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Les gâteaux / Mouvements

Vive les manifs !

Manifestations pour les libertés des Rroms, les écoles, les retraites. Patrick Braouezec, Député de la Seine-Saint-Denis, Alain Desmaret, premier vice-président du Val-de-Marne en charge de l’éducation et des collèges, et Michel Rousseau, coordinateur des marches européennes contre le chômage, seront dans la rue, ils nous expliquent pourquoi. Propos recueillis par Catherine Tricot

Samedi, les Rroms

Jamais depuis 60 ans, nous n’avons assisté à un tel discours sécuritaire et raciste. Il faut bien mesurer le pallier franchit. Nicolas Sarkozy dessine la stratégie idéologique qui sera le fil rouge probable de sa campagne présidentielle. Dans ce contexte, je n’imagine pas qu’elle n’est pas cohérente, articulée à une visée plus globale, celle qui conduirait à une reconfiguration des alliances à droite, avec un rapprochement du Front national.

Nicolas Sarkozy veut déplacer les débats et les focaliser sur la question sécuritaire, la recherche de bouc émissaire, opposer les populations entre elles afin de se dédouaner sur tous les autres sujets politique, emploi, logement, inégalité sociale en général. Nicolas Sarkozy est en train de créer la division primaire qui lui permettrait de scotcher les électeurs de droite dans son camps, leur interdire de vagabonder. Il le fait de façon brutale suscitant des remous dans son camps et quelques étranglements, le plus souvent sans bruit. Mais ce qui me frappe, c’est globalement que cela passe. Il n’y a pas eu de rupture majeure ni au gouvernement ni dans sa majorité. Dans la gauche politique, les réactions ont été trop a minima. Comme si nous intégrions d’ores et déjà un déficit de convictions sur ces sujets de sécurité, d’immigration et plus globalement de conception de la République et du lien. La gauche a-t-elle totalement mesuré le piège qui se prépare?

Il est dans son devoir de s’opposer à ces politiques. En premier lieu pour les populations qui sont en ligne de mire. Quelques villes – Saint Denis, Saint Ouen, Aubervilliers, d’autres – montrent que cette opposition n’est pas que de principe mais qu’elle s’accompagne d’actes concrets pour construire avec les Rroms les conditions d’un logement digne, d’une scolarisation et d’une vie ici.

Plus largement la gauche doit s’engager à suspendre cette clause qui recule à 2013 la pleine citoyenneté aux Roumains, aux Rroms. 9 pays européens l’ont fait. Nous pouvons le faire. Nul ne peut croire que 15 000 Rroms compromettent l’équilibre déjà chancellant du marché de l’emploi! Qu’il s’agit d’une invasion de voleurs!

Je ne développerai pas davantage sur le projet fumeux de déchéance de la nationalité qui constituerait un recul insupportable alors que notre société est définitivement une société diverse qui tire son dynamisme, sa créativité de cette diversité. 
Nous devons refuser de nous abîmer, de nous annihiler dans un racisme ordinaire qui nous ferait entendre sans bondir des statistiques dans lesquelles les Rroms, pourquoi pas les Algériens, les Polonais et les marocains (et leur descendants) sont identifiés parmi les délinquants.

La gauche doit s’y opposer avec constance pour des raisons politiques. Trouver un bouc émissaire permet de se détourner des véritables causes des problèmes. Avec le racisme prospère la bêtise, l’injustice et les inégalités. 
Il ne faut pas croire que nous serions par nature à l’écart de ce qui advient dans d’autres pays européens. Le FN a le vent en poupe. Le pouvoir valide son discours. Les ingrédients se réunissent pour son ascension et au final pour son intégration. On annonce qu’aujourd’hui Brice Hortefeux convoite la mairie de Vichy. Qui peut penser q’il n’y a pas là un message politique navrant: il serait temps de lâcher les digues érigées depuis l’après guerre contre les héritiers du pétainisme. 
En Italie, malgré une gauche historiquement forte cette stratégie berlusconienne a fonctionné. Nous en sommes menacés.


Patrick Braouezec

Lundi, l'école

Le mouvement des personnels enseignants me parait particulièrement justifié. Cela fait des années que les effectifs sont réduits, les crédits rabotés. Mais là on franchit un pallier et on touche le cœur du système. Il en est ainsi avec la remise en cause de l’accueil à la maternelle dès l’âge de 2 ans et souvent à 3 ans. Quand on sait le poids déterminant de cette période pour la réussite scolaire, on mesure le recul. A force de rogner sur tout, il est certain qu’il va y avoir de sérieux problèmes de remplacements des professeurs absents, tandis que les jeunes profs vont faire leur début de carrière sans aucune formation pédagogique. Les travaux en petits groupes d’élèves et la disponibilité des enseignants sont mis à mal. Concrètement, les principes républicains de réussite de tous les élèves sont attaqués. Et bien sûr ce sont les plus en difficulté qui en pâtiront le plus.

Il ne faut donc pas comprendre l’économie de la connaissance, promue à Lisbonne en 2000 et aujourd’hui mise en avant par Sarkozy, comme une société de l’élévation générale des connaissances et donc de la réussite de tous. Dans une perspective libérale de concurrence généralisée on a besoin de leaders et de cadres dont la formation sera assurée par des établissements bien dotés. Il faut une classe travailleuse bien formée mais il faut aussi une masse de travailleurs volants, précaires qu’il est inutile - voire dangereux - de trop former. L’objectif n’est pas qualitatif mais d’adapter la formation des jeunes aux objectifs de l’économie et d’émancipation. On a glissé petit à petit d’un objectif d’édu cation citoyenne à la course aux diplômes pour trouver une place sur le marché du travail.

