visiblement pesé lors de son élection en juin dernier. Il raconte ses origines familiales, le côté maternel au moins autant que le côté paternel. Ce roman à la première personne est une surprise du livre. Cette envie de ne pas être le "fils à papa" est bien compréhensible. Oui, Pierre n’est pas devenu "sec-gen" parce que fils de Paul. Il est un dirigeant communiste depuis l’âge de vingt ans. Quoi qu’il en dise, il ne fut pas un simple « animateur » des étudiants communistes mais son dirigeant dans les années 80, quand la contestation de la glaciation marchaisienne commençait à provoquer de sérieux remous. Pierre fut de ceux qui "protégèrent" l’UEC de cette contamination. Il ne fut pas non plus un simple journaliste à l’Huma. Il était, jusqu’il y a peu, le directeur de sa rédaction. Pierre Laurent s’est trouvé historiquement en situation de pouvoir dans des lieux où le danger de contestation est avéré, redouté, combattu par l’appareil communiste. Que pense-t-il de cette expérience ? On ne le saura pas. « Je ne voulais pas d’un livre qui, une nouvelle fois, raconte les débats qui ont traversé le Parti depuis des années », expose-t-il dans l’interview qu’il a accordée à Regards. Comment il compte « transformer profondément et durablement » le Parti, n’est pas dit.

Sa culture communiste lui chuchote à l’oreille qu’il faut de la pensée et pas seulement de la volonté et de l’optimisme. Mais il élude.

Faisons lui le crédit de le vouloir. Cette première expression du projet "laurentien" inquiète pourtant. Dans ces livres qui racontent les vieilles histoires, on lit les échecs de tous ceux qui ont voulu contourner la difficulté. Marchais, justement, provoqua en 1976 un débat absurde sur la morale pour faire diversion et faire avaler à la sauvette la fin de la dictature du prolétariat. Robert Hue jeta le gant, quitta les lieux de vie du parti, découragé par leur inertie. L’un comme l’autre ont échoué à faire naitre un nouveau PC.

Bien sûr que Pierre Laurent sait que l’organisme dont il a la charge est à bout de souffle. Il ne peut pas croire que les 3853 adhésions sont le sang neuf qui relancera la mécanique. Sa culture communiste lui chuchote à l’oreille qu’il faut de la pensée et pas seulement de la volonté et de l’optimisme. Mais il élude. Et veut rassurer ceux qui s’inquiètent de la disparition du parti.

Il fait un plaidoyer pour les idées communistes. On ne lui fera pas le reproche de n’avoir pas renouvelé le projet communiste. L’affaire est de longue haleine et n’est certainement pas à la portée du seul PCF. Il manque peut-être de cette modestie qui serait le signe de l’ambition…

Parlons de ce que le PCF peut encore maitriser, sa stratégie politique. Son caractère décousu, au fil de l’eau est éludé (Mélenchon à la présidentielle, des listes d’union avec les Verts et le PS aux sénatoriales ? ca manque un peu de lisibilité, non ?…). Pierre Laurent consacre ses pages à relativiser la décision de soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Il ne faut rien lire de stratégique, juste un bon sens des opportunités politiques. Pas de nouvelle force politique à l’horizon, le PCF ne disparaitra pas. Pierre Laurent veut rassurer ceux qui ont fait le même choix que lui : continuer. Cela suffira-t-il ?

Le nouveau PARI communiste, Pierre Laurent, le Cherche-Midi, 120 pages, 10 €