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Léo Figuères

J’ai côtoyé Léo Figuères au cours de ces vingt dernières années.Il fut un camarade proche, un ami fidèle de notre maison d’édition et l’un de ses principaux auteurs. L’ancien typographe savait la valeur de la lecture, de l’étude et l’importance de la « bataille du livre ».

Léo Figuères fut de tous les combats des communistes et des progressistes au cours du siècle écoulé. Il n’avait pas l’habitude de se vanter ni de citer ses états de service, mais le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il eut une vie de militant bien remplie.

 

Tout jeune, il participa à l’un des premiers congrès internationaux de la Jeunesse, à New-York. C’est lui qui prit la parole, au nom des organisations du Front populaire le 14 juillet 1935. Pendant la guerre, il a joué un rôle de premier plan dans l’organisation de la Résistance par les jeunes communistes, en zone sud. Après guerre, il s’engagea dans les luttes anticoloniales, rencontra Ho Chi Minh et fut jeté en prison pour avoir dénoncé la guerre d’Indochine. Il fut aussi membre du secrétariat du PCF, aux côtés de Maurice Thorez. Puis, pendant plusieurs décennies, maire de Malakoff.

Ces dernières années, il employa l’énergie exceptionnelle qui était toujours la sienne à travailler sur l’histoire du mouvement ouvrier et révolutionnaire, à travers huit ouvrages publiés au Temps des Cerises(1) dont La Révolution en débat, L’Histoire des communistes français, et récemment Capitalisme, Socialisme(s), communisme. Au moment où beaucoup jetaient l’enfant avec l’eau du bain, il s’est livré à un examen nuancé et le plus objectif possible de la Révolution d’Octobre, des avancées et des contradictions de l’expérience soviétique et du mouvement communiste en général. Il l’a fait avec une connaissance historique, un souci de la recherche, une expérience politique et une honnêteté remarquables, ne reculant pas quand nécessaire devant l’autocritique, mais sans jamais céder à l’autodénigrement.

 

Lors d’une des dernières conversations que j’ai eue avec lui, au début de l’été, il m’exprimait son attachement à l’union et au rassemblement dans le combat anticapitaliste. Il en était venu à la conclusion que l’histoire du communisme n’était pas séparable des révolutions du XXème siècle et que le mouvement pour l’émancipation humaine devrait se poursuivre en trouvant les formes adaptées pour aujourd’hui. Lors de cette ultime rencontre, il m’a confié le manuscrit d’un nouveau livre dans lequel il revenait sur Trotski, les trotskysmes, les jugements qu’il avait pu émettre dans le passé et dans lequel il s’exprime sur les apports et les limites de ce courant du marxisme.

 

Bien qu’il n’exerçait plus de responsabilités depuis pas mal d’années, Léo était resté un dirigeant d’une autorité réelle, nourri par la pratique, la lucidité et la fidélité ; quelqu’un qui savait écouter et se faire écouter, un homme droit et d’une indéfectible jeunesse de cœur, fraternel et généreux. Il nous manquera au plan humain et pour son apport aux débats politiques d’aujourd’hui.

1) Léo Figuères s'est éteint le 1er août, à l'âge de quatre-vingt treize ans. Il a publié huit ouvrages dans notre maison d'édition, Le Temps des Cerises