Les enfants des familles populaires sont certes intégrés au système scolaire. Mais ils sont conduits vers l’échec. Dans le même temps, la crise a déstructuré profondément les familles qui n’ont plus toujours les moyens d’accompagner leurs enfants. Sarkozy s’y engouffre en substituant l’objectif d’égalité de tous à celui de la liberté de choisir son établissement. Cette situation provoque un grand abattement des enseignants d’autant que nous avons vécu sur une illusion : la gauche portait un modèle d’école qui ne correspondait pas, en réalité, à l’époque de la massification.

Le concept d’égalité des chances fonctionne en trompe l’œil. Sarkozy a appuyé sur cette faiblesse. Sans doute que le ras-le-bol général sur les libertés, les retraites va aider une remobilisation des enseignants mais il nous reste à faire naitre une autre conception qui ne soit plus une école pensée depuis la petite bourgeoisie. Il ne suffit pas d’ouvrir l’école aux plus défavorisés pour que cela fonctionne. S’il y a aujourd’hui un problème de ségrégation due aux inégalités sociales et territoriales, l’école doit prendre des dispositions qu’elle n’a pas prises. Je pense en particulier aux efforts pour remettre les parents en situation de partenaires de l’éducation des enfants. C’est en tout cas ce que nous nous efforçons de faire dans notre département. Avec des avancées intéressantes. Mais cela ne résout pas tout. Il faut un projet plus global qui reste à élaborer et expérimenter.

Alain Desmaret

Mardi, les retraites

Pour les organisations de lutte contre le chômage françaises et européennes, cette mobilisation en faveur de la défense des retraites est centrale. Depuis 2000 et la stratégie de Lisbonne, l’UE a tout fait pour casser les retraites par répartition. Partout ces remises en cause ont suscité de très fortes mobilisations, souvent sans précédent, mais partout ces mouvements ont été battus. L’offensive est coordonnée à l’échelle européenne mais les réponses ont été, elles, nationales. La CES n’a pas joué son rôle de coordination des luttes syndicales à l’échelle du continent.

Mais nous sommes peut-être en train de connaître un tournant de ce point de vue avec la montée des luttes et de leur coordination à l’échelle européenne. Du fait de la crise qui touche le monde et tous les pays européens, les gouvernements veulent parachever leurs objectifs de destruction des acquis sociaux en donnant un coup de massue sur les retraites, cet acquis social central. Ce qui va se passer en France aura un impact au-delà de nos frontières. Tous les mouvements s’épaulent en ce moment. Le 29 septembre aura lieu une manifestation européenne à Bruxelles : le même jour, grève générale en Espagne et en Grèce et grève en Belgique, des manifestations au Portugal, en Italie, en Lettonie, en Pologne..... Cette conjonction de luttes est une première en Europe !

Pour s’opposer au projet Sarkozy-Woerth il faudra la mobilisation de toute la société et non des seuls salarié(e)s. C’est l’enjeu, le défi qui est devant nous. Pour démanteler les retraites Nicolas Sarkozy fait une attaque très précise : celle de l’âge de départ et du nombre d’années de cotisation. Cela donne le sentiment qu’il s’agit d’une question qui concerne seulement les salariés qui ont une carrière relativement continue et stable, au premier rang desquels les fonctionnaires. Il n’en est rien. Les conséquences vont affecter l’ensemble des futurs retraité(e)s. Les paysans, les chômeurs, les allocataires des minima sociaux... Pour prendre un exemple : ceux qui perçoivent le RSA ne cotisent pas à la retraite pendant cette période. Souvent ces personnes espèrent sortir des minima sociaux à l’age de la retraite: cela ne sera plus le cas. Ils resteront aux minima sociaux et donc finiront la vie dans la pauvreté. Même chose pour les allocataires de l’ASS (Allocation de solidarité spécifique) et de l’ARE ( Allocation d’aide au retour à l’emploi) dont les indemnités ne sont pas prises en compte dans le calcul de leur retraite.

Les salariés ne sont donc pas les seuls visés. Faire entrer toutes les catégories dans la lutte contre cette réforme est vraiment essentielle. Les syndicats ont su construire une unité pour l’instant sans faille si l’on excepte FO. Leur unité va permettre de rassembler énormément de monde mardi prochain. A Paris, par exemple, il y aura sans doute deux cortèges pour absorber la foule des manifestants. Mais il faut aussi souligner le rôle du collectif initié par Attac et Copernic qui permet un élargissement de la mobilisation en organisant des centaines de meetings unitaires, au-delà du monde salarié. Cette conjonction des mobilisations est la condition de la victoire face à Sarkozy qui annonce qu’il va passer en force. Elle est aussi décisive pour peser sur les projets des uns et des autres: elle pousse l’unité syndicale; elle donne des indications sur ce que nous attendons des forces politiques qui prétendent à l’exercice du pouvoir en 2012.

Cette victoire reste possible sur le fond. Bien sûr qu’un succès sur la pénibilité sera bon à prendre mais l’objectif central c’est la retraite à 60 ans à taux plein quel que soit le nombre d’années de cotisation. Pas un an de plus, par un euro de moins !

Tout va aller très vite. L’examen du texte commence dès ce mardi à l’Assemblée nationale. Il faut donc construire un rapport de force élevé. Dès mercredi l’enjeu sera celui des suites données au mouvement: consolidation de l’unité ; élargissement de la mobilisation à toutes les couches sociales; formes de mobilisation ad hoc. La question d’un mouvement de grève reconductible sera à l’ordre du jour si Sarkozy et son gouvernement ne retirent pas leur projet.

Michel Rousseau